Etats des foires, 1776. Vienne f C
de novembre, la vente de cet article s'élevait à 48.000 1. ; en 1737, à 57.000 l.pour trois foires. En 1775, la vente de la chamoiserie pour toules les foires de Niort n'arrivait plus qu'au chiffre de 17.000 1. (1). Les laines et les bestiaux constituaient enfin les autres éléments de trafic entre les marchands de la province et ceux du dehors.
Les laines du Poitou étaient presque aussi estimées que celles du Berry. On recherchait surtout celles des régions de Moncontour, Thénezay, Latillé, Sanxay, Parthenay, Niort, Lusignan, Melle, Pamprou et Chef-Boutonne. Les marchands normands venaient les acheter aux foires, pour les fabriques de Vitré, de Vire, de Lisieux et de Beauvais (2). Elles se vendent en 1736, 19 à 23 sous la livre: dans les foires d'octobre et de novembre, à Fontenay et à Niort, il en est vendu la même année 70 milliers représentant une valeur de près de 80.000 fr. A Fontenay seulement, en 1737. le produit de cette vente atteint au chiffre de 72.000 1. En 1775, aux foires de Niort, ces laines, vendues 30 à 32 s. la livre, représentent encore un traGc annuel de 40.000 1. environ. Mais ce commerce, d'après les rapports officiels, paraît à ce moment fort diminué , du moins dans les foires (3). La vente du bétail était autrement importante et constituait à vrai dire l'élément prépondérant du trafic forain. Les bœufs de labour ou de boucherie, les mulets et mules, les chevaux de charrette et de selle ou de carrosse, les bidets et les juments vendus dans les seules foires de Niort et de Fontenay, en octobre et novembre 1736, sont estimés valoir près de 300.000 l. Dans la seule foire de
(i) Etats des foires précités. — (2) Mém. sur les laines du Poitou. Affiches du Poitou, 1774* p. 142. — (3) Etats des foires, 1736 à 1775. Vienne f C. 36-38.
maiàNiorten 177411 en est vendu pour 254.0001. En 1775, année qui fut très médiocre pour la vente, les bestiaux vendus n'en représentent pas moins 460.0001. dans l'ensemble du mouvement commercial auquel ont donné lieu les foires mortaises (1).
Les marchands forains amenaient de leur côte aux foires du Poitou les étamines du Mans et de Nogent, les draps de Lodève, les cadis de Montauban et les serges de Mende, la draperie fine d'Eibeuf et les dauphinës et droguets de Reims, les peluches rouges et d'autres couleurs d'Amiens, les frocs de Lisieux, les ras de Maroc, les crépons et petites étamines glacées de fabrication Rémoise, les draps de Lacaune, les calmandes de Lille, les couvertures de laine de fabrique Montalbanaise, A la foire de Saint- Venant de Fontenay (11 octobre), en 1736, il est vendu pour 148.686 I. de ces lainages de provenance française; et aux 4 foires de cette même ville, en 1737, la vente atteint à un total de 165.000 fr. environ. En 1747, on en vend pour 180.7121. àla seule foire du 1 1 octobre. Aux trois foires de Niort en 1775, la vente de ces étoffes arrive au chiffre de 180.000 1. (2), La clientèle riche achète aussi aux forains des dorures de Paris et de Lyon, des soieries de Tours, h savoir les damas, les gros rayés, les ras Saint-Maur, les taffetas d'Angleterre unis ou non. Les toiles fines qui se débitent dans ces foires sont celles de Laval, de Cholet et de Rouen. On y fait aussi le trafic des toiles fortes dites noyalles de Bretagne, celui des cotonnades ou siamoises de Rouen, des toiles de coton et mousselines exotiques importées par la Compagnie des Indes. Après 1758, on y porte les toiles
(i) ËtaU des foires, 1774, 1776. Vienne, C. 38. — (2) Etals des foires, 1786, 1775. Vienne, C. 36, 38.
peintes et imprimées des nombreuses fabriques qui s'ouvrent de toutes parts. Les articles de passementerie et de rubannerie, ceux de quincaillerie et de bijouterie, les laines inférieures de Saintonge,tels sont les autres objets négociés aux foires du Poitou. En 1737, aux trois grandes foires de Fontenay, il a été vendu pour 70.000 1. de dorures, 80.000 de soieries, 64.000 1. de toiles, 80.000 1. de mercerie et de quincaillerie. En 1775, aux diverses foires de Niort, il s'est vendu pour 103.000 fr. de soieries, 130.000 fr. de toiles, 24.000 fr. de dorures, 43.000 fr. de passementerie, rubannerie et mercerie, 17.000 fr. de quincaillerie et bijouterie (1). Ces résultats fragmentaires, les seuls qu'il soit possible d*obtenir d'après les documents, peuvent donner une idée de la part que représente chacun de ces articles dans l'ensemble du traGc iorain. 11 est à peu près impossible de connaître l'importance précise du mouvement total des grandes foires du Poitou. Les états complets font en général défaut. Pour Tannée 1737, nos calculs permettent d'évaluer à 2.382.000 fr. le total des ventes faites aux foires de Fontenay, de Vihiers et de Niort. C'est à 107.000 fr^ sur ce chiffre que s'élève la valeur des tissus de toute espèce vendus. Aux foires de Niort, en 1775, le mouvement des ventes n'est pas inférieur à 1.150.000 fr., dont un peu plus de moitié, 640.000 1., représente le trafic des tissus (2). Ainsi, la décadence du commerce forain, qui s'était fait sentir à Poitiers et à Châtellerault, n'avait pas encore atteint d'une manière notable les places de Fontenay et de Niort.
(i) Elals des foires, 17371775. Vienne, C. 36-38. —(2) Etals des foires, 1733-1779, Vienne, C, 36-38. Ces résultais récapitulatifs ne sont pas donnés par les étals; nous les avons obtenus en additionnant les chiffres partiels donnés par ces états.
En dehors de ces grandes réunions commerciales, le trafic par voie de terre ou voie fluviale se concentrait dans un certain nombre de villes qui devaient à leur situation géographique celte supériorité. Niort, placée sur un fleuve navigable à portée de Marans et de la Rochelle, était certainement la première place de commerce de la province. « Nous faisons, écrivait un négociant de cette ville en 1773, « un commerce fort étendu avec les îles d'Amérique et les « peuples du Nord et de la Méditerranée. Ce commerce c( nous rend en échange des sels, des peaux en poil que a nous apprêtons en chamois, du sucre, du café, de Tindigo, « du plomb, du fer, du bois des isles, des planches de sa- <i pin, du poisson salé, beurre en baril, fromages de Hol- « lande et autres provisions comestibles ou propres aux « arts. Notre ville en est comme Tentrepôt; elles se répan- « dent de là dans les autres provinces (1). » Châtellerault venait ensuite. Sa position à l'endroit où commençait la Vienne navigable, et sur la grande route de Bordeaux à Paris, lui valait une importance commerciale supérieurcià son activité industrielle, et qui s'était accrue dans le courant du xvHi* siècle. Au début de celte période, ce commerce consistait presque uniquement dans le négoce de commission. Les marchands châtelleraudais se contentaient « d'être les a commissionnaires de ceux de Paris, d'Orléans et d'autres « grandes villes qui, à cause de la commodité de la rivière, <i leur adressaient des marchandises et recevaient celles « qu'ils tiraient de Bordeaux, de la Rochelle, et principale- « ment des eaux-de-vie de Cognac et de toute la Saintonge » . Ces produits arrivaient à Châtellerault par charroi « et s'en-
(i) Afiichefl du Pjîtou, 1773, p, iq. ^ Dupin, Slatistîquc fk$ Deux* .c.*i.rw, p. 5o.
voyaient à leur deslinalion par la rivière de Vienne ». Les marchands du lieu se contentaient d'un petit bénéGce. Ce commerce traditionnel s'était modifié dans le premier tiers du siècle antérieur à la Révolution. Les négociants de Chfttelleraull se hasardèrent à entreprendre le négoce pour leur compte. Ils cessèrent d'être de simples facteurs, et « cette émulation » accrut le mouvement des affaires. Leseaux^devie étaient toujours le premier élément de leur trafic; puis venaient les blés du Poitou, les huiles de toute espèce, les savons, Tépicerie» les fers et aciers, etles toiles, qui se débitaient dans les provinces voisines (l).Ce développement du commerce châlelleraudais n'avait cessé de se manifester jusqu'en 1789. Châtelleraull était alors considéré comme l'entrepôt des provinces de Poitou, d'Aunis, d'Angoumois, de Saintonge et de Guienne. De là les bateaux descendaient en cinq ou six jours à Nantes par Saumur et Angers; par la Loire, ils remontaient vers Blois, Orléans et Paris et rejoignaient le port de Rouen. « Il arrive « journellement de toutes ces places soit par terre, soit par c( le canal de la Vienne, des marchandises de toute espèce, c( ce qui donne une grande activité au commerce de cette « ville, dit un ouvrage de ce temps. Il en part année com- « mune 4 à 500 bateaux de toutes grandeurs qui exportent « les blés, vins, eaux- de- vie, huiles de noix et chénevis, « le sucre brut, les laines d'Espagne pour faire passer aux. (( fabriques. Ces mêmes bateaux retournent chargés de « différentes épiceries de Nantes et d'Orléans ; ils voitureal « des fers du Berry et d'Anjou, de l'ardoise, du charbon (( de terre, toutes sortes de bois d'ouvrages et autres es*
(i) Mena, sur Chàtellerault, 1738. Mss, Antiq, Ouest et coUeciion Fonle* neau.
« pèces de marchandises pour les différentes provinces (I).» En dehors de Poitiers, où se font des transactions encore actives relatives aux produits du pays, le Haut Poitou ne compte plus que quelques centres commerciaux de second ordre, tels que Givrai et Chauvigny, pour les denrées agricoles et le bétail (2), Saint-Maixent, la Mothe, Melle et Chef- Boutonne pour la bonneterie, les étoffes, les farines et les bestiaux (3). Dans le Bas-Poitou, le commerce du Bocage, pays alors dépourvu de rivières navigables, de routes et de villes, se réduisait à l'exportation du blé, des bœufs et des porcs, du bois, du merrain et du charbon. Ces produits étaient envoyés dans TAunis et la Saintonge par la Vendée, et dans les autres régions de TOuest, par le moyen des foires ou marchés de l'intérieur. La Plaine expédie à Ré, à Bordeaux, à Rochefort, à la Rochelle, ses froments, orges, seigles et avoines. A ses foires, les marchands d'Auvergne, de Provence, de Languedoc et d'Espagne, viennent s'approvisionner de mulets et surtout de mules, et ceux de Normandie acheter les meilleures laines du pays. Le Marais exporte ses céréales, ses sels, ses chanvres, dans le Bordelais, la Bretagne et le centre de la France. Ses bœufs alimentent le marché de Poissy et la boucherie parisienne, et les belles toisons de ses moutons, les fabriques de Normandie et de Beauvaisis. Les ports du littoral, principalement ceux de Saint-Gilles-sur- Vie et des Sables-d'Olonne, ainsi que les îles de Bouin et de Noirmoutiers, font avec l'Angleterre, l'Espagne et nos provinces maritimes le trafic des denrées agricoles, celui du sel, de la morue et des sardi-
(i) Alrnanach provincial, 178g, p. ;«23. — (2) Affiches du Poitou, 1773, pp. 59, no. — (3) Alinanach provincial, pp. 192 et suiv. — Dupio, Sla» Mqw, p. i/|2.
nés. A la fin du xviii* siècle, les Sables commencent même à disputer à Marans le commerce d'exportation des céréales, et depuis 1764 ils prennent une part active aux relations commerciales avec les colonies (1).
Une agriculture arriérée dont Tessor se trouvait enrayé par une organisation sociale et politique défectueuse^ une industrie en décadence, un commerce local en partie paralysé par le mauvais état des routes, tel est en raccourci le tableau que présente le Poitou au point de vue économique à la veille de la Révolution. « Vilaine et pauvre pro- « vince, dira Arthur Young, qui semble manquer de com- « munications, de débouchés et de mouvement de toute sorte, « et ne produitpas en moyenne la moitié de ce qu'elle devrait « produire (2). » L'appréciation est peut-être trop sévère; elle est exacte au fond. Comme le remarque le voyageur anglais, le gouvernement monarchique a eu une part dans ce déclin qui a surtout frappé Tagricullure, mais qui a atteint aussi, quoique dans une proportion moindre, l'industrie et le commerce poitevins. L'absolutisme, par les excès de sa fiscalité et par des mesures religieuses impolitiques, telles que la Révocation de Tédit de Nantes, a certainement contribué à ralentir l'activité économique du Poitou. Mais il serait injuste de faire retomber sur la royauté toute la responsabilité de cette décadence. Peu à peu, se produisait l'évolution qui devait transformer la production industrielle et les transactions commerciales. Le groupement des capitaux, et la concentration croissante de l'industrie dans les grandes régions favorisées par la nature ou par de puissan-
(i) Affiches du Poitou, 1774» p. i5. — Almanach provincial 1789, p. 207. — Labrelounière, Statistique de la Vendée, pp. 8, 33,58, 77,89, 99, ii5. — (2) A. Youn«j. Voyag^e ea France (2 sept. 1787), 1,86, trad. Lesage.
tes traditions, commençaient à produire leurs effets. La grande industrie tendait à se former. Au morcellement industriel^ legs du morcellement politique et territorial du Moyen-Age, allait succéder une sorte d'unification, fondée sur le groupement de la fabrication et de ses agents en quelques centres puissamment outillés pour une production perfectionnée, rapide et peu coûteuse. La petite industrie seule, qui subvient aux nécessités courantes de Texistence, est restée localis(5e. Le Poitou a dû chercher au xix" siècle, dans la production agricole stimulée, accrue et améliorée, la principale source de sa richesse.