‹ Essai sur l'organisation professionnelleChapitre 10 sur 54 · XVI*-XVIII® SIÈCLES · texte numérisé non relu

XVI*-XVIII® SIÈCLES

Durant les XIV° et XV: siècles, l'autorité royale, péné. trée du désir de protéger le public contre la malfaçon, avait Cru pouvoir accorder peu à peu à certaines corporations le #0nopole de fabrication des objets dûs aux travaux de leurs membres. Ces groupements professionnels n'en abusaient point ; tout artisan était parfaitement libre d'entrer ou non dans la corporation, et, dans les campagnes et petites bourgades, l’on usait larsement de cette liberté.

Malheureusement Philippe le Bel, dont l’incessant besoin d'argent était légendaire, eut le tort de vouloir accabler d'impôts les corporations. Pour se procurer de l'argent, il entreprit, vers le milieu du XIV° siècle, de racheter certains métiers et d'apporter une profonde modification au régime corporatif originaire en remplaçant par le « chef-d'œuvre», source de revenus pour l'Etat, l'examen passé jusqu'alors par le valet qui voulait obtenir la maîtrise. à

(1) Un document historique, Le Livre de la Taillè, édité également dans la Collection des Documents inédits de T'Histoire de France, nous apprend qu'en 1292 il v avait à Paris sur 15.200 contribuables 6.774 artisans appartenant à plus de 350 professions différentes.

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Ses successeurs l'imitèrent, et, Louis XI, non content de créer en 1431 six corporations privilégiées, s’iImagina même de délivrer, moyennant finances, des lettres de maîtrise, tenant lieu du stage et du chef-d'œuvre imposés aux compagnons et de créer en 1467 l'organisation militaire des métiers en les répartissant en 61 bannières.

Sous l'influence de ces expédients fiscaux, qui por- {aient un rude coup à leur autonomie, les corporations ne devaient point tarder à décliner. Les édits de 1581 es de 1597 achevèrent de contribuer à leur décadence en rendant la Corporation obligatoire et fermée et généralisant le monopole.

L'édit de 1582 avait pour but d'organiser en corps de métiers tous les artisans du royaume, et le régime corporatif qui avait été jusque là peu général devint la loi commune. L'édit réglait bien le chef d'œuvre de manière à n'être plus trop onéreux et limitait les droits de réception. Mais Henri III avait le grand tort, au lieu de laisser aux artisans, comme par le passé, le soin de s'organiser eux-mêmes, de chercher à tout réglementer par lui-même. C'était vouloir bouleverser l'organisation séculaire du travail et, en principe, tuer la liberté ! (1)

Les populations exprimèrent hautement leur opposition au projet royal et l'édit resta lettre morte. Henri IV, espérant être plus heureux que son prédécesseur, essaya, en 1597, de faire revivre l’édit de 1581, mais le peuple fit la sourde oreille et force fut au

(1) M. Hubert Valleroux, dans son livre fort intéressant sur Les Corporalions d'arts el méliers, fait remarquer très

Justement que « si l'on eut voulu vraiment corriger le monopole des corps de métiers, on aurail apporté des tempéraments à ee monopole là où il existait et on se serart gardé de l'établir là où il n'existait pas. Or l'édit faisait le contraire : il établissail par toute la France et d'une manière obligatoire ce monopole des corporations qui m'exis

lait qu'en quelques endroits : désormais, partout, le droit de travailler sera le privilège d'un corps fermé ». (p. 89).

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