ÉPANOUISSEMENT DU RÉGIME CORPORATIF (XITI°-XVI° SIÈCLES
A la fin du XII° siècle et au commencement du XIIF, les règlements des diverses corporations établis jusqu'alors par elles-mêmes avec la simple approbation de l’autorité seigneuriale manquaient évidemment d'homogénéité. Saint-Louis résolut en 1260 de remédier à ce grave inconvénient. nn
A cet effet, 1l fit mander Estienne Boileau, prévôt des marchands de Paris, ef lui ordonna de recueillir en un coutumier tous les règlements ef statuts des corporations actuellement existantes afin de les homologuer.
Le prévôt se mit à l’œuvre et rédigea entre 1261 et 1271 son « Livre des Métiers », recueil d'autant plus précieux que, suivant la remarque de M. Depping, « ces règlements ne sont pas l'ouvrage d'un seul homme mais sont le résultat des dépositions d’une centaine de corpora-
(1) M. ESMEIN a consacré plusieurs pages de sa remarquable Ilisloire du Droit à l'étude de celle première période de l'histoire du régüune corporatif. Dans les pages 694 el suivantes, il démontre entr'autres que ces corporations ne furent point, à l'origine, des corps fermés, et que tous ceux qui exerçcaient le métier pouvaient y entrer en se soumetant aux statuts,
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tions et résument les vues, les idées, l'expérience de plusieurs siècles. » (1)
Cet ouvrage, qui eut pour principal effet de transformer, par suite de l'approbation royale, les règlements intérieurs des corporations énumérées en règlements publics et administratifs, nous révèle une organisation professionnelle à peu près complète sinon générale.
Etienne Boileau nous la représente sous deux formes : La corporation, avec ses trois classes d'artisans, ses administrateurs et ses juges, et la confrérie, sorte d’association religieuse chargée de veiller aux intérêts spirituels des membres de la corporation.
Nous étudierons tout spécialement ces formes d’organisation professionnelle (2) mais nous ténons à constater dès maintenant le peu d'importance qu'Etienne Boileau attache aux confréries. Cette abstention tendrait à démontrer que les corporations furent antérieures aux confréries (3), que les artisans auraient ensuite créées pour répondre au besoin de religion inné en eux à cette époque et se concilier les bonnes grâces de l'Eglise alors toute puissante.
Quoiqu'il en soit, l’organisation corporative ne tarda
(1) Ces lignes sont extraites de l'introduction publiée par M. DepPpinG lors de son édition du Livre des Métiers, en 1837, (page xxxv). Le volume édité par lui, el auquel nous ferons de nombreuses références au cours de celle esquisse, car il est une des meilleures sources premières, fait partie de la Collection des Documents inédits de l'Histoire de France, el se trouve dans la plupart des bibliothèques municipales, entr'autres celles de la Facullé de Rennes et de la ville de Quimper.
(@) Notre Chapitre IE élant uniquement consacré à l'étude de la corporation et de la confrérie. nous avons cru pouvoir les indiquer simplement ici pour éviter des redites.
(3) Ces confréries, dont le nombre est peu considérable alors, se développèrent surtout au xrv® et xve siècles et, après
avoir été supprimées puis rélablies plusieurs fois par les rois, disparurent en 1589.
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pas à se développer à un tel point (1) que les discordes intérieures et les épreuves de la guerre étrangère durant le XIV: et XV° siècles ne purent avoir raison de sa résistance. Il fallut pour cela l'immixtion injustifiée du pouvoir royal et le développement de la grande industrie d'une part et du compagnonnage d'autre part.
SECTION III