AVANTAGES DU RÉGIME CORPORATIF
Presque tous les économistes, et, même parmi eux des adversaires avérés de l’organisation corporative, sont au. jourd’hui d'accord pour reconnaître que la corporation fut une institution légitime et que le régime corporatif eut le grand mérite de venir tout à fait à son heure et d'être merveilleusement adéquat aux mœurs de l’époque. Celtes unanimité de témoignages ne saurait d'ailleurs surprendre si lon veut bien considérer que pen-
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dant plus de sept siècles cette organisation a procuré la paix au monde du travail et permis de substituer sans révolution et sans crises le travail de l'homme libre au travail de l’esclave.
Ce premier avantage si sérieux mérite enfin d'être d'autant plus pris en considération qu'il est constaté par des historiens des plus érudits et certes peu suspects de partialité envers les corporations. C’est ainsi que M. Esmein, avec sa bonne foi et son souci habituels de la vérité, a écrit cette phrase résumant merveilleusement et confirmant tout ce que nous venons de dire. « Cette règlementation répondait d’ailleurs à l'opinion commune : une pareille discipline était considérée comme utile et raisonnable. Pourrait-on s'en étonner quand on constate que de nos jours des idées semblables ne répugnent point à la conscience populaire ? » (1)
Nous avons vu en outre au cours de cette étude et il est inutile d’insister, que le régime corporatif fut surtout un régime protecteur destiné à concilier les intérêts des producteurs ef des consommateurs, à maintenir une certaine légalité entre les producteurs et à rendre ainsi impossible 1 écrasement des faibles.
Ce fut aussi, du moins pendant longtemps, un régime démocratique où une part sensiblement équivalente était réservée à chacun par les statuts. Les corporations ava'ent réalisé cette merveille de réunir par un lien d'affection fraternelle, maîtres et ouvriers, patrons et apprentis, et de faire de chaque corps de métier une famille ayant son patrimoine, ses écoles, ses hospices et sa caisse de secours, ses fêtes et ses banquets. Les heures de travail et les salaires étaient fixés d’un commun accord garantissant à l’ouvrier le gain et le repos nécescaires. L'amour fraternel, l'esprit de corps et le sentiment de l'honneur étaient les ressorts cachés de leur vie et de leur prospérité. » (1)
(1) ESsMEN. — Op. cit. p. 69.
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Les artisans avaient compris que pour être forts, 1l fallait s'unir. Dans cette union était la garantie d'une fabrication de produits loyaux d’un tour distingué et dun cachet artistique, d'un sérieux enseignement professionnel et d’un apprentissage sincèrement suivi parce que l’orgueil professionnel qui se confondait avec l'orgueil corporatif faisait rechercher par le groupe de belles et bonnes choses propres à maintenir et étendre sa réputation.
De plus il ne semble pas que le régime corporatif ait
empêché des duvriers d'obtenir ‘une situation qu'ils .
n'ont point retrouvée depuis.
En concédant même à M. le vicomte d'Avenel que le compagnon de la corporation n'ait pu jouir du même bien-être que l’ouvrier actuel, il n'en est pas moins vral que ce travailleur devait être beaucoup plus heureux. Il avait lui au moins ce fameux repos hebdomadaire autour duquel on aura tant bataïllé cette année et n’était pas préoccupé par ce souci du lendemain qui aujourd'hui empoisonne l'existence des ouvriers. S'il perdait sa place, en effet, il pouvait en appeler à des juges professionnels, et s’il venait à être enlevé à sa famille par la mort, sa confrérie se chargeait de régler les frais de maladie et de mettre en apprentissage ses enfants.
Enfin, cette organisation, non seulement avait l’avantage de fournir aux consommateurs d'excellents produits, grâce à un long apprentissage, aux conditions d'habileté exigées des ouvriers et à la surveillance incessante des jurés, mais encore, le mélier ne se recrutant que dans la ville et les environs immédiats, il en résullait un obstacle à l’émigralion des campagnes vers les centres urbains dont on se plaint si justement aujourd'hui. En outre, les confréries, dort étaient doublées toutes les corporations, étaient de véritables sociétés de secours mutuels et un excellent moyen d'éviter ces conflits entre patrons et ouvriers que nous voyons naître {ous les jours autour de nous.
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Résumons donc ces divers avantages en disant, avec M. Lecour-Grandmaison, que le mouvement irrésistible qui pousse certaines législaticns étrangères à revenir à cette organisation corporative s'explique parce que « le peuple n’a jamais oublié que, dans le passé, le groupement professionnel avait pu lui assurer : 1° une part légitime d'influence dans les questions de salaire et de travail qui l'intéressent si directement ; 2° une garantie efficace contre tous les aléas de l'existence : chômages, accidents, maladies, concurrence intérieure ou extérieure ; 3° la jouissance d’un patrimoine collectif, c’està-dire la seule forme de propriété à laquelle puisse - jamais prétendre la grande majorité des travailleurs. La corporation lui donnait la sécurité du lendemain, sauvegardait sa dignité, lui assurait une représentation efficace de ses intérêts : par elle il avait place dans l'Etat et la Commune et sa tâche quotidicnne, si humble et si pénible qu'elle fut, devenait, à ses yeux, l’accomplissement d’une fonction sociale » (1).
Malhsureusement, ces avantages des corporations furent étouffés par les nombreux abus qui s'y firent jour à la longue et fournissent à leurs adversaires de précieux arguments dont nous verrons la valeur en étudiant maintenant les inconvénients du régime corporatif.
SECTION II