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INCONVENIENTS DU REGIME CORPORATIF

Si les corporations présentaient des avantages sérieux, comme nous venons de le voir, il serait puéril de nier leurs inconvénients et les énumérer semble même une tâche facile, si l’on considère les nombreuses critiques formulées presque journellement par leurs

(1) Revue des Deux-Mondes, 15 février 1900. — Le mouvement corporatif en Europe.

adversaires. 11 faut cependant reconnaître que Ja plupart de, reproches adressés ne visent pas les anciennes corporations, mais ont trait aux multiples abus que nous avons vu naître à partir du \vi° siècle et sur lesquels ncus avons déjà insisté, ce qui nous permettra d'être ici très brefs.

Une première objection contre le régime corporatif, d'une facon générale, est formulée par M. Pic, dans son traité de Législature industrielle. « La corporation, dit-il, à l'origine créa la paix sociale et favorisa le travail, Mais, au lieu d'évoluer avec le temps et les nécessiltés nouvelles d'une civilisation plus raffinée, elle se concentra peu à peu sur elle-même, devint rétrograde et eût l'unique souci de son monopole. Et alors, pour le ecnserver, tout en s’adaptant au milieu, elle se scinda et devint un instrument d'oppression pour les maïtres » (1).

Cette critique nous semble des plus justifiées et, en pratique, très fondée. Si, en effet. nous avons pu constater, à l’origine, une évolution spontanée du groupement libre au groupement obligatoire, nous avons vu aussi que la corporation devenue un corps ferme privilégié et aristocratique, demeura telle pendant plusieurs siècles, se révélant ennemie du progrès. Par leurs statuts qui, dans leurs prescriptions techniques étaient de véritables barrières dressées contre les inventions, les corporations surent ma‘heureusement assurer le triomphe légal de la routine et, en limitant la concurrence, elles maintinrent immuables les procédés de fabrication, ne voulant pas remarquer que le monde marchait et que l'évolution de ces procédés, qui s'accomphissait autour d'elles, devait finir par l'emporter.

Les autres reproches faits au régime corporatif s'appliquent presqu'uniquement aux corporations nées depuis le xvu® siècle et, tout en étant fondés, sont

(1) Pic. — Traité de législation industrielle, p. T4.

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moins probants, car on eut pu facilémient les faire disparaître en opérant des réformes. k

Certaines de ces objections, basées sur le double intérêt des consommateurs et de ceux qui auraient voulu exercer le métier, furent déjà faites par Turgot et les physiocrates. On invoquait, au nom des seconds, les difficultés de temps ei d'argent et de relations qui simposaient à l'accession de la maîtrise ; et, en ce qui concernait l'acheteur, on faisait valoir le peu de choix résultant de la rigueur et l'étroitesse des règlements et l'obligation de subir des prix résultant non point du cours naturel des choses, mais de lignes d'entente.

Enfin, on reproche au régime corporatif de n'avoir pas su se rendre compatible avec la production en grand et la grande industrie, et d’avoir été une source dè procès retentissants, peu faits pour maintenir la paix sociale.

Ces nombreux inconvénients, nullement contestés sont bien regrettables. La corporation, dont les membres avaient fait si souvent preuve de magnifiques sentiments de confraternité, était capable de tous les progrès si elle était restée animée de l'amour du bien et de l'égalité.

Peut-être aurait-on pu en ce cas « rendre les grands capitaux communs, Comme les matières premières, les halles et les établissements collectifs, et attacher les compagnons à leur métier par une participation aux bénéfices collectifs en proportion de leur travail, comme ce fut le cas un moment à Bruges. » (1)

Ces remèdes, joints à la création de corps professionnels englobant toutes les corporations débarrassées des abus qui s’y seraient introduits, auraient-ils suffi pour redonner à cette organisation professionnelle toute sa vitalité ? l

Nous le croyons, à condition toutefois de bien régle-

(1) MaHaiM. — Op. cit. p. 70,

menter. l'intervention du pouvoir royal. L'alliance du régime corporatif avec la souveraineté politique de re temps-là, alliance à laquelle les corporations durent d'abord leur salut parce qu'elle était fondée sur un échange équitable de services, n’a pas été une des moindres causes de sa décadence. « En les rendant viciirnes et complices de sa fiscalité croissante, le gouvernement de l'ancien régime pendant le dernier siècle surtout de son existence ajouta pour lui la déconsidération aux animosités et indignations soulevées par son exclusivisme. » (1)

L'organisation professionnelle de la fin de lPAncien Droit fournit là aux employeurs et employés contemporains, qui trop souvent négligent les intérêts professionnels pour s'occuper de questions politiques, une dure leçon. Nous formons les vœux les plus sincères pour qu'elle ne soit pas perdue et que les ouvriers français cessent dans leur intérêt de suivre les excitations de ces meneurs et fomenteurs de grèves dont la politique inspire seule les revendications.

SECTION III

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