‹ Essai sur l'organisation professionnelleChapitre 24 sur 54 · FA ES · texte numérisé non relu

FA ES

Cette loi, dite loi Chépelier, entraînait fatalement la suppression de toute organisation professionnelle et mème les plus fervents admirateurs de la Révolution reconnaissent aujourd'hui qu'elle à produit des résultats désastreux durant lé cours du siècle dernier. Nier coutre toute « évidence l'existence d'intérêts communs entre sens exerçant le même métier, c'était, en effet, non seulement détruire l’ancienne organisalion, mais interdire jusqu’à la possibilité d'en reconstruire une autre : c'était laisser face à face ouvriers el patrons sans lien entre eux et instituer selon l'heureuse expression de M. Sauzeb le régime du « tête à tête forcé » ; c'était enfin laisser impitoyablement « broyer dans la lulte économique le faible par le fort (4) »

On a vivement reproché à la Constituante le vote de cette loi, œuvre de la « superbe diabolique » de nos révolutionnaires, comme disait Joseph de Maistre. et nous n'avons pas la prétention de tenter de justifier ici cet étrange décret qui, sous prétexte d'assurer la liberté individuelle et la liberté du travail, alla jusqu'à supprimer la liberté d'association. Cependant, nous croyons que cette œuvre peut du moins s'expliquer, Si l'on considère l’état des esprits et l'absence de proteslations soulevées chez les ouvriers par la promulgation de cette loi. Les législateurs de 1791 ne connaissaient guère la grande industrie ef ne voyaient autour d'eux que de petits ateliers où régnait le contrat imdividuel de travail. Les plus coupables sont donc certainement ceux qui, malgré le développement de la grande manufacture el du machinisme ont attendu soixantetreize ans avant de proclamer le droit de se coaliser (loi

lorsqu'ils se trouveront ensemble, se nommer de président au de secrétaire, ou syndic, lenir des registres, prendre des arrêtés, former des règlements sur leurs préléendus intéréts COMMUNS. »

(1) SAUZET. Revue d'économie politique. (1892). « Essai historique sur la législation industrielle de la France ».

de 1864) et accordé, en 1884, seulement, une existence légale aux associations syndicales.

Les pouvoirs publies, tant législatifs qu'exécutifs, ont été, en effet, pendant presque tout le x1x° siècle, exercés par des hommes souvent éminents, mais profondément imbus des idées individualistes de Turgot et de Smith, et se refusant à considérer la sociéié comme un ensemble de corps vivants harmonieusement coordonnés. Durant une soixantaine d'années, nous allons les voir persister à nier l'existence d'intérêts communs entre lies individus exerçant une même profession, ou du moins, s'élever contre ie péril qu’il y aurait à la reconnaître ; et, c’est seulement sous la poussée des événements et de l'opinion publique, qu'ils se décideront à tolérer, à partir de 1860, la formation de groupements professionnels dont l'existence sous des formes déguisées remontait déjà à plusieurs années. Nous serons donc très brefs, nous contentant dans ce chapitre, sans avoir la prétention de faire œuvre d'érudition, mais pénétrés du désir de traiter complètement notre sujet, de préciser l'attitude des divers Gouvernement vis à vis de l’organisation professionnelle, et surtout d’insister sur les efforts tentés par l'initiative privée pour l'introduire en France malgré les lois et les pouvoirs publics.

SECTION I

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