III. — ETUDE CRITIQUE DE L'ŒUVRE DE M. MILLERANY
Pénétré d'excellentes intentions et décidé à favoriser le développement de l'esprit corporatif en reconnaissant aux syndicats parallèles, réunis par une commission mixte, une situation privilégiée en raison de leur utilité, M. Millerand se trouva immédiatement en face de difficultés considérables et d’une sourde hosülité du Parlement. 6 €
Aussi, pour réaliser son désir, M. Millerand, député depuis déjà de longues années, et sachant, par expérience, le sort réservé trop souvent aux projets de loi par: les Chambres, résolut-il de se passer de la voie législative et d'établir par décrets un solide commencement d'organisation professionnelle.
Cette initiative hardie ne manqua pas de faire couler des flots d'encre et de soulever de nombreuses protestations de la part des membres du Parlement. Quant à nous, forts d’une reconnaissance de Ja légalité et de la validité de ces décrets par un arrêt du Conseil
Lie
d'Etat, en date du 29 ‘février 1904, nous sommes loin de partager leur indignation et plutôt tentés de sourire de leur déconvenue.
La méthode adoptée par M. Millerand pouvait avoir l'inconvénient de méconnaître les droits et prérogatives des représentants élus de la Nation ; elle présentait du moins l'avantage très appréciable dans le cas d'essais d'une nouvelle organisation du travail, comme ici, de permettre à son auteur de tenir compte des critiques et de corriger aisément son œuvre par un nouveau décret. C'est ce que fit d’ailleurs le ministre, le 2 janvier 1901 et, il eut sans doute continué, si le ministère dont il faisait partie ne s'était retiré, en 1902.