‹ Essai sur l'organisation professionnelleChapitre 8 sur 54 · SECTION PREMIÈRE ORIGINES DU REGIME CORPORATIF · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE ORIGINES DU REGIME CORPORATIF

Les cinq ou six premiers siècles de notre histoire ne nous révèlent point de traces d'un organisation professionnelle même rudimentaire dont la Gaule avait cependant dû hériter des Romains (1). C'est seulement vers les 1x° et x° siècles que nous constatons l'existence des premiers germes du régime corporatif, et encore nous apparaît-il à ses origines comme un fait plutôt que comme une doctrine.

Le régime corporatif était alors, en effet, une organisation peu générale du travail, basée uniquement sur la constitution d'une association entre gens exerçant le même métier el demeurant dans la même localité, dont les statuts avaient été reconnus par l'autorité seigneuriale où municipale.

(1) Les documents historiques nous ont révélé lexistence à Rome el dans les provinces de collegia où groupements d'artisans exereant le tième métlicr, inais ils furent telle-

ment détournés de leur but par les empereurs qui en faisaient des instruments politiques, que nous avons pas cru pouvoir les considérer connne de véritables manifestations d'organisation professionnelle el les éludier dans cette première partie,

Comment ces arlisans avaient-ils été amenés à constituer ces groupements locaux connus sous le nom de corporalions el confréries.

Bien des explications ont été données, basées sur des documents peu explicites, et nous ne pouvons songer à reproduire ici toutes les opinions émises.

Les uns (1) ont voulu voir dans ces corporalions les vestiges des anciens collèges romains alléguant, non sans raison que les travaux de Savigny et de plusieurs grands juristes Contemporains démontraient péremptoirement que les institutions françaises du Moyen Age n'étaient que le fruit d’une lente évolution.

D'autres (2), sans nier la valeur de cette version, veulent voir dans la corporation l’héritière directe de la Guilde Germanique, sur l’organisation de laquelle nous renseignent des monuments remontant au 1IX° siècle. Ces documents nous représentent les guildes comme des associations guerrières à l'origine, devenues ensuite des sortes de mutualités, puis des associations corporatives élisant des chefs appelés wardens, chargés de la gestion du patrimoine. |

Pour nous, nous estimons, avec un grand nombre d'auteurs (3), que le collège romain et la ghilde germanique ont exercé une influence incontestable sur la formation des corporations, mais que là nest pas la vraie cause de leur éclosion vers le 1\° siècle. Elles sont nées parce qu’au Moyen Age cette vérité que l’ « union

() EsurIN. — Histoire du Droit. P. 693 (Paris, 1898). — NIARTIN SAINT-LÉON. — Histoire des corporations d'arts et métiers depuis leur origine jusqu'à leur suppression en 1794, p. 68 et suiv. (Paris, Guillaumin, 1897).

(2) Drioux. — Elude sur les associalions. (Paris, 1884, p. 129). —- Manaim. — Ælude sur l'associalion professionnelle, (Liège, 1891).

(3)BONCOUR. — fédéralisme économique, p. 129. (Paris, Alcan, 1901). — LEvassEUR. — Histoire des classes ouvrières, p. 110 et suiv.. (Paris, 1897). — HUBERT VAILEROUX. — Les corporations d'arts et méliers et les syndicats professionnels en France el à l'étranger, (Paris, 1885).

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fait la force » est plus évidente que jamais et l'on pourrait, semble-t-il, appliquer aux corporations le mot célèbre de Taine, aux constitutions : « on ne les crée pas : elles poussent.

Comme l'association même, la corporation est née spontanément du besoin. « Groupés d'ordinaire dans la même rue ou le même quartier, les gens de même profession avaient pu facilement s'entendre, se rendre quelques services réciproques, et, au lieu de se faire les uns les autres une concurrence que leur faiblesse aurait rendu désastreuse, ils préférèrent se coaliser contre leurs ennemis communs. Ils essayèrent d’opposer à ces ennemis la puissance de l'association : 1ls firent des règlements, jurèrent secrètement de les observer et, peu à peu, s'enhardirent jusqu'à considérer leurs conventions comme des droits » (1).

Les artisans durent aussi sentir le besoin de s'unir et s'organiser par professions en se trouvant réunis par milliers pour la construction des grandes cathédrales qui sélevèrent à Strasbourg, Laon, Chartres, Senlis. vers les xI° et x1I° siècles. Nous crovons, avec M. Boncour, qu'il y à « plus qu'une coïncidence de date entre la construction de ces superbes édifices el l’organisaüion corporative. » Nous estimons, comme lui, « naturel que dans de pareils travaux, qui, durant de si longues années les faisaient collaborateurs d'une même tâche, les ouvriers aient pris plus nettement conscience de la solidarité professionnelle, base primordiale de Ja corporation » (2).

À cette époque, cependant, et durant les xr et xII* siècles, l'organisation corporative est loin d’être complète et générale. Plusieurs provinces ignorent à peu près le régime corporaiif, el, dans les provinces

(1) LE VassEUR., — Histoire des classes ouvrières. Tome PSN 0:

() P. Boxcour, — Fédéralisme économique. (Paris, Al-

can, 1901), page 131,

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où il étend-ses ramifications, il n'est établi que localement et progressivement, par des règlements et des lettres patentes spéciales à chaque ville, En outre. les ouvriers des villages et des bourgs et surtout les agriculteurs, n’en voient point les avantages et préfèrent rester sous la domination du seigneur (1).

Il faut arriver au xuI° siècle pour voir l'organisation corporative se complèter et se généraliser pour supplanter enfin le dur régime du servage el parvenir à son apogée.

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