‹ Essai sur l'origine de l'écriture, sur son introduction dans la Grèce et son usage jusq'au temps d'HomèreChapitre 18 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ou LANGAGE DES SIGNES.

XX. Pour bien connaître les ressorts et l’usage de la mémoire , il faut examiner le secours quelle retire du langage des signes.

On distingue trois sortes de signes : i* les signes accidentels^ ou les obj ets que diverses circonstances particulières ont liés avec quelques-unes de nos idées; en sorte qu’ils sont propres à nous en rappeler le souvenir : 2° les signes naturels, ou les cris que la nature a établis pour les sentimens de joie, de crainte, de douleur, etç.... : 3° les signes à! institution , ou ceux que nous avons choisis nous mêmes, et qui n’ont qu’un rapport arbitraire avec nos idées.

Ces signes ne sont point (1) nécessaires pour l’exercice des opérations qui précèdent la réminiscence; car la perception et la conscience ne <

(1) Essai sur l’oripnc des connoissances humaiors. Amsterdam 1746. 1 , 65.

’j6 USAGE DE u’ÉCRITDRE EN GRÈCE.

peuvent manquer d’avoir lieu (i) tant qu’on est éveillé; et l’attention n’étant que la conscience qui nous avertit plus particulièrement de la présence d’une perception, il suffit, pour l’occasioner , qu’un objet agisse sur les uns avec plus de vivacité que les autres. Jusque-là les signes ne seraient propres qu’à fournir des occasions plus fréquentes d’exciter l’attention.

Mais supposons un homme qui n’ait l’usage d’aucun signe arbitraire. Avec le seul secours des signes accidentels, son imagination et sa réminiscence pourront déjà avoir quelqu 'exercice; c’est-à-dire qu’à la vue d’un objet, la perception avec laquelle il est lié pourra se réveiller, et qu’il pourra la reconnaître pour celle qu’il a déjà eue. Il faut cependant ®bserver que cela n’arrivera qu’aiitant que quelque cause étrangère lui mettra cet objet sous les ieux. Quand l’objet est absent, l’homme que je suppose n’a pas de moyens pour se le rappeler de lui-même , puisqu’il n’a à sa disposition aucune des choses qui pourraient y être liées: il ne dépend donc point de lui de réveiller l’idée qui y est attachée. Ainsi l’exercice de son imagination n’est point encore en son pouvoir.

Quant aux cris naturels, cet homme les formera aussitôt .qu’il éprouvera tes sentimens auxquels

(i) L’édition de» Œuvres de Condillac, Pari» 1822 . 1 , 55, dit ne peuvent avoir lieu, ce qui est un contre»ens évident. Il y a plusieurs autres fautes semblables dans cette édition, qui est Irès-dcfcctucuse.

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