‹ Essai sur l'origine de l'écriture, sur son introduction dans la Grèce et son usage jusq'au temps d'HomèreChapitre 19 sur 62 · ART. XX. LANGAGE UES SIGNES. ’J · texte numérisé non relu

ART. XX. LANGAGE UES SIGNES. ’J

ils sont affectés; mais iis ne seront pas, dès la pre* raière fois, des signes à son égard; puisqu’au lieu de réveiller en lui des perceptions , ils n’en seront que des suites.

Lorsqu’il aura souvent éprouvé le même sentiment, et qu’il aura, tout aussi souvent , poussé le cri qui doit naturellement l’accompagner, l’un et l’autre se trouveront si vivement liés dans son imagination , qu’il n’entendra plus le cri sans éprouver le sentiment en quelque manière. C’est alors que ce cri deviendra pour lui un signe; mais ce signe ne donnera de l'exercice à l’imagination de cet homme que (i). quand le hazard le lui fera entendre. Cet exercice ne sera donc pas plus à sa disposition que dans le cas précédent.

Il ne faudrait pas m’opposer qu’à la longue il aurait la faculté d’employer ces cris, pour se retracer à son gré les sentimens qu’ils expriment. C’est ce qui n’est pas douteux; mais alors ces signes cesseraient d’être naturels, puisque j’ai donné ce nom aux signes dont le caractère est de faire connaître par eux-mêmes, et indépendamment du choix que nous en avons fait, l’impression que nous éprouvons , en occasionant quelque chose de semblable chez les autres. Ce seraient des sons que cet homme aurait choisis comme nous avons fait ceux de crainte, de joie, etc. : ainsi il aurait

(i) Essai sur l’origine des connoissances humaines. Arasicrdaro >746-, 67.

^8 USA.GE DE l’ÉCRITDBE EN GRÈCE.’

l’usage de quelques signes d’institution , ce qui est contraire à la supposition dans laquelle je raisonne actuellement.

La mémoire ne consiste que dans le pouvoir de nous rappeler les signes de nos idées, ou les circonstances qui les ont accompagnées; et ce (i) pouvoir n’a lieu qu’autant que, par l’analogie des signes que nous avons choisis , et par l’ordre que nous avons mis entre nos idées, les objets que nous voulons nous retracer tiennent à quelquesuns de nôs besoins présens. Enfin nous ne saurions nous rappeler une chose qu’autant qu’elle est liée, par quelqu’endroit, à quelques-unes de celles qui sont à notre disposition. Or un homme qui n’a que des signes accidentels et des signes naturels n’en a point qui soient à ses ordres. Ses besoins ne peuvent donc occasioner que l’exercice de son imagination , ainsi il doit être sans mémoire (a).

Afin de nous convaincre encore mieux de ce principe très-important pour l’objet qui nous occupe ici , examinons ce qui arrive aux animaux qui n’ont véritablement que des souvenirs, mais non le pouvoir de les recueillir et d’y attacher des signes pour se les représenter au besoin. C’est ce dont nous allons nous convaincre aisément par

(i) Essai sur l’origine des connoissances humaines. Amsterdam ■ 1746, 1, 68.

(a) Id. p. 69.

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