‹ Essai sur l'origine de l'écriture, sur son introduction dans la Grèce et son usage jusq'au temps d'HomèreChapitre 22 sur 62 · S II · texte numérisé non relu

S II

Caractère y>écial de la mémuire.

XXII. Faute d’avoir connu les unalises que je viens de faire, et surtout le principe de la liaison des idées, les philosophes, avant l’abbé de Condillac, qui a très bien-développé ce principe, ont été fort embarrassés pour expliquer l’instinct des animaux (2). N’étant pas remontés à l’origine des choses, ils n’ont pu trouver un juste milieu; ils se sont égarés dans les deux extrémités. Les uns ont mis l’instinct à côté ou même au-dessus de la raison : les autres ont rejeté l’instinct et ont pris les animaux pour de purs automates. Ces deux opinions sont également ridicules, pour ne rien dire de plus. La ressemblance qu’il y a entre nous et les autres animaux , nous prouve qu’ils ont une amc; et la différence qui s’y rencontre fait voir qu’elle est inférieure à la nôtre. Les analises pré-

( 1 ) Essai sur l’origine des connoissances humaines. Araslerdam,

(ü) /</. Ibidem,

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84 irsAGE DE l’Écriture en gréce.

céüentes rendent la chose sensible; puisque les opérations de l’arne des autres animaux ou des bêtes se bornent à la perception, à la conscience, à l’attention, à. la réminiscence, et à une imagination qui n’est point à leur commandement; et que la nôtre a d’autres opérations dont je vais exposer la génération.

Il faut appliquer à la contemplation ce que je viens de dire de l’imagination et de la mémoire , selon (i) qu’on la rapportera à l’une ou à l’autre. Si on la fait consister à conserver les perceptions, elle n’a, avant l’usage des signes d’institution, qu’un exercice qui ne dépend pas de nous; et elle n’en a point du tout, si on la fait consister à conserver les signes mêmes.

Tant que l’imagination , la contemplation et la mémoire n’ont point d’exercice, ou que les deux premières n’en ont qu’un dont on n’est pas maître; on ne peut disposer soi-même de son attention. En effet, comment en disposerait-on, puisque l’ame n’a point encore d’opération à son pouvoir? elle ne va donc d’un objet à l’autre, qu’autant qu’elle est entraînée par la force de l’impression que les choses font sur elles.

Mais aussitôt qu’un homme commence à attacher une idée à des signes que lui même a choisis, on voit se former en lui la mémoire. Celle-ci

(i) Essai sur l’origioedes connoissances humaines, Amsterdam,

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