ART. XXVIII. LANGUES ET ÉCRITURES ANCIENNES. I
inera les trois mots composés huchhinder, buchhalter, bttchhaendler, relieur, teneur de livres, libraire. Dans tous les trois, la sillabe buch, qui détermine l’objet du verbe, et qui exprime ce que l’un relie , l’autre lient, et le troisième vend, ce sont des livres, est frappée de l’accent, et l’on dit : BucHÔinÉfc/-, ^ncRhalter, '^Mcahaendler. Mais supposons qu’un étranger, trompé par la ressemblance des trois mots, propose à un teneur de livres, ou à un libraire, de lui relier quelques volumes ; il recevra cette réponse : Je suis bien teneur de livres, ou je suis bien libraire, mais je ne suis pas relieur. IjC teneur de livres ou le libraire exprimera cette idée en changeant l’accent du mot, qui indique son état, et il dira : Ich binwohl buchhalter,o\ibuchhaendler;vai\s je ne suis pas buch binder (i).
J’ai cru devoir yitrer dans tous ces détails sur une langue moderne, afin de mieux faire comprendre les langues et les écritures anciennes [a).
§ni.
Des Langues et des Écritures anciennes.
XXVUI. Si l’on a bien entendu ce qui a été dit dans l’article précédent sur la langue allemande, il sera facile de comprendre ce qu’étaient les lan-
(i) Cours d histoire des États européens, p. o5i.
IIO DSAGK DE l’ÊCRITDRE EN GRÈCE.
gués anciennes et leurs écritures. Les idées primitives étaient exprimées par un mbnosillabe daus l’écrkure des sons ou phonétique, et par un signe représentatif dans l’écriture des pensées ou ' hiérogliphique. C’est pour cela que, dans l’écriture chinoise, il y a deux cent quatorze clés (i), ou caractères primitifs , ou même un plus petit nombre, si l’on observe que, de ces deux cent quatorze radicaux, il n'y en a que six composés d’un seul trait, vingt-trois composés de deux traits, trente-un de trois traits, et ainsi de suite jusqu’au dernier ou deux cent quatorzième radical, qui est composé de dix-sept traits (2).
Quel que soit le nombre des traits, chaque caractère n’est énoncé que par un monosillabe qui eu donne la signification. Ces expressions monosillabiques forment leur écriture phonétique. Ces deux écritures ont donc une yiialugie qui, dans leur origine, a dû être exacte, et qui s’est dénaturée avec le tems. Les peuples qui employaient l'une de ces écritures, pouvaient aisément comprendre et employer l’autre. J’ai fait voir dans l’article précédent que l’écriture phonétique avait succédé à l’écriture hiérogliphique , et la première est en effet dérivée de la seconde.'
L’écriture hiérogliphique des Égiptiens était
(1) On en trouvera le tableau dans la grammaire chinoise de M. Abel-Remusat , entrejes pages lo et ii.
(a) Vojrez cette grammaire, p. ii — ai.
ART. xxvni. LANGUES ET ÉCRITURES ANCIENNES. I I I
figurative et conséquemment irrégulière : mais récriture hiérogliphique régulière , comme celle des Chinois, est formée par deux cent quatorze signes simples dont l’agglomération de deux, trois, et même six ou huit signes, modifiée par des traits , compose jusqu’à quatre-vingt mille caractères , et représente conséquemment quatrevingt mille idées. . .
L’écriture phonétique régulière, comme dans la langue allemande et dans la langue grecque, se forme par environ deux cents monosillabes dont l’aggrégation compose de huit à dix mille mots.
I/écriture des sons ou des mots est ainsi le signe auditif de l’écriture des pensées. Mais celle-ci est très-supérieure à l’autre. Il est iacheiix que la langue chinoiserie réunisse pas les deux avantages. Il serait curieux d’essayer de traduire les caractères primitifs chinois par des monosillabes allemands ou grecs et de former ainsi des.aggrégations de mots allemands ou grecs par le moyen des caractères chinois composés.
Ou voit que l’avantage qu'a la langue allemande lui est commun avec la langue grecque et les langues plus anciennes (a). »
Il n’est pas facile de connaître à qui l’invention de l’écriture appartient primitivement. Cependant on peut dire que de toutes les écritures alfabétiques, l’éthiopiène, la caldaïque, l’égiptiène et la samaritaine ou phéniciène, sont les seules qui
112 USAGE DÉ l':ÉCRITÜRE EN GRÈCE.
puissent entrer en lice pour disputer l’antiquité (i).
On est d’accord que l’alfabet arabe actuel n’est autre chose dans son origine que Talfabet siriaque, introduit à la Mecke et à Médine dans le VP siècle de notre ère; on convient encore que le siriaque d’alors n’était qu’une altération ou une variété du bahilonien ou caldéen qui est notre hébreu actuel; et que, plus anciennement, les uns et les autres ne furent que l’altération du phénicien , représenté parle caractère dit samaritain^ lequel a été l’hébreu primitif dont s’est servi Moïse, et dont l’usage a subsisté comme national jusqu’à la captivité des Juifs à Babilone ( 2 ). Voyez le Talmud de Babilone^ traité sanhédrin chapitre II, qui désigne le samaritain, par Khetab (3) (écri-
ture Ibri,. que nous appelons. Hébraïque), et l’hébreu Khétab As écriture des Assiriens.
Voici la traduction de ce passage :
V. Mar~Zuthra^ et selon d’autres, Mar-Ukba^ « dit : Au commencement. Dieu donna aux Israë- « lites la loi dans l’écriture Ibri et dans la langue «sainte; ensuite il a donné pour la seconde fois « cette même loi, du tems d’Esdras, en écriture .« assiriène et en langue araméène. Les Israélites
(r) Dictionnaire raisonne de diplomatique. I, 4*4 (a) Œuvres complètes de Volney. Paris i8ai , VIII, 363.
.nay anD (3) .mur» sro (4)
ART. XXIX. LANGDE HÉBRAÏQUE. Il3
« ont choisi pour eux l’écriture assiriène et la « langue sainte; et ils ont laissé aux ignorans l’é- « criture Ibri et la langue araméène. Quels sont « ces ignorans ? Rabbin HasAai dit : Ce sont les « Samaritains (i). »
Voyez aussi Âzarias de Rubeïs , Méor-Anaïm , chapitre lvi, page 178 recto de F édiüon de Mantoue, 1574, in- 4 *.
s IV.
La langue hébraïque est celle que Von parlait au^ delà ou sur la rive droite de V Euphrates^
XXIX. Plusieurs ont cru qu’Héber étant un des aïeux des Hébreux, c’était de lui qu’Âbraham et, après lui, ses descendans, avaient été appelés Hébreux; mais il y a beaucoup plus d’apparence que le nom ^ Hébreux a été donné à Abraham et à sa race, parce qu’ils étaient venus dans la terre de Cbanaan, de del^ l’Euphrates; en sorte que Hebreeus ne voudrait dire autre chose, dans son origine , qu’un homme venu de delà l’Eupbrates. Heber ovi Ibri y en hébreu, signifie au-delà y ou
rvnn ana nbnna .napiÿ nn»n»K Nits'n ia (i) «Tty >au onS nanai mtn wtpn pwSa nay anaa
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1 14 , osAGE DE l’Écriture en Grèce.
simplement le passage. Pourquoi Abraham , qui ii’est que le sixième depuis Hébeq^’ aurait-il pris son nom de ce patriarche plutôt que d’un autre de ses aïeux ? pourquoi ne le pas prendre plutôt de Sem , par exemple , qui est qualifié par Moïse père de tous les enfans d’Héber, ou de delà l’Eupbrates, que d’Héber, dont la vie n’est relevée par aucune circonstance dans la Bible? La première fois qii’Âbraham est nommé Hébreu ( i), c’est environ dix ans depuis qu’il fut arrivé dans la terre deChanaan , et à l’occasion de la guerre de Codorlahoraor et de ses alliés. Les Septante et Aquila traduisent l’hébreu hébéri par pératès ou péraïlès , qui signifie un passager, un homme de delà le fleuve. Si Pon veut approfondir cette question ^ on peut lire les Prolégomènes de Walton, et les autres livres que l’on a^ écrits sur cette matière, ainsi que le commentaire de Dom Calmet sur la Genèse (2).
Les commentateurs anciens et modernes ont encore été partagés sur cette question , dans le cas où la langue hébraïque tirerait son nom d’Héber, si, à'ia confusion des langues arrivée à Babel , elle demeura dans la famille d’Héber et de' ses descendans. La confusion des langues ayant été considérée comme la punition de la témérité de ceux qui entreprirent de bâtir cette tour, il
( 1 ) (liiu'sfi XIV, i3 '
(Jiapifrp X, vrr^ot >4- ‘
ABT. XXIX. LANGUE HÉBRAÏQUE. Il5
semble qu’on a raison de présumer que la race d’Héber, qui étàit dès lors destinée par Dieu pour être la souche de la race sainte et la dépositaire de la vraie religion, observe Dom Calmet, n’eut point de part à celte entreprise, ni, par conséquent, à la peine qu’elle mérita.
On répond à cela deux choses : i* qu’on n’a aucune preuve que la famille d’Héber n’ait pas eu de part à la construction de la tour de Babel; et a» qu’il est indubitable que la langue hébraïque a été commune à des peuples qui n’avaient aucune liaison avec la famille d’Héber ; par exemple, les Phéniciens ou Chananéens, les Siriens, les Philistins qui, du tems d’ Abraham , parlaient hébreu , ou une langue très-peu différente de l’hébraïque. On ne peut donc pas dire que cette langue soit demeurée dans la seule famillé d’Héber.
Mais, dka-t-on, d’où vient donc qu’on l’appelle langue hébraïque ? est-ce à cause qu’on la parlait au-delà deTEuphrates? Nous avons dit plus haut qu’Sbraham avait reçu le nom d’Hébreu, ' parce qu’il venait de delà le fleuve. Je réponds donc I® qu’en effet il y a beaucoup d’apparence qu’on parlait cette langue dans (i) la Caldée et la Mésopofamie , du tems d’Abraham , puisque ce patriarche, en entrant dans la terré des Chananéens, n’eut pas la moindre peine à se faire en-
(i) Dictionnaire historique delà bible par Dom Calmet. CencTc. ijSo. II, 55o. ,
Il6 USAGE DE l’écriture EW GRÈCE.
tendre et à comprendre la langue du pays; et lorsque Jacob alla de la terre de Chanaati en Mésopotamie, il parla, entendit, et se fit entendre sans truchement. Ses deux femmes, Rachel et Liah, donnent à leurs enfans des noms hébreux. Il n’est donc pas hors d'apparence que le nom de langue hébraïque vient de ce qu’on la parlait audelà de l'Eiiphrates.
Mais, comme on la parlait aussi en deçà de ce fleuve, et que même on l’y parla plus long-tems et plus purement que dans la Caldée et la Mésopotamie, ainsi qu’on le prouve, parce que Jacob et Laban, ayant érigé un monument sur le mont deGalaad, lui donnèrent chacun un nom différent selon l’usage de leur langue (i) : cela prouve que dès-lors la langue siriaque n’était pas la langue hébraïque ou phénicienne; au lieu que jusqu’au règne des Grecs, la langue hébraïque, chananéène ou phéniciène, et celle des Philistins et des Samaritains , subsistaient dans toute leur pureté en Palestine. 11 semblerait 'ionc que le nom de langue hébraïque vient plutôt des Hébreux descendans d’Abraham que des peuples de delà l’Euphrates, dont la plupart ne descendaient pas d’Héber.
Au reste , il ne faut pas s’imaginer que la langue connue sous le nom d’Hébraïque ait été ordinaiment ainsi appelée chez les profanes : ils la con-
(i) Genèse, XXXI,