S IV
Comment t écriture a passé des Égiptiens aux Hébreux et aux Grecs.
XXXIX- «Cadmos, » dit Eusèbe (i), a intro- «duisU le premier en Grèce les lettres com- « munes qui sont les premiers éléraens de la « grammaire. Il était Phénicien d’origine; c’est « pour cela que quelques auteurs ont donné aux a lettres le nomdephéniciènes.D’autresattribuent « aux Siriens l’invention des lettres. Les Siriens, « qu’on pourrait aussi qualifier d’Hébreux ( art. « XXViy ), habitaient une contrée voisine de la a Phénicie, et qu’on appelait aussi autrefois Phé* a nicie, mais qui porta ensuite le nom.de Judée, « et que nous appelons aujourd’hui Palestine. Le « spn des lettres , grecques ne paraît nullement « étranger à celui des lettres hébraïques. Chaque a élément a chez les Hébreux une dénomination
(i) LÎTie X, chap. 5. •
ART. XXXIX. ÉCRITURE DES HÉBREUX. l63 m et une signification pasticulières ; ce qu’on ne a trouve millement chez les Grecs. De cela seul, a on doit conclure que les Grecs n’ont rien qui O leur soit propre. Les hébreux ont en tout viugt- « deux élémens ou lettres , dont la première est « alph i^aleph), ce qui, traduit en grec^ veut dire « instruction ; la seconde, beth, signifie maison; a la troisième, ghimel, se rend par le mot pléni>
« tude; la quatrième, delth {daleth), signifie taa blettes; la cinquième, hé^ veut dire la même.
« Si'vous réunissez toutes ces lettres, elles forme- « ront ce sens :
« Instruction de la maison ; plénitude a même des tablettes.
» Après ces lettres, vient la sixième que les Hé- «breux appellent raw, qui veut dire en elle; «vient ensuite la lettre zai {^zaïn') qui signifie il «vit; puis le heth {khelK) qu’on traduit le vi- « vai\t, de manière que tout ceci forme ce sens :
« Le vivant vit en elle.
« Vous avez après cela la neuvième lettre teth , «c’est-à-dire bon; puis Yioth (iod) ou principe; « les deux lettres réunies forment « Bon principe.
« Ensuite vient la lettre caph (caf) qui. signifie «néanmoins; puis labd ( /a/wcc?), c’est-à-dire ap- « prends. Le tout signifie :
« Néanmoins apprends.
«La treizième lettre, mem, veut dire d’eux- « mêmes; la quatorzième, /i«n, signifie éternelle;
lG4 USAGE CE l’eCIUTUHE EN GIlfeCE.
« la quinzième, sameh ( samec ), veut dire secours.
« Ces trois lettres donnent ce sens :
« D’eux-mèmes un éternel secours.
« La seizième lettre, ain, traduite, indique une «source ou un. œil; la dix-septième, {pé), a veut dire bouche; la dix-huitième, sadéi tsadé),
« signifie justice. Ces trois lettres réunies forment « ce sens :
« Source ou œil et bouche de justice.
« La dix-neuvième lettre, coph, signifie appel ;
« puis rès ( resch) signifie tète ; ensuite la lettre sen i( (^schin) veut dire dents; les Hébreux appellent ' « thau leur vingt-deuxième lettre qui se traduit « par signes. Voici le sens que présentent ces « dernières lettres :
« Appel de la tête, et .signes des dents.
« Il y a donc, conclut Eusèbe, chez les Hé- « breux, une métapbrase et manière d’interpréter «les lettres, qui accomplit le sens du discours,
« parfaitement approprié à la connaissance que « promettaient les lettres. Vous ne pourriez pas « trouver la même chose chez les Grecs, puis- « qu’ils ne peuvent disconvenir que rien ne leur «appartient réellement; ils ont emprunté leurs •
« lettres à la langue barbare, en y fe.sant quelques « changemens : c’est ce que l’on peut prouver en « citant le nom de chacun des élémens de l’alfa- « bet grec; Car quelle différence remarqiie-t-on « entre alph et alpha ^ entre beth et bêta, entrai « ga?nma et ghimel , entre, delta et delth, entre
AUT. XXXIX. liCUlTiniE UKS HÉBKEIJX. 1 G5 « epsilon et hé , entre et zéla,' entre tcth et « thêta ^ sans compter les autres lettres oui se reS'» « semblent. Il est donc indubitable que ces lettres «S’appartiennent pas aux Grecs, mais bien aux « Hébreux chez lesquels chacune d’elles a une si- «gnification particulière. Ces lettres, qui prirent « naissatice chez les Hébreux, parvinrent ensuite « à d’autres peuples, et même aux Grecs. » > '
Tel est le raisonnement d’Eusèbe. On voit qu’il prouve très-bien que les Grecs n’ont point inventé l’écriture; mais , lorsqu’il veut attribuer celte découverte aux Hébreux par le moyen des phrases assez ridicules qu’il a si péniblement organisées (i), il ne démontre plus rien , et le mauvais résultat de ses doctes recherches prouve seules ment que. les Hébreux n’ont pas été j)lus créateurs que les Grecs. C’est chez' les Egipliens qu il faut chercher la découverte qui nous occupe ici : ce sont eux qui l’ont véritableinent faite, et Platon, qui en explique la méthode après avoir demeuré plusieurs années en Egipte, où il s’étaitiiiistrùit , mérite d’en être cru sur ce point. Examinons donc
(i) La plupart de ces înlerpretalions sont Le Inof
par exemple, ne .veut pas.ilire pleaitude, knàisfchaiLeaii.tsOiX trotj> vçri^.uue expiien^iop tliç, ^nopi.^ ;IeUr^^ jyîî^nû'.qnc? bcpuroyp meiDem e page iSôilc Piiuvragedc FimCciu» tfc scriptuni v^tçrum. Cette explication est adoptee par Meud<‘I.s.sohn, dans sa JerumU-m. Berlin, 1781, p. 76. Cel ouvrage écrit en allemand m^rîterait (Vétre traduit en~frauçais. La* langue ' était perdue du tems d’Eus^be , et même depuis Esdras. On ne tloit pas cire surpris «|u*Eusèbe ne l’ait patf^ bi<m i^onouc. ; 1..'! (M.. i r •»,. » r
l66 tISÀGE DE l’ÉCRITORE EN GRÈCE.
comment et en quel tems .cette découverte passa d’Égipte ,en Grèce. Ce sera le sujet du chapitre suivant (a). ^
Quant à l’alfabet phénicien, le premier qui s’en est occupé est un célèbre voyageur anglais, appelé Richard Pococke, né à Southampton en 1704. Il avait commencé ses voyages en 1737, et revint dans sa patrie en 174a; dès 1743, il publia ses observations sous ce titre : ^ description of Eastf and cf some olher countries, in-folio; un second volume parut sous le meme titre en 174s* C’est à celui-ci qu’il joignit un. recueil assez considérable d’inscriptions grecques et latines qu’il avait rassemblées. Ces copies ne donnent pas une haute idée de l’exactitude ou au moins de l’habileté du voyageur dans ce genre de recherches : plusieurs des monumens qu’il nous fait connaître sont reproduits avec plus de fidélité dans divers autres voyages; mais ceux qui ne se trouvent que dans le recueil de Pococke, sont presque inintelligibles (1). C’est à la page ai 3 de. ce second volume que sont trente-trois inscriptions phénidènes qirü avait trouvées dans l’ancienne ville de Cidum in Chipre. Un savant professeur d’Oxford (a), Jean Swinton, en éclaircit deux dans une dissertation imprimée sous ce titre : Inscrip-
(i) M. Saint-Martin, art. Pneoekc dans la Biographie unirersclle.
(3) Mémoire de l’abbé Barthélemy lu en 1758.
ART. XXXIX. éCRITtlRB DES HÉBREUX.
tiones Citices^ sive in binas inseriptiones Phœnicias , inter rudera Citii nuper repertas conjecturcél Accedit de nwnis quibasdam Samaritanis et Phœmcüs diseejtatio. Oxonii, T75o,in-4, perttvdlüiiàe rare èt recherché (i). Les deux inscripUbtis phéniciènes, composées d’un petit nombredé lioms propres, ne contenaient que sept lettres dÜfé^ rentes , déjà connues par les monumefiS samaritains (a). ' *
L’abbé Barthélemy, dans les Mémoires de 'Mcadémie des Inscriptions (3), a repris le travail dé Swintou; il donne ses réflexions sur quelquéé raonumens phéniciens et sur les alfabets qui en résultent ; il admet en principe que l’alfabet phé-. nicien n’est q^u’une forme de i’alfabet hébreu ou de i’alfabet samaritain ; il examiné les monumens qu’il a sous les ieux avec une grande sagacité, et en déduit trois alfabets (4) qui ne sont pas complets. Son travail a été perfectioné par Francisco Ferez Bayer (5). Depuis, M. Hamaker a publié (6) un long travail sur la langue phéniciène. Cet ouvrage est très-bien jugé par M. Silvestre de Sacy dans le Journal des Savans du mois de décembre
(i) Biographie uoiverseUe, art. Swinton.
(а) M^inrâredel’abbe Barthe'leniy.
(3) Paris, 1964, XXX, 4®5.
(5) Voyez ce .que j’en ai dit dans un mémoire sur la langue pbëniciène , p. aS.
(б) Lugduni Batavorum i8a8, mUcetlanea phœnieia.
USAGE DE l’écriture ER GRÈCE. ‘
(j). JVI. Hamaker donne huit alfabets phéni»
ciens dans sa dernière planche. >
.. M-. Lindberg a aussi fait imprimer en 1 8 a 8 (a) un ouvrage sur la langue phéniciène, où il explique vingt-neuf médailles puniques : il y donne vingt-trois alfabets phéniciens qu’il rapporte à diverses époques. On voit que la matière n’es^ rien moins que complètement éclaircie ; elle exige la connaissance de toutes les langues anciennes; et l’on .verra, par le peu.que j’en dis dans ce Mémoire, que cette connaissance exige de longs travaiux,(a)<i.- ..-.li,-.' .i ; ‘ /'>'■
' 736 et saivaates.
:JÏ«unÛB 1838. de inscriptions melUensi.
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