‹ Essai sur l'origine de l'écriture, sur son introduction dans la Grèce et son usage jusq'au temps d'HomèreChapitre 38 sur 62 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

INTRODUCTION DE t’ÉCRITURE DANS LA GRÈCE.

j XL. L’écriture étant indispensable pour créer unei histoire, *on sent que les tems qui ont précédé l’art 'd’écrire sont nécessairement très-obscurs. 'Nous avons vu (art. XXXI) qu’il avait été découvert en Égipte par Thoth , sous le règne des dieux, c’est-à-dire sous les rois qui ne sont connus que par ce qu’on appelle la fable, ou des souvenirs mêlés de récits mensongers. Pline nous a appris (art. XXXV) que, selon l’Jiistorien Anticlidès (i.), les lettres avaient été inventées en Égipte par un certain Ménos, quinze ans avant Phoronée, le plus ancien roi de la Grèce; et cet Anticlidès avait tâché de le prouver par des monu- «nens. Ëusèbe, dans sa chronique (al, fait coin- -’.i.l ;i'. ; : . )/ , ..... : ) .

'' (O'il avait écrit titrriry , sur l’histoire des rois revenus dans leur pays après la prise de Troie; et AiiMaxx, ou une histoire de Déidsl 11 ^t encore cité' par Plutarque qui lé compte au nombre des historiens d’Alexandre , par Sirahon , Athénée, etc. Le second livre dè son histoire d’Alexandre est cité par Diogènes Laêrce, I.VlIl.c. .,§11.

{•;>) A/erfio/n«i 182Ç, p.

170 DSA.GE DE l’ÉCRITDRE EN GRÈCE.

mencer le règne de Phoronée l’an a 1 1 d’Abraham , qui, dans sa manière de compter (i), répond à l’an i8o5 avant notre ère. C’est donc l’an 1820 avant notre ère, sous le règne d’Inakhos, père de Phoronée, qu'il faudrait placer l’invention de Ménos qui sans doute perfectionna l’écriture de Thoth en la simplifiant, et peut-étreensubstituant des caractères purement alfabé tiques aux signes phonétiques tirés de la figure des animaux.

Il est en effet possible que Ménos eût porté cette découverte en Argolide où Inakhos, père de Phoronée , avait fondé une colonie cinquante ans avant son fils, selon la chronologie d’Eusèbe. Mais nous n’avons aucun témoignage positif à cét égard, les monumens cités par Anticlidès nous étant inconnus, à moins qu’on ne veuille soutenir que, l’an 1678 avant notre ère, il ait été écrit une inscription à Mégare «n lettres pélasgiques (a)p C'est ce que l’on a voulu induire d’un passage de Pnusanias (3), que j’examinerai dans la suite 4 et qui ne m’a paru nullemeot formel à cet égard. Cette inscription est en vers éiégiaques. 1 •a,

Nous savons, au contraire ,1 par le témoignage d’Eschile (4) , qu’en Arcadie , pays voisin de l’Argolide, Prométhée se vantait d’avoir enseigné à

(i) Tableau cbroncdegique des ëT<fDemens rapportés par Ta«i^. Paris , i 8 a 7 , p. 107 .

(a) Histoire de ia littérature grecque, par M. Schoell. Paris, ,8a5. V1II,7.

(3) Dans ses Attica , chap. 44'

(4) Tragédie de Prométhée enchatae , acte 111 , scène 1.

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ART. XL. INTR. DE l’ÉCRITURE ER GRitCE. I7I

ses concitoyens l’art de tracer des caractères. Peutêtre ne fit-il qu’étendre d’une contrée à l’autre l'usage de l’écriture imaginée par Ménos. Prométhée a vécu à peu près sons l’an 1606 avant notre ère, puisque , selon les marbres de Paros, son fils Deucalion commença, l’an iSySjà régner en Li- ' corie près du mont Parnasse (1), dans la Pbocide, où se trouve un mont Licorée auprès duquel naît l’Amus , petite rivière qui va se jeter dans le Céphise (a).

Un peu plus tard que Prométhée, mais à peu près dans le même tems , l’an 1 58 1 avant notre ère ( 3 ), Cécrops vint d’Égipte pour civiliser l’Actique où il régna , et qui prit de lui le nom de Cécropie. On a vu (art. XXXJV}, par le témoignage de Tacite *, qu’il y porta les lettres égiptiennes.

Ce fut deux générations après Cécrops que le Phénicien Cadmos, plusieurs siècles avant le siège de Troie , porta l’écriture dans uné contrée voisine de la Cécropie ou de l’Actiqiie ; ce fut l’an 14^8 avant notre ère, si l’on adn>et la chronologie d’Ëusèbe qui fixe sous cette année l’arrivée de Cadmos à Thèbes , fondé sur l’autorité de l’ancien cbronologiste Castor ( 4 ), d’après laquelle Cadmos

(1) L’art de vérifier les dates avant l’ère chrétienne. 111, i4o. Chronique des marbres de Paros.

( 2 ) Voyez la carte de la Phocide et celle du mont Parnasse dans l’atlas du Voyage du jeune Anacbarsis..

(3) L’art de vérifier les dates avant l’ére chrétienne. 111, iSg.

Chronique des marbres. '

(4) Eusebü Chronicon. MedMani , 1818, ji. i35, 286, agi.

17a USAGE UE l’Écriture en ghèce.

est né i’an i479- M. Petit-Radel, notre savant collègue, préférant l’autorité des marbres de Paros, fait naître Cadmos l’an i54o (i)- résulte une différence de soixaute-et-uu ans, qui est peu considérable pour des te ms aussi éloignés.

Cette arrivée de Cadmos à Thèbes, époque où les Phéniciens enseignèrent aux Grecs une écriture apparemment plus soignée, méritait l’attention des historiens. Hérodote l’a pensé avec raison : il en parle ainsi dans sa grande histoire (a) : ,

> a Pendant le séjour que firent en ce pays, » c’està-dire dans la Béotie, « les Phéniciens qui avaient « accompagné Cadmos , et du nombre desquels « étaient les Géphiréens, ils introduisirent en «Grèce plusieurs connaissances, et elitr’autres «des lettres qui étaient, à mon avis, inconnues « auparavant dans ce pays. Ils les employèrent « d’abord de la même manière que tous les Phé- «niciens; mais, dans la suite des tems, ces lettres « changèrent avec la langue et prirent une autre « forme. Les pays circonvoisins étaient alors oc- « cupés par les Ioniens ; ceux-ci adoptèrent ces «lettres que les Phéniciens leur avaient ensei- « gnées ; mais ils y firent quelques légers change- «’mens. Ils convenaient de bonne foi, et comme <( le voulait la justice, qu’on leur avait donné le

(1) Examen analjrtiipic. Paris , 1827, .

ART. XL. INTU. DE l’ÉCBITDRE EN GRiCE. I73

« nom (le lettres plu^niciènes parce que les Phé- « niciens les avaient introduites dans la Grèce. Les « Ioniens appellent aussi , par luie ancienne countume, les livres des diphthères (ou peaux), «parce qu’autrefois, dans le tems que \& biblos « était rare , on écrivait sur des peaux de chèvre «et de mouton; et encore à présent, » dit tc;ujours Hérodote qui écrivait dans le cinquième • siècle avant notre ère, « il y a beaucoup de bar- «bares qui écrivent sur ces sortes de peaux. »

Les Ioniens, dont Hérodote parle ici, tiraient leur nom d’ion, fils de Xutbos^'et Xutbos, fils d’Hellen, ayant été chassé de la Thessalie, se réfu^a à Athènes )’an i(\'ào avant notre ère, selon la chronologie d’Hérodote (i). Selon cette même . chronologie, lob, fils de Xuthos, fut mis, l’an i 4 o 6 , h la tête "d’une colonie que les Athéniens envoyèrent dans le Péloponèse. On vient de voir que Cadmos était né en i 479 - Sa colonie est placée en 1428; il vînt donc à Thèbes deux arts après qu’Ion arriva à Athènes ; il est naturel que les chefs des deux invasions se soient cotmnuniqué leurs idées (a).

Quant aux Géphiréens, l’un' des peuples qui accompagnèrent Cadmos, ils étaient probablement originaires de Géphira , ville que l'on trouve à vingt-deux milles de Séleucie (a), dans la

(i) Tome vit de l’Hcrodotc de M. Larcher ; p. 37 a. > '<' i' ' ;•

(a) Et noo d’..rfrf(ioc/iecomnie le dit M. LaroIier. Voye* lii taille de Peiitingcv, Li/iijo? i8a4, <«/'«/" X , E. . • ' •• '

1^4 USAGE DE l’Écriture en grège.

Ciiicie, mais qui était alors dans la Phénicie {art. XXXVII). Ils occupèrent en Béotie le territoire de Tanagre, d’où ils furent chassés dans la suite par les Béotiens; ils se réfugièrent alors dans l’Âttique, et furent incorporés avec les Athéniens (i).

. Du Papirus.

XLI. Le biblos d’Hérodote est extrait d’une plante ou d’un jonc, connu sous le nom de papirus (a). Voici la description que Théophraste donne de cette plante : « Le papirus (iraicupo{), » dit ce philosophe grec, disciple d’Aristote (3),

« ne vient pas dans une eau profonde; car sa pro- . «fondeur n’est que d’environ deux coudées (^lio « 'Ki-jpm ) (4) ( c’est-à-dire à peu près d’un mètre),

(i) Hérodote , V. 67 et 6a.

(a) Voyez cette plante lithographiée avec ses racines et son panicule.

(3) De plantis lib. IV , cap. IX , page 54 in adt'end parte.

( 4 ) Le ■!rSx<'t des Grecs, que nous traduisons parcoudée, vaut I pié, 4 ai 4 ;ouo, 4617 m. (L’art de vériBer les dates avant l’ère chrétienne. Discours préliminaire.) M.Drovetti a trouvés Memphis ■ un étalon métrique, orné d’Hiérogliphes. Il l’a décrit avec beaucoup de soin dans un mémoire détaillé dont la conclusion est que

la coudée Égiptlenne esto, 463 m. ce qui est identique avec l’évaluation de l’art de vérifier les dates. Il en résulte' que la coudée d’Alexandrie est la même que la coudée grecque. .

ART. XLI. DU PAPIHirS. 1^5

« OU même moins. racine , qui est de la gros-

aseur du poignet (du carpe) d’un homme rôti buste , et longue de plus de dix coudées (47 dé- «iCimètres ou i4 piés)» croît au-dessus de la terre « tiaéme ; mais elle y tient par UO: grand nombre « de racines' obliques et minces. La tige de cette « plante est triangulaire et environ de quatt*e cou- % déesou deux mètres. Elle a une chevelure, >> c’est- Isdire un panicule, faible « et ne servant à rien.

a Elle ne porte point de fruit On fait usage des

n racines en place de bois, non-seulement pour « brûler, mais aussi pour faire un grand nombre « d’ouvrages, car le bois en est beau et serré. Le « papirus sert lui-même à beaucoup de choses; on «en construit en effet des barques, et avec la « tranche qui en est extraite ( ^uêXoç), on fait des « voiles, des nattes , de certains vêlemens , des O couvertures de lit, des cordages, ët plusieurs « autres choses ; le plus remarquable de ces'usages « est la fabrication des livres.

O On tire surtout de la plante un très-grand se- « cours pour la nourriture ; car tous les babitans a mâchent le papirus , cuit à l’eau ou rôti ; ils en « avalent le suc et rejettent ce qu’ils ont mâché. « Telles sont les propriétés du papirus', tels sont «ses usages; il vient en Sirie dans le lac où croît « la canne odorante : c’est là qu’Ântigone en fit « faire des cordages pour ses vaisseaux. »

On observera que Théophraste était né l’an

196 ÇSAGE DE L’:écRITU«E EN GRÈCE.

371 avant notre ère (i); qu’Antigone fit la guerre à Eumènes , et s’empara de l’Asie Antérieure l’an 3ao (2), et que Théophraste mourut l’an 286 (3), à l’âge de quatre-vingt-cinq ans. Il était âgé de cinquante-et-un ans lorsque le fait dont il 1 parle ici arriva ; il pouvait donc facilement en être bien instruit.

On observera de plus que Théophraste distingue le biblos du papyros ; le papyros est la plante et le biblos est la pellicule ou tranché de la moelle de cette plante avec laquelle on fait du papier. Hérodote donne le même sens au mot blos, puisqu’il dit que l’on écrivait sur ces tranches après avoir écrit sur les diphthères ou les peaux. Il confond même en quelque sorte ces deux matières, de l’écriture en s’exprimant ainsi : xai Tàç êuéXobç ^içôépa; xa>.Éou(ii cctco toD 'Tra^aioù oi ïwv£ç, TCorè èv airave èypûvTO ^içÔéprici aiyevjcu

T6 xal oïÉTifft. « Les Ioniens appellent aussi, par une «ancienne coutume, les 'livres des diphthères ou « peaux, parce qu’autrefois , dans le tems que le « biblos était rare, on écrivait sur des peaux de « chèvre et de mouton (4). « Strabon a confondu les deux mots dans sa géographie, où il dit d’abord (5) que le biblos est une plante qu’il déci'it

(i) Histoirede la littérature grccciue, parM.Scfaœll, Parist 8 i 5 . VIII, H7- ' . •

(a) Id. p. 1S4. ,

( 3 ) Id. p. iGg. • . ' ‘

( 4 ) Hérodote, V, 58 . >. i •

( 5 ) P. 799 de l’édit, de Cnsaubnn, livre 17.

ART. XLl. DU PAPIRUS. I 77

assez bien , puis que c’est du papier dont la meilleure qualité était appelée hiératique^ comme Pline va l’expliquer. Strabon écrivait trois siècles après Théophraste, et n’était pas botaniste; peutêtre aussi son texte a-t-il été corrompu, comme on l’a soupçonné.fi i ^

- Pline, qui vivait près de trois siècles après Théophraste, ne paraît pas avoir connu Hérodote, quoiqu’il l’ait cité (i); mais il a bien étudié Théophraste qu’il ne fait guère que traduire en s’ex- ’ primant ainsi sur le même sujet ( 2 ) :

« Avant de'quitter l’Égipte, nous parlerons de « la nature du papirus (3), parce que sur les livres « reposent la civilisation et les souvenirs du passé, a Selon Marcus Varron , l’usage du papirus com- « mença (4) lors des conquêtes d’Alexandre-le- « Grand et de la fondation d’Alexandrie en « Égipte ; auparavant on ne connaissait pas le pa- ' « pier : on écrivit d’îibord sur des feuilles de pal- «mier, ensuite sur l’écorce de certains arbres, a Plus tard des feuilles de plomb reçurent les actes « publics ; la toile et la cire furent ensuite con- « sacrées aux affaires particulières.- L’usage des

(i) Livre I, table des auteurs qu’il a consultds pour com|ioser son livre i3.

(a) Hist. nat, livre XIII , chap. XI, ou XXI, selon les c<Jilions.

(3) En latin papyrus, qu’il ne faut pas confondre avec charta. Le papyrus est la plante, et charta lu papier qui vse fabrique avec la plante. Voyez Saumaise dans son traitd de Hornonymis, p. 36 , à la siiite Je ses jExej'citationes Plinianæ.

(4) Ajoutez: en firèce.

r^S USAGB DE l’écriture EN GRÈCE.

« tablettes était connu avant la guerre de Troie , « si l’on s’en rapporte à Homère (i). »

Si l’on en croit ce même poète (2), «la terre « elle-même que nous appelons la Basse-Égipîe « (or le papirus ne croît que dans le nome sében- « nitique ) n’existait pas encore, parce qu’elle « ii’était qu’une calluvion du Nil, postérieure à « cette époque;, en effet, de l’île de Pharos, au- « jourd’hui » (c’est-à-dire du tems de Pline, vers l’an 79 de notre ère ( 3 )) «jointe à Alexandrie par « un pont, il fallait alors un jour et une nuit de « navigation pour aller au continent (4)-

« Varron ajoute qne les rois Ptolémée et Eu- « mènes, rivalisant l’un avec l’autre au sujet de « leurs bibliothèques, le premier prohiba la sortie « du papirus,. et qu’on inventa alors à Pérgame le « parchemin. Dans la suite, cettè dernière espèce « de papier, qui donne l’immortalité aux hommes, O devint d’un usage très-commun. » Mox æmulatione circà bibliothecas regum Ptole-ncei et Eumenis, supprimente chartas Ptolemceo , idem Varro membranas Pergami tradidit repertas.

Posteà promiscuè patuit usas rei^ quâ constat immortalitas hominum.

(1) lli.nle, livre VI, vers iC8 et 169. Je discuterai ee passage dans la suite.

(a) Odyssée, livre IV , vers 354 .

(^ 3 ) Viede Plitre, p. rv , dans la traduction de cet auteur. Paris,

( 4 ) Sur ce passage d’Homùre , voyez la dissertation de B. de Montfaucon , dans les Mémoires de l’Académie. VI , 576.

ART. XLIl. OPINION DE VAHRON .SDK LE PAPIRDS. I7Ç)

Eumènes II régnait à Pergame de l’an 196 à l’an 157 avant notre ère (i). Ainsi le Ptolémée dont il excita la jalousie fut Ptolémée Pliilométor, qui régna de l’an 180 à l’an i/jô (2). L’invention du parchemin a donc eu lieu, selon Varrôii, de l’an 180 à l’an 1 57; on place sous l’an 1 70 l’époque approximativé de l’établissement de la bibliothèque de Pergame ( 3 ).

Examen de t opinion de Varron sur le papirus et le parchemin.

XLII. On vient de voir que, selon Varron , cité par Pline , on n’a connu le papier- fabriqué avec ’■ le papirus qu’après les conquêtes d’Alexandre-le- Grand et la fondation d’Alexandrie. Sans doute Varron n’a voulu parler ici que de la Grèce; car sans cela son opinion serait tout-à-fait absurde, les Égiptiens ayant fait usage du papirus pour fabriquer du papier bien long-tems avant Alexandre; mais cette opinion est fausse, même pour la Grèce.

En effet, Pline lui-même réfute le sentiment de Varron, et cite plusieurs autorités très-graves

(i) Art de vdrider les dates avant J. C.

(a) Id. ihùtem.

l3) Histoire de la littérature grecque, par M.SchœlI. ParisiSaS. Vm,ao3.

1 8 o usage' de l’écriture EW GRÈCE, contre l’assertion de cet auteur. Le père Montfaucon (i), après les avoir fait valoir, en cite deux autres qui lui paraissent encore plus sûres, A quoique moins anciennes.

La première est celle de Platon, surnomme le Comique , pour le distinguer du Philosophe, qui florissait du tems de la mort de Socrates, et qui était contemporain d’Aristophanes. Il est souvent cité par Athénée; ses fragmens se trouvent dans un recueil de Grotius ( 2 ).

Ta YP«[A[AaTeïa Taç te èxçepwv ,

dit ce poëtç ; « Il emportait les écrits et les papiers. » Or on appelait les lames de papirus en grec non-seulement du nom de pûéXoç, mais aussi de celui de et en latin clmrtax car, quoique

chartase puisse dire de toutes sortes de feuilles à écrire, Pline et les autres auteurs entendent ordinairement par charta le pa])ier d’Égipte (3). C’est ce qu’assure Moutfaucon , et cela peut être vrai ; mais il l’est aussi qu’un autre poète, appelé Platon le Jeune , a fait des comédies qu’il est difficile de distinguer de celles de Platon l’Ancien. Or, ce Platon le Jeune, vivait vers l’an 3oo avant notre ère (4); il «tait donc postérieur à la mort d’A-

(,) Mémoires de l’ .Académie des Inscriptions, tome VI, p. 5 <>i.

Dissertulion sur ie papirus. ,, c i. ii fi

ta) Histoire delà littérature grecque parM. Scbœll. U, 91.

( 3 ) Mémoire de Montfaiicon, p. 594. ^

(4) HUt. de 1.1 littér. grecque par M. Scliœll. II, 114

ART. XLII. OPTWION DB VAURON SUR LE PAPIRUS. l8f

lexandre , et son témoignage ne prouve rien contre l’assertion de Varron (a).

Il en est de meme de celui de Théophraste , disciple d’Aristote, qui, ainsi qu’on l’a vu plus haut (^art. XL), après avoir décrit les avantages que les Égiptiens retiraient de cette plante nommée papirus, ajoute : xat'e[jL<pavé(TTaTa rotç â'Çti) Ta êtéXia, a et les feuilles .à* écrire si renommées parmi les nations étrangères ; » ce dont Montfaucon induit (i) que le commerce du papier d’Egipte était déjà établi partout, mais qu’on ne saurait assigner précisément son origine. On a vu {art. XL) que Théophraste écrivait au plus tôt l’an a86, plus de quarante ans après la mort d’Alexandre. Ainsi le second témoignage de Montfaucon n’est pas plus concluant que le premier, et l’assertion de Varron, restreinte à la^Grèce, peut encore être. soutenue; car les deux faits cités par Pline sont puisés* hors de la Grèce (à). ^ ;

’ Il reste à examiner l’opinion de Varron relative à l’invention du parchemin. Il semble d’abord faire. une assertion qui n’est pas juste; elle serait évidemment fausse, s’il avait placé dans des'tems aussi récens que celui d’Eumènes, une découverte qu’Hérodote, quiia précédé Alexandre de plus de deux siècles, dit, avec raison, être bien plus ancienne {art. XXXIX). Mais ce que cet historien appelle diphthères diffère des mernbrana.^ que l’on dé-

l8t2 USA.GE DE L’ÉCaiTUHE EN GRECE.

Signa (]ans la suite sons le nom dé pergamena. Les peaux des diphthères étaient entières , et n’avaient pas été amincies et taillées en feuilles pour faire du parchemin. Hérodote a eu parfaitement raison de dire que l’usage des diphtères est bien plus ancien, puisqu’il l’a connu, et qu’il vivait près de deux siècles avant Alexandre; ce qu’il appelle de ce nom changea de nature en quelque sorte lorsqu’il prit la dénomination de pergamena.

Giiilandin prouve très-bien (i) l’ancienneté *de l’usage des diphthères par un grand nombre de citations qu’il a réunies dans son ouvrage. Je me contenterai d’indiquer Anacréon, Alcée, Eschile' et les poètes comiques.

On peut concilier tous ces passages avec l’opinion de Varron , citée par Pline , eu observant que le parchemin de Pergame était mieux conditionné; c’était peut-être une espèce de vélin. Ce fut sans doute par cette raison qu’il s’en établit dans cette ville une manufacture qui devint fameuse, et qui dut son origine à la prohibition que fit Plolémée de laisser sortir du papier d’Égipte (:i) ; car tel est le résultat des obstacles qu’un intérêt mal entendu a souvent opposés aux communications de la pensée, et qui n’a besoin

(i)/n C. Pliniimajorù capita, etc. authore ItïeUh. Gliiiatnh. philosopha, et medico, etc- Lausane, in-8“.

(a) Mémoires de l’Académie des lnscri(>lions, tome XXVI, ]>. »75. Mémoire de M. le comte de Caylus et de M. Bernard de Jussieu

ART. XLIIl. oiFINITION DU PAPIRUS. l83 que d’être counu pour être cultivé avec passion (a.).

Pline dit avec raison que la matière du parchemin est plus durable que celle du papier; le parchemin perpétue en effet les évênemens, et les rend, pour ainsi dire, immortels (i). I.«s deux passages qu’il cite de Varron méritaient donc d’être recueillis , et je ne sais pourquoi on ne les trouve point dans les fragraens de cet estimable auteur, qui ont été publiés à Leipsick par un éditeur d’ailleurs très-instruit (a), après l’avoir été en 1473? dès la naissance de l’imprimerie parmi nous. Marcus Terentius Varro était né l’an 117 avant notre ère , sous le consulat de Lucius Cæcilius Metelius et de Quintus Mucius Scævola, et mourut à 88 ans , l’an 29 avant notre ère, sous le cinquième consulat de Caïus Julius Cæsar Octavianus qui avait pour collègue Scxtus Apuleïus.

§ III

Définition du Papirus , et sa différence avec le Biblos.

XLIIl. La plante avec laquelle les Anciens fa-

(■) Mémoire.s de rAcadémic des Inscriptions, tome XXV], p. 273 et 276

(2; M. Terentii de lingud lalind libri qui sugersunt cum fragmentis tjutdem, Bigonti, 1788.

i84 USAGE UE l’Écriture en gréce.

briquaient le papier est une cipéracée qui appartient an genre cyperus, en français souchèt, des botanistes; elle se trouve, niais bien rarement, dans le Nil; on l’a vue dans le Jourdain, en Âbissinie(i), dans le Gange, et même en Sicile, où elle existe encore dans certains lacs. Voici la sinonimie de cette plante célèbre.

(^OTTza), Isaïe, XVIII, 2 ; Berd, en égiptien; êûêXoç, dans Homère, Odyssée,XXI, 3g 1 (a); raTrtpoç, Théophraste, Hist. plant. IV, g; Dioscorides, livre I, chapitre g8. — Papyrus latinorum. — Balier en Sirie , suivant Bruce. — Ctperus papyrus, Linnæi Spec., i33. — Papyrus domesticus, seu Antiqiiorum quorumdam. — Le Papyrus, ou le souchet papirier (3).

On trouve le papirus d’Égiple dessiné dans les Mémoires de l’Académie des Inscriptions (4), et plus complètement dans le voyage de Bruce (5), où on le voit tout entier, et où on le comprend beaucoup mieux; aussi l’auteur dit-il l’avoir recueilli de ses propres mains en Sirie, dans le Jourdain, en deux différons endroits de la Haute et de la Basse Égipte, dans le lac de Tzana et dans le Goodéro en Âbissinie. Au contraire, M. Ber-

(i) Précis de la géographie de Malte-Brun, IV, 5a8. 11 cite Bruce, d’après lequel je parlerai bientôt.

(a) Voyez la note dans l’Homi’red’Ernesti, GlasguœtSi^, IV',

(3) Nouveau cours d’ Agriculture, Paris t8oq, art. Souchet, p. 535.

(4) En trois planches du tome XXVI , p. 3ao.

;5; Vol. VI, p a3 des planches, dans la trad. française.

AKT. XLIII. DÉFINITION DU PAPIRÜS. l85 nard de Jussieu n’a fait que graver les panaches ou panicules d’un papirus de Sicile et d’un autre de Madagascar ; or, le panache n’est d’aucune importance pour la fabrication du papier. Il parait que ce botaniste, d’ailleurs très-habile, n’a connu la plante entière que par des descriptions écrites. On la cultive à présent au Jardin des Plantes , où elle est connue de tout le monde ; j’en ai une dans mon cabinet et la lithographie coloriée que j’en donne est composée d’après nature. .

Il semblerait par la sinonimie qu’on vient de lire, qu’Homère donne le nom de âiblos, à cette plante , ce qui ne serait pas conforme à son exactitude ordinaire. Voici ses vers (i) : .

Keîro ^ aiôouffYi ôirXov veo< àpipieXidor,; ;

■BuéXtvov, 4> 9upaç.

Jacebat autem sub porticu funis navis remis utrinque agitatœ byblinus, quo scilicet ilUgavit januas. < >

Madame Dacier traduit : ( Pbilætius ) ■» ayant <f aperçu sou^.un portique un cable d’Égipte dont «on se servait pour les vaisseaux, il le prend et « s’en sert pour mieux fermer la porte. »

Ce passage méritait une note; voici celle de madame Dacier : « Un cable fait de la plante d’É- «gipte appelée biblos, qui croissait dans les marais «d’Égipte; c’était une sorte de canne, qui avait

U ) J’adopte la Iradiiction latincd’Erncsli,G/nii,'w<e,T8i4, IV, 347 .

1 86 USAGE UE l’ÉCHITURE E« GRÈCE.

« au bout une espèce de chevelure, s’il est permis « de parler ainsi, pàéâoç ett’ âxpoy éy ou(j« }(^ai'nov,

« dit Strabon. De cette chevelure on fesait les « cordages et les cables des vaisseaux, comme ici O on fait de (i) jonc les cordes des puits. Ce pas- « sage d’Homère nous fait voir qu’il s’en fesait un « grand commerce, et que les Grecs en avaient de « ce pays-là. »

Cette explication est assez naturelle et conforme à l’as.Hertion de l'ancien scoliaste. Elle ne me paraît cependant pas entièrement juste. En effet, le mot biblos n’y serait pas pris dans sa véritable acception, telle que la donne Théophraste, Âussi un savant distingué, quoique condamnable par d’injustes querelles, Jean Masson (a), a soutenu, dans tld; journal dirigé par son frère (3), que l’épithète bjrhlinos, donnée par Homère à un cordage, ne désigna pas un cable fait avec du biblos, mais fabriqué par des babitans de Biblos. Il y avait effectivement en Phénicie deux villes de ' ce nom, l’une appelée Biblos, et l’autre Palœbiblos, ou l’ancienne Biblos. Biblos, selon Strabon (4), était située sur une petite hauteur, à peu

(i) L’Odvssée d’Homère, traduite par madame Dacier. Paris, ij56. IV,2ig.

(a) Voyei son article dans la Biographie universelle, XXVII,

(3) Histoire critique de la république des lettres, tome XV, p. 3o6 et 307.

(4) P. 755 dans l’édition de Casaubon.

ART. XLIII. DÉFINlTIOIf DD PAPIRDS. 187

de distance de la mer. Denis le Périégète (i) dit formellement que c’était une ville maritime (bûê>.ov T iyyt^taXov). Elle était fameuse par son attachement au culte d’ Adonis , que l’on croit avoir été blessé par un sanglier au-dessus de Biblos, sur le Liban , montagne composée d’une terre extrêmement rouge. Le fleuve Adonis, qui descend du Liban , passe à Biblos , et des vents violens qui s’élèvent régulièrement à certains jours transportent dans le fleuve cette terre chargée de beaucoup de vermillon ; c’est elle qui donne à l’eau cette couleur de sang, que le fleuve entraîne dans ses débordemens (a). Les Égiptiens, qui croyaient qu’Adonis n’était qu’un nom donné à Osiris par les Phéniciens, disaient qu’Osiris avait été enfermé et jeté & la mer par Tiphon dans un coffre de papirus; ils ajoutaient que ce coffre, parti le . 17 du mois d’Athir, le troisième mois de l’année égiptienne, qui répondait à la fin d’octobre et à la plus grande partie de novembre , arriva tout seul de Tanis à Biblos ( 3 ). Ils avaient conséquemment pris la coutume de jeter tons les ans, à la même époque ,'un coffre de papirus fait en forme de tête , qu’ils disaient être la tête d’ Osiris ', et dans

(1) Ver» 912 .

( 2 ) Traitédc la déesse de Syrie, attribue' à Lucien et plus ancien que lui. Voyez ce qu’en dit Belinde Bain danssesÜF.iirresde Lucien,

V, i36. Sur la circonstance delà rnufjeur du fleuve, voyez Maundrell , Journey, etc. p. 35.

(3) Traité d’isis et Osiris attribué à Plutarque.

i88 USAGE DE l’Écriture en grège.

lequel était une lettre adressée à ceux de Biblos, éloignés de plus de quatre-vingts lieues; cette boëte allait, disait-on, d’elle- même se rendre à Biblos au bout de sept jours. On croit (i) que le prophète Isaïe fait allusion à cette coutume lorsqu’il dit : a Malheur à la terre qui envoie ses am- « bassadeurs sur la mer, et qui les fait courir dans « des vaisseaux de jonc (a) ! »

Biblos s’appelle aujourd’hui Djebail (3); c’est son ancien nom hébreu. On croit donc que ceux qui sont appelés, dans le troisième livre des Rois (4) , Giblii, et dont on loue l’adresse à construire des vaisseaux du tems de Salomon, qui est à peu près celui. d’Homère, sont les habitans de Biblos. Il était donc naturel qu’ils fussent habiles à fabriquer des cables de jonc. *

§ IV

Ancienneté de l’usage du papirus.

XLIV. Le papirus était connu très-ancienneraent en Égipte, puisqu’Horus Apollo nous apprend que les Égiptiens voulant prouver l’antiquité de leur origine, représentaient un fagot de papi-

(i) Dom Calmct Dictionnaire de la Bible, art. Bybliis.

(a) Prophéties d’Isaïe , cbap. i8, versets i et i.

(3) Malte-Brun, Précis de la Géographie, III, i35 de la trad. franc, de Strahon.

(4) Cliap V , verset ib.

ART- XLIV. ANCIENN. DE l’üSAGE Dü PAPIRUS. I 89

rus, parce qu’ils prétendaient que c’était leur première nourriture avant que l’usage du blé fût connu (1). Cependant M. Bruce croit que c’était une autre plante qu’il décrit aussi, appelée l'Ensété, et non le papirus, qui servit d’abord d’aliment aux Égiptiens. Car, bien qu’ils suçassent la racine du papirus, qui a un goût mielleux et sucré, comme le dit Théophraste ( art. XL ), il ne parait pas qu’on ait jamais pu se nourrir d’aucune partie de ce jonc; au lieu que l’ensété pouvait, sans aucune difficulté, servir de pain dès les premiers âges , quand le froment n’était pas encore connu, puisqu’il en sert encore dans plusieurs pays.

M. Bruce croit que le papirus fut porté d’Éthiopie en Égipte. Les Égiptiens s’en servirent immédiatement après qu’ils eurent abandonné l’usage des hiérogliphes , et le premier papier que l’on tira de ce roseau, se fit dans le Said. Le Saïd est, comme on sait, la haute Égipte, qui n’était même connue jadis que sous ce premier nom. Le saïtique, qui, après la langue éthiopienne (a), est probablement la plus ancienne langue de l’Égipte, subsiste encore dans les premiers caractères qui succédèrent aux hiérogliphes, dans la vallée, c’est à dire dans le pays cultivé.

(i) Hieroglypbcs dits iI’Hompollc. Hiéroglyphe 3o. Voyez le commentaire de Pieriiis Valdriamis, livre LVlI,chap. I et sitivans.

(a) Voyage en Knbie et en Abyssinie, par Rruec , traduit par Castera.

IQO USAGE DE ‘l/jéCRITÜRE EN GRÈCE.

Cependant, quoique le papirus ait été connu très-anciennement, Bruce ne croit pas que cette plante soit naturelle à l’Égipte et au Nil, comme quelques auteurs Font prétendu : sa tête est trop pesante, et, dans un pays uni comme la vallée d’Égipte, elle n’aurait jamais pu résister au vent, surtout avec une tige mince, faible et très-longue, et une racine courte et menue ; indépendamment du vent, le courant du fleuve aurait suffi pour l’arracher ou la briser ; ainsi elle n’aurait pu croître dans le Nil, ni dans aucune autre rivière rapide et profonde.

Pline, qui paraît avoir bien connu le papirus, comme n’en doute pas M. Bruce , ne dit point qu’il pût croître dans le lit même du Nil, mais bien dans des canaux. où le fleuve montait en se débordant, où ses eaux demeuraient stagnantes et n’avaient pas plus de deux coudées (j), c’est-àdire de moins d’un mètre, de profondeur. Cette observation est très-exacte, et tout ce qu’a vu M. Bruce, tant dans la Haute-Égipte que dans l’Âbissinie , le confirme. Jamais le papirus ne croît dans le lit d’une grande rivière , mais soit dans quelque branche où les eaux s’épanchent, soit sur le bord des lacs , oii il n’y a .qu’en viron une brasse d’eau (aj, c’est-à-dire un mètre et demi

(1) La coudée latine était plus faible que le 7r»xv( ou la coudée grecque. Selon l’art de vérifier les dates avant J. C. elle était de X pié, 3646 , ou de 4433.

(2) La brasse vaut 5 pie's ou 1“ , 6242.

ART. XLIV. ANCJENN. DE l’üSAGE DU PAPIRUS. I 9I

(l*eau, de profondeur, et où il peut être à l’abri du raouvement des vagues, quand le vent les agite avec force.

- Pline dit encore que le papirus croît en Sirie, et M. Bruce y en a (i) vu en effet avant d’aller en Égipte; ce papirus était dans le Jourdain entre l’ancienne cité de Panéas, qui porte encore le même nom, et le lac de Tibériade, vraisemblablement le même lac dont parle Pline quand il dit que, non-seulement on y voit le papirus, mais encore le roseau odorant odoratus)^ l’une sans doute de ces plantes exotiques que des curieux y avaient transportées, et qu’on ne retrouve, ni en Sirie, ni en Égipte. Le papirus que Bruce a vu dans le Jourdain était à main gauche du pont appelé le Pont des Enfans de Jacob; il.y avait en cet. endroit deux piés neuf. pouces an^ glais ( 2 ), un peu moins d’un mètre d’eau, et le Jourdain était , gonflé par les pluies. Le papirus croît aussi, suivant ce que rapporte Guilandin, au confluent du: Tigre et de l’Euphrates. Ce jonc ne se- multiplia sans doute en. Asie et en. Grèce que lorsqu’on eut coâimeiicé à en faire du papier, et que l’usage en devint comurun (3); .

Cet usage, temonle, à une haute antiquité, comme le démontrent nos livres saints, ainsi que

(1) Voyage de Bruoo. V, la.

(2) Le ])ic anglais vaut 3o4 7; ainsi a pies 9 ponces

valent SSij miil.^5.

(3) Voyage de Bruce . V , j3. >

IQ^ USAGE DE l’écriture EN GRÈCE.

les écrits d’Hésiode et d’Homère. J’ai déjà parlé fort au long {art. XLI) de l’opinion de Varron. Je vais donner quelques explications sur le témoignage des livres saints.

C’est dans le second chapitre du livre de l’Exode (i) que l’on trouve ce mot gomCy que j’ai traduit par jonc dans Isaïe (arif. XLII), et que M. Cahen traduit de même dans le passage qui m’occupe ici ( 2 ); mais il observe d’après Ben-Otiziel que ce jonc était de Tanis , c’est-à-dire du papinis. En effet, le savant Olaüs Celsius, dans son ouvrage intitulé Hier'obotanicon (3), démontre clairement que ce mot hébreu, gome, désigne le papirus. Cet ouvrage , regardé comme capital en son genre, n’est pas seulement le produit d’une immense érudition ; on y reconnaît aussi une étude exacte et profonde de la nature vivante. Ce fut par la réunion de ces deux moyens que Celsius fut en état de déterminer d^ine manière satisfesaute plus de cent plantes connues et en qsage dès la plus haute antiquité (4). nom de gome vient de goma ^ absorbé, parce

que le papirus naît dans l’eau et s’y nourrit continuellement; aussi les Septante ont-ils traduit gome par papyros, et c’est dans ce sens qu’il est

(1) Verset 3.

( 2 ) Traduction de PExotle. Paris, i83a, p. 5.

(3) Seu de plantis sacra* scripturœ dissertationcs brèves, pars H , • 257 et suivantes.

(4) Biographie universelle, art. (Celsius, parM du Pctit«Th<Miars.

ABT. XLIV. AWCtENN. DE t’iTSAGE DD PAPIRÜS. ig3

employé, non-seulement par Isaïe, mais par Job (i) lorsqu’il dit; « Le jonc peut -il s’élever sans eau ? » Ce mot se trouve quatre fois dans la Bible, savoir, deux dans l’Exode et dans Job, et deux dans Isaïe seule'meitt. Rosenmûller qui adopte le sens que je lui ai donné (a), cite en sa faveur Jablonski (3) et Michaélis (4). Toiltes ces autorités sont bien suffisantes pour constater l’ancien usage du papirus , et le doute de Bruce pe s’étend) jpas ;Sur l’aricienneté. de , sa culture/ en Égipte|;jl porte, seuleipent sur ce que,Bruceine croit pas que. ce 'jonc vint naturellement en Égipte comme en Abissinie, et les raisons qu’il en donne sont plausibles (a). ^ j;.;;

(OVIII.M. ,

(i) Scholia invetus testantenium. Lipsiæ 1822. Partis primas vo^ lumen secundum, p. 2$ et 26. *

( 3 ) P. £. Jablooski. Opuscula, p. r, p. 2G6.

( 4 ) J* D. Michael. Supplemenia y p. 1726.

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