DESCHÏPTION DES VOLUMES TROUVÉS DANS LES MOMIES
L.1 C’est sous les enveloppes générales qui recouvrent.lÉS momies (i) ordinairement entre les deux cuisses, et quelquefois entre les bras et le corps, qu’on a découvert les manuscrits de papier d’Ëgipte. On en aitrouvé indistinctement dans les deux «sexes , mais plus fréquemment, chez les hommes., Les momies préparées avec simplicité renfermaient des ,voUimes comme celles où l’on avait déployé un certain luxe (a).. Ainsi l’emploi de, l’écriture et, du pâpierpeuvent être considérés comme I populaires, < c’est-à-idire. comme .n’étant pas uniquement consacrés aux gJtands dignitaires oq, aux riches (u).',.
La hauteur deiçes rovUcauX) est variable, et la longueur l’est .encore davantage; le plüs grand, et le -plus précieux de. tous ceux.queiVop a;recueilljs,
>/'ii JiD/ I, l-i 'i .np I iio , / ■,!
mu ::-. ,l.i ■ iu;l‘> (t ■)'.! r ii > . il ji.ii lii (i) Sur la nature dos momies, voyci la description de l’Egypte, Taris, i8ai , III , 68.
(3) Dasqriptioo de.l’Égyptc, Pari.s, iSai . ifl , 1 18, a' editioa.
ai8 USAGE DE l’Écriture en geéce.
a neuf mètres vingt centimètres de long (environ vingt-huit piés quatre pouces). La hauteur varie de vingt-huit à trente-sept centimètres, c’est-àdire de dix pouces quatre lignes à treize pouces huit lignes. Il ne faudrait peut-être pas juger par ces mesures de la dimension à laquelle pouvait atteindre le papier égiptien; car rien ne devait borner cette dimension^ s’il faut en juger par le procédé que Pline a décrit (nrf. XlJVII). Le mocrocollos étant composé de deux bandes longitudinales on pouvait joindre ensemble trois , quatre et un nombre quelconque de bandes en suivant le même procédé (a). ■ . " *>
Chaque volume Mt roulé sur lui-même^ eir cir-< convolutions serrées, et de gauche à droite, iD-< dices à joindre aux preuves que l’on a d’ailleuiia que lesÉgiptiens lisaient, comme les Hébreux',' de droite à gauche. Le rouleau est aplati ; il est rocins léger qu’on ne s’y attendait, effet qui provient de la double couche du liber , de la présence de la gomme , et de la peinture appliquée pardessus. Au toucher, on trouve le papier sec et cassant; il sent fortement le baump; sa teinte est un jaune plus ou moins foncé ou sali.‘t.ë dérouler (i) au sortir de fa momie serait impOsSiblé'f au moindre mouvement que l’on fait pour oüvrir le volume, on l’entend craquer, et l’on voit des filamens s’en détacher. Ce n’était pas là, sans
(l) Description de l’Égjrptc Paris. iSai. III, ii8,4dition.l
AET. L. VOLUMES TBOUvAs DANS LES MOMIES, aig
doute, l’état primitif de ces inauuscrits: l’écrivaiu avait' besoin d’un papier plus flexible pour en pouvoir user. Cet effet provient de ce que l’on a roulé autour du corps les bandelettes toutes chaudes, et qu’à la chaleur des toiles s’est jointe une autre cause continue, la température élevée des puits qui a desséché entièrement les rouleaux , malgré les enveloppes imperméables qui les recouvrent. » «
Il ne sera pas inutile de donner ici une idée des précautions qu’ont prises nos Savans en Égipte , pour dérouler ces volumes, afin de diriger ceux qui auront, par la suite, à faire la même opération. 11 faut premièrement humecter le papier, en le recouvrant de plusieurs linges mouillés; quand on juge que l’humidité l’a pénétré suffisamment, il faut tendre une gaze fine sur un châssis, en lui donnant plus de longueur qu’on n’en suppose au volume. On passe de la colle bien fine et bien délayée sous la marge du manuscrit et sur la gaze , en les fcsant adhérer l’une à l’autre par le moyen d’une douce pression ; puis on' déroule et ou colle successivement par bandes étroites de deux ou trois centimètres’, à mesure .que les parties précédentes sont affermies. Le meilleur moyen de presser douoemertt le papier contre la gaze^ est d’employer un tampon de linge avec 'légèreté. Il faut que ce travail se fasse à l’ombre; il faul surtout ne pas le suspendre long-tems. La poussière et tout ce qui pourrait dessécher l’étoffe, doivent
230 USAGE DE l'^CRITURE EH GRÈCE.
aussi être écartés avec soin. On voit (i) quel tems exige ce travail pour dérouler un macrocollos de dix mètres.
Malgré la fragilité de ces volumes , combien ils sont intacts et conservés , si on les compare aux plus anciens manuscrits connus , et même à ceux qu’on a découverts à Herculanum dans le dixhuitième siècle (a)! Comme si tous les ouvrages des Égiptiens, même les plus délicats, devaient leur plus grande conservation à leur plus grande ancienneté! Singulier privilège quel’Égipte exerce, depuis tant de siècles , sur tant de nations connues^! que d’habileté ne faut-il pas aux Savans chargés de recueillir les parcelles des manuscrits d’Herculaitum ; pour traduire, en quelque sorte lettre à lettre, ces cendres écrites, avant quelles disparaissent pour toujours! Et, en supposant qu’un Tacite, un Tite Livc, un Cicéron complets, soient cachés sous ces débris, quelle faible chance on a pour les y retrouver , et que de tems il faudra pour en jouir, malgré tous les moyens ingénieux que l’on met en usage ! Au contraire, les volumes trouvés dans les momies, peuvent être ouvert&et déroulés sans peine, et l’on peut les copier Bdèlement et sans lacune.
I Quand On examine et que l’on compare en-
(i) Deicriptioil de l’Êgypte. Paris i8ai. III, seconde, lidir lion , p. 119.
J’.ii parlé de ces manuscrits dans les Mémoires pour servir à VUislqire ancienne du globe. VIII , aïo.
ART. Ll. DISTINCT. DESHIÉR.ETDESSIGNESALFAB. 221 semble les divers volumes, on voit i® que tous sont écrits par partiéë séparées, en colonnes ou en pages; 2 * qu’il s’y trouve une scène principale, qui est constamment la même; 3° que certains commencemens d’alinéa, si l’on peut employer ce mot, sont écrits en rouge, tandis que le texte est noir; 4“ enfin, que les caractères sont de deux espèces, que l’on peut désigner provisoirement l’une sous le nom de hiérogliphes , et l’autre sous (i) le nom de signes alfabétiques ( 2 ).
Distinction des hiéroglipJtes et des signes alfabétiques. Description d’un volume hiérogliphique.
LI. Les hiérogliphes se voient sur tous les ma- , nuscrits, au moins dans le grand tableau principal ; mais ils sont en petit nombre et les moins fréquens ; les seconds, heureusement, recouvrent la presque totalité des volumes , à l’exception des * rouleaux, qui sont -tous en hiérogliphes. On n’en* a rapporté qu’un seul de cette dernière espèce, dans la grande Description d’Égipte (3): la phrase suivante, tirée de Martianus Capella (4), parait
(ODescription de l’Égypte. Seconde édition. Paris 1821. Ili, lao.
(2) Id. p. 121.
(3) Il est grave dans lc.« planches 72, ;3, •■t^ et 7.';. A vol. II.
( i) De nuptiis philohgiœ et mercurii , lit. II , p. 35.
aaa usagb de t/écbitdrb en grèce.
bien s’appliquer à ces Yolutnes hiéroglipbiques : Cernere erat qui Ubri quanÊaque volumina , quoi ■linguarum opéra ex ore virginis defiuebant. Alla ex papyro quœ cedro perlita fuerant videbantur; alia carbasinis voluminibus complicati Ubri, eoç ovilhsmulti quoque tergoribus. Raii vero inphillirœ cortice subnotati. Erantque quidam sacra nigredine coiorati, quorum Ulterœ animuHtium credehantur effigies, a 11 fallait voir quels livres, combien de a volumes, et en combien de langues , étaient pro- « duits par la Philologie : les uns paraissaient « écrits sur des lames de papirus frottées avec du « cèdre ; d’autres étaient des volumes de toile de «lin repliée sur elle -même; beaucoup de peaux «de brebis; quelques-uns, en petit nombre, «étaient des notes écrites sur des feuilles de til- « leul, il y en avait encore qui étaient colorés d’un ^ « noir religieux, et dont on regardait les lettres « comme étant l’effigie des animaux. »
Apulée parle aussi des manuscrits en hiérogliphesdans le passage suivant (i): quosdam Ubros Utteris ignorahiUbus prœnotatos , partim figuris cu- *jusce modi animalium concepti sermonis compendiosa verba suggerenles , partim, etc. « Il tira du fond du « sanctuaire certains livres pleins de prières « écrites avec des caractères inconnus, qui conte* « naient les termes des formules sacrées en abrégé, a sous des figures de toutes sortes d’animaux , et
(i) Métam. lirre XI. * .
ART. U. DISTINCT. DES HliR. BTDES SIGNES ALFAS, 3l3
a d’une grande quantité de différens accens, etc. » I.«8 ' manuscrits alfabétiques sont divisés par pages dans leur longueur. On appelle ici page ‘égiptienne, faute d’aittre mot , un certain espace écrit dans un rectangle variable de hauteur et de largeur, et séparé d’un espace pareil par un blanc large d’un centimètre plus ou moins. Cçs pages ne sont pas moins variables pour leur écriture lâche ou serrée, forte ou grêle, très-noire ou pâle. Mais ce dernier défaut est rare, tit il conviendrait de l’attribuer à une cause accidentelle; car ces manuscrits se font quelquefois remarquer par le brillant et la solidité de l’encre noire. On reconnaîtra facilement que les autres couleurs sont également conservées (i).
On a un papiru.s où il existe quelques caractères isoles sur la marge, consme si l'écrivain eût vouln essayer sa plume (a); ils occupent la marge droite, par où l’écrivain devait en effet commencer, et ils sont d’ailleurs plus pâles et plus maigres. Ceux qui ont le plus de force et de laideur sont les hiérogliphes (3); sans cUuite la plume se tailla^it plus gros peur les tracer. > - >
hiérogliphes accompagnent une scène particulière, placée vers la gauche ou la fin du volume. Elle ‘a été décrite par plusieurs voyageurs,
(i) Description de l’Égypte. Paris, iSai. Itl, iii.
(a) Voyez la planche 6o de la Description de l’Égypte, A, vol. Il, (3) Voyez la même pltnebe.
< aa/| vsajce - de e’écbitube en Grèce.
entr’autres par M. Denon, qui, le premier, l’a •vue représentée sur un manuscrit. Il suffît de dire ici qu’elle exprime, selon toute vraisemblance, le jugement de l’ame du personage qui est à droite de la scène, sans doute celui sur le corps duquel était le papirus; qu’Isis le reçoit , présenté par une femme habillée comme la déesse; que deux prêtres masqués pèsent dans une balance des objets simboliques , et qu’on croit représenter les bonnes et les mauvaises actions du personage (i); qu’un autre, également masqué, écrit sur une tablette le résultat de la pesée,: et qu’enfin un Dieu, assis sur un trône élevé, parait >&ire les fonctions de juge. Entre les deux derniers , et sur un autel , est une figiire monstrueuse, à tête de crocodile et à corps de lion, >avec beaucoup de mamelles , animal chimérique, sur lequel il serait difficile de faire une conjecture, ou trop long de l’établir ici avec solidité. Un grand lotus figure sur (a) un autre autel. Ce qu’il y, a de plus curieux, c’est la scène de la balance, et surtout un objet qui pend aux piés du cinocéphale , espèce de contrepoids qui paraît faireda différence des charges des deux plateaux, et -qui , par conspuent, établit l’équilibre. Si l’on veut Croire que le résultat est en faveur du personage, on dira
( I ) Celte balance diffère beaucoup de celle qui est gravée planche ' ffi. A, vol. II.
(a) Description de l’Égypte. Paria iSai . III , III,
ART. LI. DISTINCT. nr,SHIÉn. ET DESSIGWESALFAD. aaS (toujours dans la même hipothèse), que les mauvaises actions sont représentées ou indiquées par la feuille prise dans un sens tropique, et que les bonnes le sont par le vase, puisque le contrepoids est placé entre le plateau de la feuille et le centre du levier^ et si l’on voulait pousser la recherche plus loin , on observerait que la distance du contrepoids au centre étant au quart du bras du levier , c’est là le nombre que doit enregistrer l’homme à la tête d’Ibis , comme étant l’excès des bonnes actions sur les autres. Que le prêtre, arrêtant le contrepoids, et observant sa distance au centre, ait le masque de l’épervier, et que celui qui paraît l’interroger ait celui du chacal , c’est ce qui ne doit pas surprendre ceux qui ont vu dans les catacombes ces animaux, peints, sculptés, et même embaumés, comme les hommes. On ne peut qu’effleurer ici un sujet aussi curieux, mais obscur, où. l’imagination doit craindré de s’égarer', et qui, cependant», est digne de toute l’attention des lecteurs (i) qui veulent connaître l’antiquité. Je ne m’y arrêterai pas ici plus long-teins. C’est à notre savant collègue, M. Jomard, que sont dues toutes ces observations, et l’on peut voir dans l’ouvrage cité en note les détails curieux qu'il donne sur le contenu des volumes trouvés dans les momies, et sur l’écriture qui y est employée. Je rapporterai seulement ici une inscription hié-
(<) Dosrriplion lie UÉgyple. Paris, iSai lit, p. ni.
2Ci6 usage de l’ÉCRITUEE en GRfeCE.
rogliphiqiie omise par les auteurs de ce grand ouvrage. Elle a été expliquée de la même manière par deux écrivains anciens très*estimables, et qui, tous deux, la placent dans le vestibule du temple de Nkith (Minerve), l’un à Diospolis ou Thèbes, et l’autre à Sais : on avait gravé dans ces deux vestibules, selon Clément d’Alexandrie (i) et Plutarque ( 2 ), un enfant, un vieillard, un épervier, un poisson et un hippopotame. Ces cinq hiéroglipbes signifiaient évidemment, selon l’auteur chrétien, comme selon le païen:
« O vous qui arrivez à la vie, et vous qui êtes « prêts à en sortir. Dieu hait l’impudence. » *
'En effet, l’enfant désigne la naissance, le vieillard la mort , l’épervier la divinité , le poisson la haine , parce que les prêtres égiptiens n’en mangeaient point et haïssaient la mer, l'hippopotame l’impudence ; cai*, après avoir tué son père , il fesait violence à sa mère. Suivant Hurapollo (3), l’hippopotame désigne le domrtiage. En préférant ce sens, au lieu de : Dieu hait l’impudence, il faudrait traduire : Dieu hait tout être malfesant, ce que j’aimerais n)ieux. On observera que l’hippopotame se trouve très-rarement au-dessous des cataractes d’Éléphantine, et conséquemment en Égipte; on ne le voit guère qu’en Abissinie et en
(1) Stromntaf lih. V, p.
(a) Df! Isitle et Osiriile.
(3) Hierofçfyph. Hh- 11 , i8o.
AHT. LII. kiRCHEK SUR LA LANGUE COPTE. 22^
Éthiopie, ce qui confinne l’opinion des Éthiopiens, qu’ils ont inventé l’écriture (a).
Recherches du Père Kircher sur la langue copte ou égiptienne.
IJI. L’alfabet égiptien était connu du tems de Plutarque, et contenait, dit -il, vingt - cinq lettres (i), c’est-à-dire un nombre égal à celui des années que durait la vie du bœuf Apis. Cependant, Téséo Ambrosio , orientaliste du quinzième siècle , n’en donne que vingt-quatre dans les deux alfabets égiptiens que renferme son ouvrage intitulé ;
Introduclio in chaldaïcam linguam , syriacam atque armenicam,et decem alias linguas; characterum differentium alphabela circiter quadraginta, et eorumdem invicem conjbrmatio mjrstica et cabalistica , quàm plurima scitu digna ; et descriptio ac simulacrum phagoli afranii ; Pavie , 1 53g , in-4°, de deux cent quinze feuillets (a).
(i) Traite d’Isis et d'Osiris, XVI, i 3 Gdansla traduction des oeuvres morales de Plutarque )>ar l’abbe Aicard.
(a) Biographie universelle art. Tdse'o. On pourra consulter aussi l’ouvrage intitulé: Turco grœciœ libri VIII. BSIe, 1684. in-folio, rare. Cet excellent recueil contient pl.u.siours petits ouvrages et des lettres qui nous donnent une idee exacte du l’état civil et religieux de la Grèce dans les i 4 ’> > 5 * et 16’ siècle. Piétro délia Valle, dans la lettre X I de ses voyages , datée du a 5 janvier 1616, envoie à son