‹ Essai sur l'origine de l'écriture, sur son introduction dans la Grèce et son usage jusq'au temps d'HomèreChapitre 5 sur 62 · VI · texte numérisé non relu

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Expérience dun roi dÉgipte sur f origine des langues.

Vin. Voici l’anecdote curieuse que nous a transmise Hérodote au sujet de l’origine des langues.

Avant le règne de Psammtiique (i) , qui gouverna l’Égipte, avec onze autres rois, l’an 704 avant notreère, et seul de l’an 689 à l’an 65 o (a), ou plutôt de l’an 67 r ( 3 ) à l’an 656 avec ses onze collègues ,

(i) En grec Psammitikhos.

( 3 ) Tàble chronologique d’Hérodote, par M. Larcher. Paris, i8oa, P- 74-

(.î) Id. p. 6o3.

ART. VIU. EXPléRlENGE DE PSA.MMITIQUE. a3

et seul de 656 (i) à Tan 617 ( 2 ), les Egiptiens se regardaient comme le premier de tous les* peuples (3). Ils attribuaient à Hermès ou Thoth l’invention de l’écriture , et montraient plusieurs livres dont ils le disaient l’auteur. Mais Psammitique ayant introduit en Égipte les Ioniens et^ les Giriens, les premiers peuples étranger s qui, selon lui, y eussent été admis ( 4 ) , ceux-ci qui parlaient une autre langue, et qui avaient aussi leurs prétentions, puisqu'ils avaient dépendu des Assiriens, conquérans de l’Égipte sous Ninus et Sémii*amis, prétendirent aussi à la plus haute antiquité.

«Depuis Psammitique », dit toujours Hérodote (5), «qui voulut approfondir quelle était a réellement la^race d’hommes la plus ancienne,

« les Phrigiens furent reconnus pour l’étre , et les « Égiptiens ne vinrent plus qu’après eux. Voici • a comment ce roi , peu satisfait des recherches (c qu’il avait faites sur cette question , et qui ne lui « avaient rien fourni de positif, parvint à la ré- « soudre. Il fit remettre deux enfans nouveaux- « nés , pris au hazard , entre les mains d’un berger « chargé de les élever au milieu de ses troupeaux,

• (1) Table chronologique d’Hrfrodote, p. 604.

(2) Jd. p. 609. On Toit que l’auteur se contredit lui même Je préfère sa dernière date conforme à celle que donne Volney, si rarement d’accord avec M. Larcher. L’Art de vérifier les dates fait aussi mourir Psammitique l’an 617.

(3) Hérodote , histoire , livre II §a.

(4) Id. § 154.

(5) Id, § a.

a4 IISAGK JJE l.’ÉCaiTÜHE EN GRÈCE.

a avec injonction de ne jamais proférer devant eux « une seule parole, et de les laisser constamment K seuls dans une habitation séparée. Il devait leur « amener des chèvres à de certains intervalles , les « faire téter, et ne plus s’en occuper ensuite. Psam- « mitique en prescrivant ces diverses précautions, « se proposait de connaître, lorsque le teins des <c vagissemens du premier âge serait passé, dans « quel langage ces enfans commenceraient à s’exo primer.

« Les choses s’étant exécutées comme il l’avait tt ordonné, il arriva qu’après deux années écoulées, « au moment où le berger, qui s’était exactement « conformé aux instructions qu’il avait reçues, ou- « vrait la porte et se préparait à entrer, les deux ena fans, tendant les mains vers lui, se mirent à crier « ensemble Bécos. Le berger n’y fitpas d’abord béante coup d’attention; mais en réitérant ses visites et «ses observations, il reconnut que les enfans répé- « talent toujours le même mot, et en instruisit le « Roi, qui ordonna de les amener en sa présence. « Psammitique, ayant ouï de leur bouche le mot a bécos.^ fit rechercher si cette expression avait un « sens dans la langue de quelque peuple, et apprit « que lesPhrigienss’enservaientpourdiredupain. « Les Égiptiens, après avoir pesé les conséquences «de cette expérience, consentirent depuis à re- « garder les Phrigiens comme issus d’une race « plus ancienne que la leur.

« C’est de cette manière, » ajoute Hérodote, « que

\RT. VIII. EXPÉRIENCE UE PSA.HMITIQUE. u5

O le fait m’a été rapporté par les prêtres d’Hêphaïs- « tos (i) , à Memphis. Les Grecs racontent sur le «même sujet beaucoup d’absurdités, entr’autres U que Psaiumitique avait donné les enfans à nourrir «à des femmes auxquelles il avait fait couper la a langue. »

Ces enfans, suivant toutes les apparences, tâchaient d’imiter le cri des chèvres, en prononçant le mot bée , comme l’observe très-bien le scoliaste d’Apollonios de Rhodes (a), étant une terrai-' naison particulière à la langue grecque et ajoutée par Hérodote. Ou reconnaît facilement qu’ils parlaient comme la chèvre leur nourrite, que les G.’’ecs nommèrent êv/tr, (béké) par une onomatopée ou imitation du cri de cet animal, et ce cri ne ressemblait peut-être que par hazard au bée (pain) des Phrigiens.

C’est au récit d’Hérodote que fait allusion Clément d’Alexandrie, lorsqu’il dit. (3): « Les chèvres a ne prouvent-elles pas l’ancienneté des Phrigiens?» En effet, bn sait qu’après la prise de Troie, qui n’était antérieure que de quatre siècles au règne de Psaramitique, les Phrigiens firent un grand nombre d’émignitions qui les avaient rendus célèbres , et qui avaient fait connaître l’aucienueté de leur histoire, liée à celle des Assiriens, chez lesquels

(1) Appelé Kulcain par les Latins.

( 2 ) SchoLia^ty yipoUonii Rhodii ad versum aÔJ lihri IV, p. ao^.

(3) démentis y,4lcxandrini cohortatio ad ffL'nte^ y P f>, 1. '-w)-

a 6 CSAGE 1)E l’écriture EV GRÈCE.

Pline dit (i) que l’usage des lettres avait eu lieu de tout tems.

La preuve que les deux enfans donnèrent de cette antiquité , était sans doute bien équivoque : mais elle était fondée sur ce que l’on croyait autrefois qu’il y avait de certains noms dictés par la nature. « Les premiers dialectes, » dit encore Clément d’ Alexandrie (a), « ceux qui ont donné nais- «sance aux autres, sont barbares, la nature les «leur a dictés ». Il est en effet possible que les Pbrigiens, peuple pasteur, aient passé le nom de leur aliment le plus ordinaire, dans le cri des chèvres et des brebis qui les nourrissaient de leur lait et de leur chair (a). On verra dans la .suite (art. l) que leur langue était en effet très-ancieone.

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