‹ Essai sur l'origine de l'écriture, sur son introduction dans la Grèce et son usage jusq'au temps d'HomèreChapitre 56 sur 62 · ART. LXIII . MDLTIPLICITK DES LAHGDES EN ASIE · texte numérisé non relu

ART. LXIII . MDLTIPLICITK DES LAHGDES EN ASIE

nous présentent cette langue comme fille de l’arménien; et cette analogie, elle l’avait encore conservée du tems des Perses. Il paraît au philologue allemand que, conformément à la marche suivie par les peuples dans leur développement , les Arméniens aussi sont descendus de bonne heure de leurs montagnes pour se répandre dans les plaines de l’Asie Mineure. Mais cette opinion de M. Heeren est démentie par le témoignage formel d’Hérodote qui dit (i) :

« Les Phrigiens s’appelèrent Erigés , suivant les « Macédoniens, tant que ces peuples restèrent en «Europe et demeurèrent avec eux; mais, étant « passés en Asie, ils changèrent de nom en chan- « géant de pays, et prirent celui de Phrigiens. Les «Arméniens étaient armés comme les Phrigiens, « dont ils sont une colonie. »

On voit que les Phrigiens sont originaires d’Europe, où ils portaient le nom de Eriges, et ce nom désigne les Gaulois , si nous en croyons Euchanan.(2). Cette émigration en Asie a pu se faire dans des tems très-anciens , comme elle a eu lieu plus tard, soit par l’inquiétude naturelle à des peuples qui habitent un climat moins favorisé de la nature que celui dcilaPhrigie, soit par quelque révolution que l’on ignore à présent, et qui est

(1) Livre vu, chap. 73.

(2) Histoire d'Écosse, IWre II. J’ai rapporté le passage de cet auteur et les raisons sur lesquelles il se fonde , dans PHistoire de Hainaut , par Jacques de Guyse. Paris, 1829. V, 43a.

t'JO C 8 AGE DE l’ÉCRITDRB EB GH^CE.

encore antérieure à celles dont parle Tile-Live(i).

Mais il n’est pas nécessaire de remonter si haut, et une conjecture très'plausible peut concilier Tite- Live avec Héi^dote. Les Bituriges avaient la principale autorité chez les Celtes l’an 600 avant notre ère, plus de cent ans avant la naissance d’Hérodote, lorsque Bellovèse et Sigovèse firent leur » émigration. Établis en Thrace , où ils furent d’abord , leur nom de Bituriges put être prononcé Briges. Peu de tems après , ils vinrent en Asie, où ce nom de Briges se changea en celui de Phrigiens ; et lorsque le pays qu’ils occupaient devint trop peuplé, iis envoyèrent au-debors des colonies. Étienne de Bizancedit (2), comme Hérodote, que les Arméniens viennent de Phrigie , et que leur langue approche beaucoup de celle des Phrigiens ( 3 ).

Quoique M. Heeren paraisse donc s’être trompé sur l’Arménie, il observe avec raison que les côtes de cette contrée, étaient occupées par des peuples trèsKÜfFérens entr’euz, qui s’y étaient installés à des époques plus récentes. On entendait les dialectes grecs dans les riches villes commerçantes qui formaient une échelle le long de la côte occidentale, comme on entend Sanglais dans les villes

(i) Lih, V, cap. 34. J'ai ilûcutii ce passage dans le Tableau his torique et géographique du monde. Paris' iSio. IV, g.

(a) Slephina» de urbibus. jimsttlodami 1678. Art. .Armenia.

( 3 ) Note de M. Larcher sur Hérodote.

ART. LXIV. DES LANGUES sistlTIQUES. 37!

de l’Ainérique (i) septentrionale. Mais la langue du pays était le carien et ses divers dialectes; car les I.idiens, les Misions et leshabitans delà Carie proprement dite, parlaient les dialectes d’une même langue mère. La côte septentrionale de la presqu’île était, en grande partie, occupée par des tribus venues de la Thrace, qui, en conservant leur langue , s’étaient fixées en Bithinie ; elles s’étendaient jusqu’au fleuve Parthénius, qui les séparait des Paphlagoniens, dont le langage était un idiôme à part, ou peut-être un dialecte du pbrigien. Les pays montagneux du sud de la Péninsule, dans la Pisidie, la Pamphilie et la Cilicie, offraient, à ce qu’il parait, encore une plus grande variété d’idiômes , dont les ramifications ne nous sont pas connues, ou ne le sont que d’une manière imparfaite (a). <

Des langues sémitiques.

•LXIV. Nous venons de faire voir qu’après l’ir-* ruption des Gaulois, qui parait postérieure au siècle d’Homère , plusieurs langues s’étaient for* mées dans la partie occidentale de rAsie(a).Cette

(i) De la politique et du commerce des peuples de l’antiquitd. Paria, i 83 o. 1 , 117.

(1) Id. p. n8. '

27 ^ USAGE DE l’eGRITURE EN 'GRÈCE. ;

•diversité de langues cessait aussitôt que, passé FHalis, on entrait en* Cappadoce, . dénomination sous laquelle on comprenait autrefois également le ..territoire du Pont. Au-delà de ce fleuve, on parlait une des langues principales de l’Asie, à l’est jusqu’au. Tigre, et du nord.au sud, depuis les monts Caucasiens jusqu’à la côte méridionale de l’Arabie, et désignée ordinairement sous le nom de dialectes sémitiques. Ses différentes branches étaient le cappadocien , à rest(i)derHalis; le siriaque, entre la Méditerranée (2) et l’Euphrates, au sud delà Cappadoce; l’assirien encore au-delà du Tigre, dansl’Abiadène ou le Curdistari; le caldéen , parlé à Babilone; l’hébreu et le samaritain , en Palestine; le phénicien, dans les villes maritimes de la Phénicie et dans ses nombreuses colo- • nies; enfin l’arabe, non-seulement sur toute la presqu’île , mais encore dans les steppes de la Mésopotamie , fréquentées de tout tems par des hordes arabes. Plusieurs de ces dialectes existent encore; d’autres ne sont connus que par des fragmens écrits. On ne saurait douter que , dans des tems inconnus à l’histoire, il ne se. soit répandli sur ces plaines immenses une meme nation,* qui conforma son genre de vie et de mœurs aux lo-

(1) La traduction française de M. Heeren dit à Vouestf ce qui est une faute e'vidente. Lu Cappadoce e'tait entre PHalis à Touest et TEuphrates à Test.

(2) De la politique et du commerce des peuples de l’antiquité'. 1,128.

ART. r.XIV.‘ Ï)ES LAWGÜES SiUfflTIQÜRS. 378

calités. Dans l’Arabie septentrionale, elle continua sà vie nomade ; en Sirie et dans l’Arabie méridionale, elle connut l’agriculture et des demeures fixes; en Babilonië, elle fonda la ville la plus magnifique de l’antiquité; sur les côtes de la Phénicie, elle construisit les 'premiers ports, et équipa 'des flottes qui lui assürèrërit le commerce miiversél. î ‘

"'Le Tigre était la frontière de l’idiome sémitique | si ce n’est qu’un de ses dialectes semble aibir ' iégné dans l’Assirie proprement dite (i). Tai expliqué {art. XXXVI) l’alfabet de la langue hébraïque, le mieux connu de ces dialectes.

On nous a'iu'récemment à ITnstitut (a) un Mémoire où , si je ne me trompe, contestant les faits hisitoriquei les plus généralement reçus, tels que l^xistériee de Cadmos-, on a prétendu que les Phéniciens avaient iii venté l’écriture. Employant lâ' toéthèdé'ihiaginée par Vico, et si commode pWih'céà'itiijÙl àitbent mieux créer d’histoire que l’ét'iidîerj' oh à' composé un sistème de découvertes* selon lequel ce peuple ’ navigateur aurait' foénVédih alfab^. LUl a cité Sânkhôniathôn pour établir les preuves de ce sistème , inàis contre l’opinion de cet auteur même, qtii dit formellement (3) : Alto Miffoip Taauroç, ôç eupe -rfiv twv irpÈrcov

(1) De la politique et du commerce des peuples de l’ant. 1 , 139. (3) Mémoire lu parM. Dugas-Montliel le 33 juin iSSs.

' 3 ) Sanchoninthonis fragmenta. Lipsier 1836, p. 33

VSA.GB,DE l’ÉCIUTDRE EN GRÈCE..,

CTOtj^eiuv YpaçïiV 3v Aîyù'TTUoi pièv ©üm'dÔ, À^eÇav^peîi;

0ü>'j6 , Ë)i).r,ve{ Kppi.rv èxâXgcrav. a Misor fut un « des aïeux de Taaut, à qui l’on doit l’écriture ex-, «primée par des caractères; c’est lui que les « Égiptiens nomment Thooth, le .peuple d’Alexanr « drie Thoüth, et les Hellènes Hermès. » ,,

En effet, Philon de Biblos, à qui^nous devons la traduction grecque de Sankhoniathôn , qui avait écrit en phénicien, nous dit dans le préambule de sa traduction, que l’auteur ^dont il publiait, l’ouvrage avait posé les.fondemens de son histoire sur les écrits de ce chef des Savans, appelé par les Égiptiens Thoüth, les Alexandrins, T’Aof/i ,, Hermès par les Hellènes (i);;on voit qu’il transpose les noms de TholhtX de Theuth, attriri buantaux Alexandrins le prepiier, qu’il attribue plus bas aux Égiptiens. Il se trompe encore eu| donnant le nom d’A,lexandrins aux habitans de la basse Égipte, qui n’ont pu être;désignés ainsi pari Sankhoniathôn , intérieur de plusieurs siècles à la^ fondation ’d’ Alexandrie (a). C’est ainsi que nos traducteurs, latins gisent, toujours Mercpre au lieu d’Hermès; c’est, encore. ainsi que les, Septante et, la yulgate, traduisent, le nom d’une, ville d’Égipte, par Alexandrie dans les prophéties de Jérémie (3),

/i) S anchoniathonis fragmenta. Lipsite, 1816, p. 6.

{n) On en trouvera les preuves ilans mon Histoire d’Aristarque ileSamos. Paris,, 181 o , p. 3^8 et suivantes.' .

P) XLVI,o 5 .' ...

D --i hy

ART. Lxrv. DES LANGUES SEMITIQUES. 275

li’Ézéchiel (i)iet de Nahurn (2), tandis qu’au teins qui précéda la fondation de cette ville, bien postérieur à ces trois prophètes , Alexandrie n’était qu’un village appelé Rhacolis ( 3 ). Outre ce nom de Rhacotis, que les Coptes donnent encore à Alexandrie ( 4 ), cette ville s’appelait très-anciennement No ( 5 ) ou On, suivant saint Cyrille. Elle avait été fort peuplée, et avait eu des hommes très-vigoureux, qui fesaient le commerce de l’intérieur de l’Égipte , en remontant le Nil , dont leur ville n’était éloignée que de 800 stades ou 1 5 miriaraètres. Mais ce commerce cessa par l’invasion de Nabuchodonosor (6), et dès lors, No fut réduit à un village. C’est, dit-on, par cette raison que les traducteurs de Jérémie, d’Ézécbiel et de Nahurn, comme Philon de Biblos, ont substitué le nom d’Alexandrie à celui deNo.Mais cette question mérite uù exameu particrJier que je ferai dans la suite, (a).

Le fragment de Sankhoniathon conserve donc tous ses droits k être considéré comme authentique, malgré l’objection qui l’ésulte de cette mauvaise dénomination ; et son témoignage en faveur de l’ancienneté de l’écriture égiptienne ne doit pas être méprisé. Les langues sémitiques, telles

(1) XXX , , i5 et 16.

(3) Strabon, Kv. XVII, p. 5.^6. Tacite, annal. liv. IV, chap.84.

(4) Woide, Lexic. Kgypt. , p. j6. *

(5) S. Uieron. in Oaeum,C. IX. tnm. III oper. p. 1594.

(6) Cyrilli opéra , t. II , p. ?y4- comm. in Etmiam.

a'yô. osACE DK l’i^cbitdbe HN OHice.n/ qne le phénicica, ,ne sont autre chose qiie la langue égiptienne , telle que Toth l’avait écrite f liiais avec diverses niodiâcations et divers dialectes. II est surprenant qu’au .dix -neuvième siècle, un Français veuille faire honneuraux Phè^ niciens d’uite invention que les Grecs et les Phéniciens eux-mêmes ont attribuée aux Ëgiptiens. Tels sont les produits de l’éeolè de Wolf (a). • •

^Des écrivains de vaisseau, chez les Phéniciens. '

îi.'i . •: -Il ;■ •../

LXY. Une seconde lecture de ce Mémoire a été faite dans ùne séance publique de l’Âcadémie (i), et l’auteur a eu la sagesse d’y supprime^ le nom de SnnkhoniiathDR. Il a été puiser une pretlve de son sistènae dans le fragment i d’on) scoliaste d’Homère récemment découvert -par M; Mai. Il a cru pouvbir.se dispenser de nommer Platon , Diotfore de Sicile, Hutarque, Tache. ^ Pline, où il aurait trouvé dœ connaissances, plus! solides pour le sujet qu’il a traité^ il a seulement dit quelque chose du passage d’Hérodote sop Cadmos (arf. xl), qu’il a prétendu avoir été mal traduit par M. Larcher. Il a parlé avec esprit et avec éloquence, mais il m’a paru n’avoir pas as- . spz approfondi sa matière. F-xaminonS avfec plus

• ( • J . .. ! Vf. .1*

(i) Klle a eu lieu ^ » •* » -■ / <)

Page 1