‹ Essai sur l'origine de l'écriture, sur son introduction dans la Grèce et son usage jusq'au temps d'HomèreChapitre 58 sur 62 · ART. LXVI. DES LANGUES PERSANES · texte numérisé non relu

ART. LXVI. DES LANGUES PERSANES

parsiy qui est la même chose que le déri ou l’ancien persan proprement dit, et qui, en se répandant sous la domination des Perses, semble avoir absorbé tous les autres dialectes. La comparaison des débris de ces anciennes langues nous montre, à la vérité, beaucoup de nuances, mais nous offre cependant une si grande identité d’expressions et de constructions, qu’il faudra reconnaître ces langues, ainsi que les (i) peuples qui les parlaient,' comme les branches d’un »même tronc. Il est cependant reconnu, comme l’observe M. le baron de Sacy , que le pehlvi sert en quelque sorte de lien entre les langues sémitiques et celles de k Perse.

Déjà Hérodote remarque parmi les peuples nomades de l’Asie centrale et septentrionale , une grande diversité de langues. Les marchands grecs, allant des villes commerçantes de la mer Noire , *par le Kaptchak actuel, aux pays de la n>er Caspienne et à la grande Bukharie, emmenaient avec eux sept différens interprètes, pour s’expliquer avec autant de peuples parlant une langue différente (2). Mais quand on connaît les grandes peuplades , comme les Scithes et les Sarmates , qui habitaient ces vastes pays de steppes, et qui , à quelques nuances près, parlaient certainement la même langue, on ne peut plus dou^r de l’exis-

( 1 ) De la politique et du cômmerce des anc. peuples. 1, i3o. ’

( 2 ) Hérodote, livre IV, chap. a4« * •

a84 - USAGE DE l’ÉGRITUAE EN/ GRÈCE.

lence de langues principales usitées dans ces, immenses contrées, surtout en se rappelant que les différentes hordes d’une tribu avaient eu la meme origine, et étaient unies par des liens de famille. . ’ •

La plus grandè variété de langage paraît avoir existé dans les pays montagneux du Caucase, comme elle y existe encore aujourd’hui. Une foule de peuplades plus ou moins grandes, attirées dans ges lieus par des guerres, mais encore .plus parle commerce actif qui s’yfesait (i),.y>âpporr tèrent chacune leur idiome. C’est ce que l’on peut conclure d’un passage d’Hérodote (a), quoiquHl ne le dise pas formellement; mais, suivant Stra»* bon , dans la seule ville de Dioscurias , sur les rives orientales de la mer Noire, on entendait, lors des grands marchés tenus dans son enceinte, soixantedix , on a même dit trois cens dialectes , parlés par autant de tribus qui, ne s’entremêlent poinf. La plupart sont de la nation des Sarinates ; tous habitent le mont Caucase (3). Pline répète . le même fait, en citant Timosthènes , et en ajoutant que les Romains avaient cent trente interprètes à Dioscurias , ville colque sur l’Anthémonte. (4). C’e^t aujourd’hui Iskuriah ou Isgaour, vers i je

(i) De la politique et du commeco« des anciens peuples.'

(a) I , ao3.

(3) Tréographie de Strabon , livre XI, p. de IVdit. de Casaubon ; 761 de cejle de 1707.

(4) Hist. nat; VI, 5: Tiraos^hénçs, est un-géographe grec;.

ART. LXYI.- DES LAUTGUBS PEnSAITES. a85 nord de la Mingrélie, aux frontières de la province OdÎMha , et c’est encore l’entrepôt principal du commerce (i). “ap. . 1 :).. ! ’a;».-', , .;

L’histoire que Xéhopho'B nous a conservéoi dc sa fanqeuse retraite , nous retrace lesr mêmes faits. Eb Arménie , iljput encore se foire entendre par des interprètes perses ; mais à mesure; qu’il s’avança vers FocCident et la mer Noire, il trouva autant 'de dialectes nouveaux qu’il rencontra de petites peuplades (a).. Il nomme pays des.Scithines celui où il éprouva l’embarras de se faire, entendre.

Les dialectes sémitiquéset persans, dontles derniers s’étendent jusqu’à l’Indus, forment donc les principales langues de l’Asie. Ces anciennes langues, au-delà de llndus, sont encore trop enveloppées; d’obscurité pour que leur J étude offre des résultats certains. Il se peut cependant, ajoute M; Hoeren , d’après lequel je viens de.faire cette âsser-ticfnyque, dé nos jours, nous obtenionsde^ éclàiroissémèns tplus étendus, si le rapport intime enérè lezènd et le sanscrit , langues .saintes de la Perèeel de l’Indey se trouve confirmé; si l’esprit scrupûletçc dé» Anglais! parvient à sauver de l’oii-f bU'phisietîrs débris de Tahcienne littérature iRldiemie(3);c'tosi' vn> second. Anqnetil éclairent lés

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(i) Précis de la géographie, par MaltelBrun, Paris, i8ta. 111, 4<>tY, ,Oper, Pi 34 a. , . -

(3) De la politique et <tu commerce des aDci«n«. pcup|c:% 1. :i32.

a86 USA.GE DE l’ÉCR 1TÜR£ fn GRfeCR. I

saintes écritures des bramines avec autant de suc> cès que le premier l’a fait pour celle dés parsis( i).' Noire collègue, M. Chézi, que nous venons malheureusement de perdre (a), ■'a 'rempli l’èspoir de M. Heeren , et a fait pour le sanscrit ce qu’Anquetil avait fait pour le zend. M. Heeren ne dit rien du chinois, dont j’ai cru devoir parler, et c’est -dans cette langue que M. Abel Rémusata trouvé' le moyen d’expliquer très-bieni lé passage de l’écriture hiérogliphique à l’éo'iture alfabétique(a). y. u i. j

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’ Observations sur les langues asiatiques. • ' î

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. i LXYII. Les langues asiatiques nous offrent uni phénomène déjà indiqué par les langues persanes anciennes, et qui ne. doit pas être passé -sons silence. -Non-seulement dans la Perse,' ipais iausst dans l’Asie orientale , surtout dans l’Inde en deçà et au-delà: du Gange, nous'lroiivoiis à côté des langues vivantes d’autres idiomes .qui h’existefit plus que dans les écrits le aendet le.peblvjÿ: en Perse vsont de ce ndmbrë, ainsi: que dans: l’iodé citérïeurë, le fameux sanscrit, et:le èali dàhs l’Inde ultérieure. Nous ne parlerons ici que de ce phé-

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(i) De la politique et du commerce des anC'. peuples.'!, i33. (a) Le 3i ao<ütli83a. ' ' ‘- •■1 ■ :

ART. T.XVII. SUR. LES lANGOES ASIATIQDES. 5187

nomène en général, et de son origine; nous ne dirons rien des rapports plus ou moins intimes de ces langues entr’elles. t

Les langues ne peuvent . naître et grandir que dans la bouche du peuple, quoiqu’elles ne se développent scientifiquement que par l’écriture et la littérature. Aussi ces langues, mortes pour nous, doivent nécessairement avoir été vivantes; ce qui s’expliquerait déjà par la raison que plusieurs de nos idiomes actuels en paraissent déri-{ yés. 11, peut y avoir eu plusieurs causes qui les tirent disparaître du rang des langues vivantes. Les cbangemens amenés parjles dialectes, suite (i) inévitable de toute langue répandue; le mélange ^ avec d’autres peuples, et enfin surtout, la conquête étrangère; ces causes et d’autres . encore peuvent, dans la suite des tems, fairei passer une langue par tant de phases, qu’il s’en forme de nouvelles langues susceptibles, à leur tour,d’un plus grand développement, Ppur que cette langue primitive ne meure pas, et se maintienne à côté de? langues, dérivées , il.Kii[fau,t un,soutien, et elle le trouve surtout dans la , religion, en demeurant! consacrée au culte. C’est ainsi qu’elle devient une.i langue sainte, ce' qui lui donne aussi un caractère , plus, élevé aux ieux de la foule. Ce laita lieu principalement ppur les religions fondées sur des Ji->t vres saints. Ces livres contiennent les dogmes

(i) Delà politique et du commerce des aac. peuples. I, i33.

a88 USAGK DE L’ÉCniTITHE EN GR^tCE.

ainsi que les prières et les liturgies du culte: voilà' donc le principal moyen pour conserver des langues qui ont cessé d’être vivantes. Admettons dés peuples où les prêtres forment une caste particulière; il en naîtra pour eux le besoin de s’occuper <le la langue sainte, qui finit par devenir l’objet d’une étude savante. Il est généi'alement connu que cela est arrivé ainsi pour les langues de l’Asie. Lors même que le commun des prêtres évite la peine de les apprendre, en se bornant à réciterdes formules de prières que lui-même necom'prendpas, cependant les saintes écritures se conservent de cette manière(i), surtout avec le secours de l’écritnre,et il ne manqueguèreparmieuxd’bommesstudieux qui s’occupent à les copier et (a) à les ititerpréter.

• Qiielqu’étrange que' nous semble ce phénomène, néanmoins il ne s’en est pas fallu beaucoup qu’iî ne se renouvelât aussi dans l’Europe occidentale. On sait que ses langues sont, pour la plupart, filles d’une ‘langue mère, «aujourd’hui langue morte, c’est-à-dire le latin. En aliénant sa nature pretnîère,'’ ses divers dialectës donnèrent ' nafesanCe'à’ aütant: dé lan^ies; qui'se développèrent avec là littérature des peuples. Mais îe latin trouva un appui dans le' culte publié et nos écritnt'es saintes. Le clergé seul l’entendait,' où devait dti' Moins l’entendre. Il- était donc ptès de devenir

(i) De la |>oUliqi<e (t dn coiiimercii des aiic. peuples. I,'p. i34,

ART. Lxvn. srn LRS tANGtIES ASIATIQUES. 289 une langue sainte, comme celles de l’orient , lorsque deux circonstances vinrent l’on empêcher : la régénération de la littérature classique en Italie, au quatorzième siècle, qui en rendit ^

l’nsage général, et en fit même la langue dçs classes supérieures; et la réforme qui, par des sermons et la traduction de la Bible dans les langues vivantes, en restreignit l’usage aux églises, non-seulement chez les protestans, mais encore '

chez les catholiques (i).

Il paraît que les Mages sont le plus ancien corps de prêtres qui ont conservé les écrits du premier Zoroastre. Les brammes possèdent encore aujourd’hui les véda, fondement de là religion indienne, et monument curieux d’une civilisation que William Jones regarde comme contempbraine de Moïse. Mais l’opinion des Indiens est que ces '

livres, sortis de la bouche de Brahma, ont été sauvés du déluge et conservés par les bramincs ( 2 ).

Les quatre véda peuventdonc disputer l’antiquité * aux livres de Zoroastre; mais je serais porté à croire que le premier Zoroastre est le créateur de l’écriture cunéiforme, antérieure à celle d’IIermès.

J’ai parlé de ce Zoroastre dans un autre ouvrage (3), et je crois y avoir prouvé qu’il fallait admettre l’opinion de Pline, qui cite cet écrivain,

II) De la politique et du commerce des anc. peuples, p. i35.

(3) La reconnaissance de SacountaIa,'drame traduit par M. Chez)'.

Paris i832. P. a;a et 3j3.

(3) Principes des sciences matlicmatiqiirs. Paris 1811. P. 3{i.

ago USAGE DE l’ÉCRITIIHI’. eh Gin'XE.

et qui place son existence six mille ans avant la mort de Platon, et cinq mille ans avant la guerre de Troie, Platon est mort l’an 35a avant l’ère chrétienne, et la guerre de Troie a commencé l’an i ig4. C’est donc entre l’an 635a et l’an 6tg4 avant notre ère, qu’il faut placer la vie de Zoroastre, c’est-àdire dans un espace de 1 58 ans. On sent 'que Pline donne des nombres ronds et conséquemment approxin>atifs. En supposant que Zoroastre a vécu quatre-vingt-dix ans, qu’il est né l’an 63 1 8 avant notre ère , et mort l’an 6aa8-, il n’y aura que trente-quatre ans à ajouter ou à retrancher des deux dates de Plinç pour les rendre toiit-à-fait exactes.

A la vérité. Suidas, à l’article Zoroastre de son Dictionairc , dit seulement que le p,remier laroastré a vécu 5oo ans avant la guerre de Troie } mais Plutarque, dans son Traité d’Isis et d’Osiris , et Diogènes Laérce, dans la préface de ses Vies des Philosophes, disent 5ooo ans, comme Pline, et leur autorité est bien supérieure à celle de Suidas (a).

De l'écriture cunéiforme.

LXVIII. L’écriture cunéiforme , ou plutôt la plus simple des écritures auxquelles on donne ce nom, paraît avoir été celle des Mages. Cette écriture est si simple, qu’elle porte évidemment l’em-

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