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' ART. r.XVlII. ÉCRITURE CUNÉIFORME. 2^1
preinte d’une invention originale (i): elle n’est formée quQ/le deux signes, le coin et le crochet, et il est impossible d’en former une avec un plus ■petit nombre d'élémens. C’est ce qui fait qu’une seule lettre, dans cette écriture, se compose souvent de plus de coins ou de crochets qu’il ne semblerait nécessaire à la première vue; et cela surprend d’autant plus, que les signes ne peuvent' être liés entr^eux qu’avec peine, à cause de l’absence totalede lignes courbes. D’ailleurs, la nature de cette écriture indique suffisamment qu’elle n’est pas sortie de l’hiérogliphique ; car celle-ci , dès sa naissance, porte un caractère de vérité dont un alfabet qu’on en supposerait dérivé ne se serait pas dépouillé entièrement, et, lors même qu’on regarderait les deux signes cunéiformes comme hiéroglipbiques, par exemple, comi^' l’image figurée de deux genres, cette écrittire ■ rait toujours radicalement opposée à celle des hiérogliphes. M. Grotefend a prouvé qu’elle n’est pas non plus sillabique; et, en effet, on ne voit pas comment des sillabes auraient pu constituer l’élément de ce genre d’écriture (a). Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter les deux planchês
(i) Description de l’Égypte. Paris. i83a,VlII, 3a. Notice sur les ruines d’un monument perse'politain, par M. de Roziére. Voyez surtout la lettre de M. de Sacy à M. Millin , Magasin encycl opédique, année VIII, tome V, p. 438.
(a) De la politique et du commerce des anciens peuples de l’antiquité, parArh.-L. Heeien; traduit de l’allemand par W. Suckau. Paris , i83o. II , 4'°-
29‘2 USAGE j)E l’Écriture en grège. ' •
données par M. Heeren, d'après M. Grotefend(i): dans la première, est l’ai fabet de la jangiie qu’il nomme zende persépolitaine, d’après les moniimens trouvés àPersépolis, en trente caractères, et l’explication d’une inscription écrite avec ces caractères ( 2 ). Dans la seconde planche , on trouve des inscriptions cunéiformes de trois genres différens : le premier est donné par Niebuhr, et contient trois inscriptions; le second est l’inscription d’un vase, dessinée parM. deCayliis; le troisième est une autre inscription trouvée à Pasargadepar Morier. Chacune de ces inscriptions est écrite dans les trois genres (a).
• Quelle autre conjecture formerons-nous donc, continue M. Heeren, si ce n’est que cette écriture *a été, dès son origine, uniquement fbrmée de lettres, en supposant même qu’elle ne se soit formée que par dégrés? Toujours est-il vrai, surtout pour la première espèce d’écriture (3) cunéiforme,'
(1) De la politiqtie et du commerce des anciens peuples de l’antiquitc', par Arh.-L. Heeren; traduit de Fallemand par W. Suckau. Paris, i83o, p. 3G6. tab. IV et V.
( 2 ) Je reproduis la planche de M. Heeren, mais en joignant l’alfabet véritablement zend à son alfabet persdpolitain. Cet alfabet m’a c'te' donne' par mon jeune et habile collègue M. Eugène Bumotif. C’est M. Reiske qui a ainsi augmente' l’alfabet de M. Anquctil, le séul que nous eussions. Le 'vendidad-saüé \i\xh\ié en caractères zend par M. Bui^nouf, qui en donnera incessamment la traduction, popularisera bieutot cette ancienne langue, sans laquelle on ne peut entreprendre la traduction des inscriptions cune'iformes. J’ai cru devoir ajouter à l’inscription donnée par M. Heeren une de celles dont les briques sont dans mon cabinet. Je la décris un peu plus bas.
(3) Id. p. 4to,
ART. LXVIII. iCRITDRE CUNÉIFORME. .agS
qu’elle semble déceler d’une manière toute particulière le c.Traclère de l’enfance des lettres écrites, jiar la quantité ou plutôt l’abondance des caractères de certains mots. Ne serait-ce pas un indice des minutieux efforts de l’inventelir, pour donneràchaque son, quelqu’insignifiant qu’il fût, un signe particulier, ainsi qu’à chaque aspiratioit?^ Ou, pour mieux dire, cette écriture ne semblé- ' elle pas l’épelé écrit de la langue parlée? Ces idées prédominent du moins dans la deuxième et dans la troisième espèce d’écriture, ce qui fait présumer a M. Heeren , quoiqu’il s’y trouve des caractères plus compliqués, qu’elles sont plus modernes (i).
Le tome VI des Mines de V Orient contient un, Mémoire -particulier de M. Grotefend (2). A ce Mémoire, qui n’a pas été reproduit dans l’ouvrage de M. Heeren , est jointe une planche sur laquelle sont gravées plusieurs inscriptions en caractères cunéiformes, tirées les unes de diverses briques des ruines de Babilone, les autres de deux pierres gravées. L’inscription cotée A est copiée d’après une brique cuite; elle est conforme à la plus longue de celles qui se trouvent sur les briques cuites de ma collection de monumens persépolitains , et à celle qu’a publiée M. Rich dans son
!^94 . . usage de l’ÉCBITCJRE EJN GRÈCE.
Voyage aux ruines de Babilonc (i)j d'après une brique semblable ( 2 ) .
Quant à la question de savoir ou cette écriture a été inventée, dit encore.M. Heeren, on peut affirmer saas scrupule qu’elle est d’origine asiatique. Elle diffère des écritures égiptiennes, biérogliphiques et phonétiques, telles que celles qui existent sur lé monument de Rosette, au point meme de ne pas admettre la comparaison. Les découvertes faites à Persépolis età Babilone,proU’vent encore qu’elle s’est répandue dans une par^ tie considérable de l’Asie mineure, et que, se divisant en plusieurs alfabets (Ront les cinq de Persépolis se distinguent encore dé ceux qui sont gravés sur les briques de Babilone), elle a été adoptée par plusieurs nations, qui l’ont extrêmement modifiée, en formant de nouveaux alfabets, à l’aide de deux signes fondamentaux. Il faut croire que (3) son origine remonte bien au-delà de la domination persane, puisque, dès cette époque,
(1) Planche a de la traduction française de M. J. Raymond.
(2) Cette note m*a ^td fournie par M. Fe'lix Lajard , mon collègue à PAcadcmie des Inscriptions, qui a formé la riche collection que je possède. J*ai tu deptiis dans la bibliothèque de M. le baron de Sacy Pouvrage anglais de Claudius James Rich, publié à Londres en 1818 sous le titre de Second Memoir^on Bahylon. 11 y a un grand nombre de planches écrites avec les mêmes caractères que la mienne, à laquelle ressemble beaucoup la planche 8. Elle est composée de même de trois lignes et d’un nombre de caractères à peu près pareil, mais avec quelque dilTérence dans les signes.
( 3 ) De la politique et du commerce des peuples de l’antiquité. II, 4 ^^ ‘
ART. LXVIII. ÉCRITURE CUNÉIFORME. SJqS
elle parait déjà sous trois formes sur les monti> mens de Persépolis; et il ne serait pas difficile de déterminer avec certitude le lieu qui l’a vu naître (i). On peut conclure, en effet, de tout ce qui précède, qu’elle était déjà très-ancienne à Persépolis, et qu’elle avait été employée par l'ancien Zoroastre, qui habitait la Bactriane. Ce fut lors de la destruction de ce royaume par Ninus , que les prêtres caldéens, portèrent en Assirie leurs livres , leur langue et leur écriture. Cef événement qui tient aux connaissances historiques, n’appartient pas à ce Mémoire ; mais on peut tirer des ouvrages même de Zoroastre la certitude qu’ils n’ont été composés ni en Perse, ni en Assirie, empires qui n’existaient pas encore de son tems, et dont le nom même n’était pas connu. Je reviendrai sur ce sujet dans un second Mémoire qui suivra celui-ci. Je me contenterai d’observer ici, d’après M. Hceren, que (a) les Caldéens ou Mages étaient uneclasse de prêtres qui exerçaient unegrande influence sur le gouvernement, au moyen de leurs prophéties et de l’astrologie (a). C’est ce qui constituait la magie dont l’ancien Zoroastre était l’inventeur, en même tems que le fondateur des Mages (3). . “
(i) De la politique et du commerce des jieuples de l’antiquité, p. 4 i3.
(a) Id. p. ng.
(3) Histoire naturelle de Pline, livre XXX, chap. i.
agtj ITSAGF. DE I.’ÉCRITÜKE EN GRÈCE.
Conclusion.
LXIX. On a vu qu’à l’époque de l’existenre d’Homère, l’écriture était connue en Égipte depuis plusieurs siècles, ainsi que l’usage du papier; les Chinois, les Persans, les Indiens , les Caldéens, avaient même aussi, depuis plusieurs siècles, leurs méthodes d’écriture et leurs manières d’écrire. Comment les Grecs, à l’époque d’Homère, ellongtems auparavant , auraient-ils ignoré un art aussi utile ? Comment les poètes auraient-ils négligé cet admirable moyen de transmettre leurs ouvrages à la postérité la plus reculée? Homère surtout, qui avait passé sa jeunesse chez un grammairien dont la profession était d’enseigner l’écriture, qui avait été adopté par ce grammairien, qui avait voyagé avec les Phéniciiyis après la mort de ce père adoptif (i), qui avait été en Égipte, où même uneépigramrae de l’Anthologie grecque (9.) dit qu’il était né, a-t-il pu ne pas s’instruire d’un art qui lui était si nécessaire? Serona-nous surpris qu’Hérodote ait dit (3) que ce poète avait fait des observations par écrit sur les peuples qu’il avait
(i) Ces faits sont constatas par l’auteur de la yie d’Homère qui, s’il n’ètait pas Hérodote, était du moins antérieur à Tatien, c’està-dire qu’il vivait environ du tems d'Auguste. Son authenticité a été admise par Eustathe , qui avait consacré à l’étude d’Homère sa vie presqu’entière, et qui a cru qu’Hérodotc l’avait composée. De quel droit voudrions-nous la contester aujourd’hui ?
(aj Livre III , titre XXV, épigr. 7 .
(3) Vie d’Homère ,§ 6 .
• ART. LXIX. CONCLUSION. 2f)7
visités, et qu’il a si bien caractérisés dans se.s immortels ouvrages?
Sans doute une nation guerrière méprisa longtems les arts sédentaires. Le poème intitulé Roman de la Rose , commencé par Guillaume de Lorris, vers l’an laSofi), a été composé dans un tems où les chevaliers se fesaient honneur de ne pouvoir donner leur signature, où la bibliothèque de nos rois commençait à se former, et ne se - composait que d’un petit nombre de volumes. Ce poème n’a-t-il cependant pas été écrit? Quelqu’un a-t-il osé dire du moins jusqu’à présent que l’ouvrage ait été composé sans un secours si nécessaire à ceux qui veulent éterniser leurs pensées? N’avons-nous pas des manuscrits français bien plus anciens? Le maréchalde Champagne, Geoffroi de Ville Hardüuin,qui vivait au moins quarante ans avantGuillaume cleLoRRis, lorsqu’il composa Thistoiro si curieuse de la conquête de Constantinople , ne l’écrivit poi nt; mais il la dicta (a). L’écriture n’estelle pas nécessaire à la formation d’une langue ?
Les Américains n’ont que des jargons, c’est-à-dire des idiomes restreints à l’usage d’un petit nombre • de familles. Don Félix de Âzara (3), après avoir séjourné vingt ans dans l’Amérique méridionale,
(i) Voyez l'article Loamsdans la Biographie unirersclle.
( 3 ) Id. art. Ville Hardouin. Voyez sur cet auteur le tome XIII delà France littéraire, que l’Académie Tient de publier.
(3) Véyez la traduction de ses voyages, par M. C. A. Walckenaer, notre président actuel. Paris, iSog.
ag8 ÜSAGE DE l’ÉCRITDRE en GRÈCE.
eu qualité de commissaire des limites espagnoles dans le Paraguaî, y a compté trente-cinq langages différens. Il croit pouvoir présumer, sans exagération, qu’il y a bien encore six antres langues parmi les nations qui sont à l’ouest des Pampas , autant parmi celles du sud , et huit parmi les anciens Indiens de la province de Cbiquitos. Cela fait en tout cinquante-cinq idiomes très - différens; et, sous ce rapport, ce n’est pas, selon lui, une supposition outrée de croire que dans toute l’Amérique, il y avait mille langues différentes, c’est-à-dire plus que dans toute l’Europe et dans toute l’Asie.
L’écriture seule a le privilège de fixer les langues, et, quoiqu’elle ne puisse en empêcher toutes les altérations, elle empêche du moins que ces aU térations ne dénaturent absolument le- langage, , Ainsi, lorsque nous voyons dans un pays une langue parlée uniformément par un grand nombre d’hommes, nous pouvons en conclure que l’écri» ture y est connue.
Avant même que notre langue fûf formée’, nous écrivions le latin et même le grec, en sorte que chez nous l’écriture a précédé la langue. J’avais conjecturé que l’écriture avait été enseignée aux Égiptiens par les Éthiopiens. L’un de mes motifs avait été l’usage de \amyris papjrrifera, arbre ^ commun en Éthiopie, et qui ne se trouve pas en Égipte. L’écorce de cet arbre, dont M. Delille a eu la bonté de m’envoyer un fragment, a Pappa-