IDO ESSAI SUR I. UNIVERSALITÉ
ses admirateurs, courant affronter les glaces du pôle et le soleil dévorant de l'équateur, pour confirmer ces vérités éternelles, que le sage anglais avait devinées par la seule force de son génie. L'histoire naturelle allait sortir du cahos, sous les auspices de Buffon , de Jussieu , de Daubenton ; cette étude, si attrayante et si variée, reprenait, sous la plume de l'immortel auteur des Époques^ un charme qu'elle n'aurait jamais dû perdre. T^a médecine et les travaux qui s'y rattachent, devaient, aux profondes méditations de Tissot, de Bordeu , de la Peyronie, la gloire de prendre rang parmi les sciences qui honorent et consolent l'humanité. On entrevoyait déjà l'époque où la chimie elle-même, regardée jusques-là comme un art conjectural et trop souvent dangereux % allait devenir, par les admirables découvertes des Lavoisier, des Guyton, des Fourcroy , des Berthollet, l'un des instruments les plus précieux pour l'étude de la na-
'• On se rappelle que le duc d'Orléans, régent, s'occupait avec beaucoup de zèle de celte science , sous les auspices de Humbert. Il avait même fait établir, au Palais-Royal, un laboratoire, où il s'exerçait avec ce dernier; ce fut le prétexte des atroces calomnies répandues contre ce prince, dans les mémoires du temps, et surtout, dans les célèbres Philippiques, au sujet de la mort soudai iie de plusieurs membres de la iiaiuillc royale.
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lure et pour les travaux industriels '. Enfin, l'art même de gouverner, la science si grave et si difficile des lois qui régissent les empires, l'étude, plus difficile peut-être, de l'homme et de ses facultés , étaient réduits en principes ; et les écrits de Montesquieu, de Condillac, de Rousseau, de Mably , préparaient à la postérité de nouvelles sources de lumières, que l'âge précédent n'avait point connues.
Un autre caractère du dix-huitième siècle, fut l'étude et même l'imitation, quelquefois heureuse, de la littérature du nord , jusqiies-là presque ignorée parmi nous. De rares exemples en ce genre avaient été donnés pendant le règne qui venait de finir. C'est ainsi que l'auteur de Manlius, Lafosse (mort en 1708), avait transporté, sur notre scène, quelques unes des beautés delà Denise sauvée d'Otway , imitée elle-même de l'histoire, un peu trop vantée peut-être, de la
' Il est presque inutile de rappeler ici les immenses services rendus, dans ces derniers temps, par la chimie, à l'industrie et aux sciences. La fabrication de l'alun et de quelques autres sels, de la soude, de plusieurs acides nouveaux et du sucre de betteraves; l'ingénieuse création des eaux minérales factices; l'art du blanchiment-berlhoUien , les appareils de's infectants, l'éclairage par le gaz, les perfectionnements apporle's à l'art de la teinture et à la me'tallurgie , la découverte de plusieurs me'dicaments précieux et énergiques, etc., sont dus uniquement aux progrès ipie lacliiniie a faits, parmi nous, depuis trente ans.
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Conjuration espagnole par l'abbé de Saint-Réal. On pouvait citer encore quelques autres imitations, mais en bien petit nombre; et en effet, quels modèles, quelles sources nouvelles de beautés, des hommes dont la langue n'était point formée et que leur génie même sauvait à peine de la barbarie , auraient-ils offerts aux grands écrivains du siècle de Louis XIV? La difficulté, ou plutôt la nullité presque absolue des communications littéraires, ne permettait pas même à ceux-ci d'employer ime telle ressource, dont leur admiration exclusive pour l'antiquité eût peut-être dédaigné de faire usage ^
Nous n'avons point encore parlé spécialement des lettres, et pourtant il est juste d'avouer
* On peut présumer pourtant, d'après le passage suivant de l'art poétique, que le sévère Despréaux avait eu connaissance du chef-d'œuvre épique dont s'enorgueillit l'Angleterre :
C'est donc bien vainement, que nos auteurs déçus,
Mettent, à chafjue pas, le lecteur eu enfer, N'offrent rien qu'Aslaroth, Belzébuth, Lucifer.
Et quel objet, enfin, à présenter aux yeux.
Que le diable, toujours hurlant contre les cieux, etc.
(Art Poétique, chant m.)
Nous savons bien qu'on a voulu appliquer exclusivement ce passage à la Jérusalem délivrée, désignée d'ailleurs, expressément, dans d'autres vers du même morceau; mais, outre que dans te poënie, on ne met pas, h chaque pas , le lecteur en
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qu'elles jetèrent un éclat assez vif pendant ie dixhuitième siècle, inème à côté des souvenirs, encore vivants, des beaux jours de Louis XIY. Peut-être n'a-t-on pas assez remarqué que la littérature prit alors un caractère nouveau, en s'alliant, comme nous l'avons déjà dit, avec les sciences , auxquelles jusqu'alors elle était demeurée presque étrangère. Elle sut leur emprunter bientôt de précieuses richesses, tandis qu'elle leur prétait, à son tour, le charme qui s'attache à de grandes vérités exprimées dans un style clair, précis, harmonieux et souvent sublime, tel, en un mot, que celui des pages admirables de l'Histoire naturelle , de l'épitre à madame du Châtelet, et du discours préliminaire de l'Encyclopédie.
enfer (ce qui, au contraire, s'a])plique très-bien au Paradis Perdu), il n'y a aucune impossibilité à ce que Boileau ait connu, vers 1680, un livre qui avait e'ié publié en 1667, et dont l'auteur avait séjourné quelque temps à Paris, sous le ministère de Richelieu. On a prétendu, il est vrai, que ce poème, dont les Anglais se montrent si fiers aujourd'hui, était demeuré à peu j)rès inconnu chez eux jusqu'au temps d'Addisson. Cette assertion a été victorieusement combattue par plusieurs érudits, et en particulier, dans un de nos meilleurs journaux littéraires. (Voyez ie Globe du 6 septembre iSaS, n" i54.) On apprend dans cet article , qui paraît avoir élé rédigé sur des documents certains, que, dans l'espace de deux ans après la publication du Paradis Perdu, il s'en vendit i,3oo exemplaires, et 1 1,000 pendant les onze années suivantes, ce qui était ccrlainenieul Irèseonsidérable pour l'épo([Uc.
l54 ESSAI SUR l'universalité
Il n'est donc pas exact, à ce qu'il nous semble , de dire, comme l'auteur de la Henriade, « que le « génie n'a qu'un siècle, après quoi il faut qu'il « dégénère ; » et que « vers le temps de la mort de « Louis XIV, la nature sembla se reposer, » comme épuisée, sans doute, par les merveilles qu'elle avait produites '. C'est, ainsi que l'observe judicieusement le cardinal Maury, parler de la nature en poète, et non en métaphysicien, et l'immortel écrivain que nous nous permettons de combattre, nous offrirait lui-même, s'il en était besoin, la plus brillante réfutation de son système.
Ce fut, en effet, à cet homme extraordinaire, phénomène prodigieux tel que les lettres n'en avaient pas encore produit, que le dix-huitième siècle dut la plus grande partie de sa gloire, et de cette impulsion nouvelle qui sembla le diriger dès le commencement. Voltaire , dit M. Vil-
' Il est très-singulier que dans une ode de sa jeunesse, citée par Laharpe (Cours de Littérature, chap. 8, sect. i*^^, de l'ode), Voltaire ait démenti, d'avance, celte même assertion, par les vers suivants :
Loin d'ici ce discours vulgaire, Que l'art quelquefois dégénère, Que tout s'éclipse, tout languit :
La nature est inépuisable, Et le génie infatigable Est le Dieu qui la rajeunit!
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lemain, fut le conservateur du goût, le représentant de la poésie française, le créateur d'une prose originale : trois titres qu'un autre homme n'a point réunis. Légataire de Ninon , contemporain de La Motte et de Fonteneile, de Condorcet, de Francklin et de Bailly; touchant ainsi, par les deux extrémités de sa longue carrière, aux derniers jours de Louis XIV et à l'aurore de cette révolution terrible qui brisa le trône de nos rois, il réunit à-la-fois les traditions littér.iires du grand siècle, et l'esprit philosophique de celui qu'il semble, en quelque sorte, représenter à lui seul. Dès ses premiers pas dans la carrière, il s'était placé avec honneur parmi les maîtres de la scène ; il lui fut donné de surpasser encore de si brillantes espérances. Poète épique ou tragique, conteur, historien, philosophe, également inimitable , soit qu'il revête , d'une poésie pleine de grâce et de facilité, les idées mêmes les plus ordinaires; soit que, dans cette prose dont il semble s'être réservé le secret et avec cette critique qu'il introduisit le premier dans l'histoire, il raconte les révolutions des empires, ou les prodiges du grand siècle, ou les aventures merveilleuses de deux monarques du nord; soit enfin, qu'il orne des couleurs les plus riches et les plus brillantes, les découvertes du grand Newton, dont il fut, parmi nous, le pre-
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mier disciple; son génie embrasse tout, embellit tout, et s'efforce, en courant, de tout approfondir. L'immense collection de ses œuvres, si étonnamment variée, s'élève, entre le dixseptième siècle et celui dont nous avons vu les derniers jours, comme ces montagnes majestueuses, posées par la nature sur les confins de deux états, et couronnées de mille végétaux divers, qui, par leur forme, leurs fruits et leur organisation, semblent appartenir à des régions et à des climats opposés.
Heureux si, usant du talent le plus rare et delà facilité la plus merveilleuse qu'il ait peut-être été donné aux hommes de posséder, il n'eût pas cédé trop souvent à la dangereuse tentation d'en abuser! Heureux surtout si, dédaignant une gloire trop facile, il eût rougi d'attacher son nom à des ouvrages que repoussent à la fois la religion, les mœurs, le goût même et toutes les convenances sociales! Ce tort est grave, sans doute , et s'il ne doit pas affaiblir notre vive admiration pour le génie de Voltaire, il s'accroît encore de tous ceux d'une foule d'écrivains peu estimables, dont la licence surpassa la sienne» encouragée, en quelque sorte, par des exemples qu'une telle autorité rendait encore plus contagieux.
Voltaire, dit Rivarol, ajouta, à l'universalité
DE I.A LANGUE FrxANÇAISE. i bn
(le la langue française, sa propre universalité. Porté par d'innombrables succès à la tète de notre littérature, véritable souverain de la république des lettres, le moindre de ses suffrages, un simple billet de sa main, étaient recherchés avec autant d'empressement que l'avaient été jadis les faveurs magnifiques de Louis XIY. 1! est donc facile de concevoir combien dut contribuer à répandre, au dehors, l'usage d'une langue qu'il enrichissait de tant de cîiefs-d'œuvre, cet écrivain si fécond , si ingénieux et si attrayant , dont le moindre opuscule, avidement saisi au moment de son apparition, reproduit aussitôt par toutes les presjfes de l'Europe, allait exciter, jusqu'au fond du nord , le goût et la pratique de notre idiome national. Nous avons vu combien , sous le règne précédent, cette pratique était devenue générale; nous en citerons deux nouveaux exemples, rapportés par Voltaire luimême, et que leurs circonstances rendent singulièrement curieux. Lorsqu'après les rapides succès de Charles XII, la belle comtesse de Kœnigsmarck, mère du maréchal de Saxe, fut envoyée par le roi Auguste près du jeune vainqueur de Narva, pour lâcher d'en obtenir des conditions moins rigoureuses, elle lui présenta, dit Voltaire, une pièce de vers français où elle célébrait, d'une manière pleine de grâce et de
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délicatesse, les vertus un peu sauvages du conquérant de la Pologne ". Dans la même histoire, nouslisonsune déclaration de StanislasLeczynski, de ce bon prince, dont une contrée de la France chérira toujours la mémoire, et dont le sang s'est mêlé à celui de nos rois. Cette pièce contient sa renonciation au trône de Pologne; et quoiqu'elle présente quelques incorrections de style ^, ce n'en est pas moins une preuve bien
' Histoire de Charles XII, liv. ii ; l'auteur ne rapporte de cette pièce que les vers suivants, qui la terminent :
Enfin, chacun des dieux, discourant à sa gloire, Le plaçait, par avance, au temple de mémoire; Mais Vénus ni Bacchus n'en dirent pas un mot.
2 « Ce fut alors que le roi Stanislas , voyant l'état de'plorable
«de tant de provinces , assembla les généraux suédois qui
« défendaient la Poniéranie avec une armée d'environ dix à onze
« mille hommes Il leur proposa un accommodement avec le
«roi Auguste, et offrit d'en être la victime. Il leur parla en «français ; voici les piopres paroles dont il se servit, et qu'il « leur laissa par un écrit que signèrent neuf officiers généraux.... : « J'ai servi jusqu'ici d'instrument à la gloire des armes de la « Suède; je ne prétends pas être le sujet funeste de leur perte. « Je me déclare de sacrifier ma couronne et mes propres inté- « rêls à la conservation de la personne sacrée du roi , ne voyant o pas humainement d'autre moyen pour le retirer de l'endroit «où il se trouve.» (Histoire de Russie sous Pierre le Grand, chap. IV.) Voltaire observe en note, qu'il a cru devoir laisser la déclaration dix roi Stanislas telle que ce prince la donna, mot à mot, la pièce en devenant plus authentique, sans en êiro moins respectable.
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remarquable de ruuiversalité de notre langue, que de voir écrire en français cet acte si important, qui a influé sur les destinées de l'Europe, et qu'adressait un prince polonais à des souverains allemands ^
Quelques années plus tard, lorsque ce même prince faisait admirer, aux peuples de la Lorraine, la bienfaisance et la philosophie sur le trône, il ne dédaigna pas d'entrer en lice avec le célèbre citoyen de Genève, et de défendre contre lui, dans un ouvrage purement écrit en notre langue, la cause des lettres, des sciences et de la civilisation. Ce n'était pas, sans doute, la première lutte établie entre une tète couronnée et un écrivain illustré par son seul talent; mais la politesse
II a paru, en 1765, sous le titre cV OEuvres du Philosophe Bienfaisant , divers ouvrages français de ce prince, sur des objets de philosophie, de morale et de politique : on y remarque une instruction adressée à sa fille, qui allait devenir reine de France. On a publié depuis peu un choix de ces œuvres , qui paraît fait avec soin. (Paris, 182 5, i vol. in -8".)
' Une autre lettre , que Charles XII força le roi Auguste d'e'crire à son heureux rival , est également en français. Voltaire remarque encore, que le duc de Marlborough , dans ses entrevues avec le roi de Suède au camp d'Altranstadt, lui parla toujours en celte langue. C'était encore en français que cet habile politique conférait avec les Etats-Généraux de Hollande, souvent résolus d'avance, dit l'historien, de s'opposer à ses propositions; et quoiqu'il le parlât fort mal , il finissait toujours pav les persuader. (Histoire de Charles XIF, liv. m. j
i6o Ess/Vi sur. l'univiiRsa^lité
et le sentiment parfait des convenances qni, de part et d'autre, se firent remarquer dans celleci, son motif même, qui présentait comme contestable im principe regardé, jusqnes-là, comme de la plus haute évidence, appartiennent exclusivement au siècle dont nous étudions Thistoire. N'oublions pas d'ajouter que, vers le même temps, le véritable fondateur de la monarchie prussienne, Frédéric, qui sembla ambitionner à la fois la célébrité littéraire et celle des conquérants, avait fait paraître , sous le titre de V Anti- Machiavel , nne réfutation de ces maximes odieuses, dont le courtisan de Borgia semble avoir voulu faire le code des souverains. Ainsi, ces deux augustes écrivains, consacrant à la fois leurs veilles à la défense des lumières, de la morale et de la vérité , empruntaient, pour rendre leurs travaux plus utiles, le secours d'une langue étrangère, et cette langue était encore la nôtre M
■ Frédéric avait été élevé par une dam? fianoaise, protestante réfugiée, autrefois gouvernante de son père; il eut ensuite un précepteur nommé Dnlian , de la même nation, ce qui contribua sans doute à lui donner du goût pour notre langue. (Voj'ez la Biog. Univ. ) Pendant sa jeunesse , ce prince avait entretenu une correspondance avec le célèbre Rollin , et on a conservé des lettres où il le remercie de lui avoir envoyé son Traité des Etudes.
Au reste, il faut observer que Frédéric n'était encore que prince roval, quand il composa l'Anti-lMacliiavel , cl (|ue l'un do
DE LA LANGUE FRANÇAISE. iGr
Sous le ministère qui suivit la régence, Voltaire, que nous venons de citer, fit un voyage à Londres, et y composa en anglais quelques uns des ouvrages dont il se proposait d'enrichir plus tard son pays ^ La nation qui lui accordait alors une noble hospitalité, rendit un digne hommage à son génie et s'honora elle-même, en concourant à l'impression de la Henriade. Ce fut donc, il est juste de l'avouer, à un peuple constamment rival et souvent ennemi de la France , que l'on dut, en partie, la pubhcation du seul poème épique dont nous puissions encore nous enorgueillir. Le poète reconnaissant se plut à propager à son tour, parmi nous, le goût de cette littérature étrangère, inconnue ou dédaignée jusqu'à lui. Ce fut Voltaire, dit Rivarol , qui présenta Locke et JNewton à l'Europe ; nous pourrions y ajouter Pope, Milton et Shakespear, dont il appréciait si vivement les beautés^, tan-
ses premiers soins en montant sur le trône, fut d'en arrêter la publication.
' L'Essai sur les guerres civiles, en tête de la Henriade, le premier acte de Brutus , etc. ( Voyez le Discours sur la trage'die, adresse' à milord Bolingbrocke, au commencement de cette dernière pièce. )
2 Voltaire se repentit, par la suite, de l'estime qu'il avait te'moigne'e pour Shakespear, et il est difficile de rien voir de plus piquant que la colère qu'il exprime à ce sujet, dans une de ses lettres, écrite au moment où Letourneur venait de publier sa
Ib2 ESSAI SUR L UNIVERSALITE
dis que la délicatesse de son goût se révoltait contre les conceptions barbares et monstrueuses, qui dégradent les chefs - d'œuvre de ces deux derniers. Ainsi commençait à s'opérer, pour la gloire des lettres, cet utile et heureux échange de nos trésors littéraires, également honorable pour les deux peuples les plus civihsésdu monde , ces relations pacifiques, dont nous commençons à recueillir les fruits, et qui succèdent enfin à plusieurs siècles de haines , d'injustices et de préventions odieuses ^ !
llaductionde l'Eschyle anglais, qu'il mettait sans façon au-dessus des maîtres de notre théâtre.... « Le sang pétille dans mes vieilles •< veines en vous parlant de lui ; s'il ne vous a pas mis en colère,
« je vous tiens pour un homme impassible Ce qu'il y a d'af-
« freux , c'est que le monstre a un parti en France ; et , pour « comble de calamité et d'horreur, c'est moi qui , le premier, mon- « trai aux Français quelques perles, que j'avais trouvées dans son «énorme fumier; je ne m'attendais pas que je servirais un jour « à fouler aux pieds la couronne de Racine et de Corneille, pour « en orner le front d'un histrion barbare.... Tâchez, je vous prie, « d'être aussi en colère que moi , sans quoi je me sens capable de « faire un mauvais coup, etc. »
' On peut citer , comme preuve de ces nouvelles dispositions de la part de nos voisins, l'accueil qu'ils ont fait à plusieurs savants français et particulièrement à M. Dupin, et la conduite de M. Bowdich, jeune et malheureux voyageur, récemment enlevé aux sciences pour qui il s'était dévoué, et qui, en mourant, a légué à l'Institut de France, ses manuscrits et les résultats de ses dernières découvertes. Madame Bowdich, qui l'avait suivi en Afrique, a imité cet exemple, en s'empiessant de confier les in-
DE LA LANGUE FRANÇAISE. l6^
Cet âge fut encore, quoiqu'on ait paru l'oublier, celui de l'érudition, mais de cette érudition véritable, sage et raisonnée autant que profonde, qui, s'appuyant toujours sur la critique, n'affecte point un orgueil pédantesque, et se contente de rassembler , dans le silence et la retraite, les matériaux précieux que d'autres mains sauront mettre en œuvre. Ces traits caractérisent parliculièrement les travaux, si justement estimés, des membres de l'Académie des Inscriptions , et les immenses recherches des pieux solitaires de Saint-Maur. On se rappelle ce que nos annales et l'étude de nos monuments nationaux doivent aux uns et aux autres , et combien ils contribuèrent à ranimer, en Europe, le goi\t des recherches et des études historiques. Dans le même temps , paraissaient les mémoires de notre Académie des Sciences, dont la célébrité s'est si honorablement perpétuée jusqu'à nos jours; précieuse réunion de tant de découvertes utiles ou d'observations ingénieuses , exposées avec une clarté , une méthode et une précision qui semblent appartenir surtout à notre langue,
strumeats précieux de physique et d'astronomie demeurés dans ses mains, à M. de Beaufort, officier de la marine française, qui tentait alors la route de Tombouctou, en remontant le Se'négal. Ce dernier a malheureusement succombé, à son tour, dans cette périlleuse entreprise (à la fin de i825).
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et qui a servi de modèle à toutes les collections de ce genre , publiées depuis en Europe.
Ce fut, comme nous l'avons déjà dit, vers le milieu du dix-huitième siècle, que l'usage de cette langue devint véritablement universel en Europe ' ; et c'est maintenant qu'il nous est doiuié de contempler notre sujet dans son plus
' On s'expliquera facilement comment cela eut lieu plutôt chez les peuples du Nord , en songeant que les guerres, les alliances, les relations commerciales et politiques de la France, depuis le temps de Henri IV » se portaient surtout de ce côté. C'était d'ailleurs dans les contrées du Nord, que le plus grand nombre des protestants réfugiés avaient trouvé un asile. Enfin le goût des voyages et des communications littéraires était bien plus habituel aux Anglais, aux Allemands et aux autres peuples de celte région de l'Europe, qu'aux nations, généralement moins éclairées, du Midi.
Rhulières, dans son discours de réception à l'Académie, assigne, d'une manière peut-être trop précise, à l'année 1']l\() ( marquée par la publication des plus beaux ouvrages de Voltaire, de Buffon et de Montesquieu, et par celle de l'Encyclopédie), la date d'une révolution nouvelle dans les progrès de l'esprit humain. «Les sciences, dit-il, commencèrent à briller, «et la philosophie succéda aux lettres, comme on avait vu « Aristote succéder à Euripide, Sénèque à Térence, Galilée au n Tasse, et Locke à Milton. Il est remarquable, ajoute l'orateur, « que la même année vit commencer une suite d'événements « malheureux, qui ôtèrent au gouvernement l'estime dont il avait «joui jusque là.... Alors se forma l'empire de l'opinion publique, « et cette expression noble et juste : la dignité de thomnic de » lettres, commença à être habituellement employée. » ( Voyez Correspondance de Grimm, tom. XV, 1787. )
DE LA LANGUI-: FR AINÇAISF. l65
vaste développement. Sur les rives de la Sprée , dans la modeste retraite du philosophe de Sans- Souci, Voltaire, Lamétherie, Maupertuis, d'Argens, forment, au centre de l'Allemagne, une colonie toute française où notre langue règne sans partage, et où le Monarque lui-même, déposant le faste du trône, s'efforce de ne plus paraître qu'un Français aimable et brillant. Une Académie formée par ses soins, dans sa capitale , propose, pour sujet d'un concours, V Universalité de la langue française ^ , et lui érudit allemand ^ partage l'honneur de la victoire , avec l'ini de nos écrivains les plus ingénieux de cette époque. La célèbre autocratrice du Nord rédige , dans cette même langue, le projet d'un code nouveau pour tous les peuples soumis à sa vaste domination; elle écrit familièrement, dans leur propre idiome, à Voltaire, à d'Alembert, à Diderot ^ ; par des offres brillantes , elle attw'e
' Les règlements de cette socie'lé, fondée d'abord par Leibnitz et rétablie par Fre'déric, portaient que tous ses actes seraient rédigés en français. ( Voyez la Biographie universelle, article Fréde'ric II. )
^ M. Schwab, conseiller du duc de Wirlemberg, et dont nous avons déjà cité tant de lois la savante et judicieuse dissertation. ( Voyez l'avertissemeul. )
^ Tout le inonde sait que cette princesse, voulant obliger avec tiélicatesse Diderot, <iiii n'était pas riche, et sachant qu'il cherchait à se défaire de sa bibiiolhèque , la fit acheter pour elle-
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ce dernier dans ses états, et employé tous les genres de séduction pour engager d'Alembert à se charger de l'éducation de son fils, héritier du plus vaste empire de l'Europe \ A peu près à la
même, en lui en laissant la jouissance, avec le titre et le traitement de son bibliothécaire. Peu de temps après, comme ce traitement n'avait pas été exactement acquitté,» Sa Majesté or- '< donna que, pour éviter tout retard à l'avenir, il serait payé sur- " le-champ à M. Diderot cinquante années d'avance , se réser- » vant de prendre ensuite des mesures ultérieures. » ( Corres» jjondance de Grimm, tom. V, 1766. )
Catherine II écrivit encore en français plusieurs ouvrages pour l'instruction de ses petits-fils, son théâtre de l'Hermitage, etc. Ce qui est beaucoup plus remarquable, c'est qu'elle fit publier dans la même langue le traité de paix de Kaïdnargi avec la Turquie ( déjà écrit en russe et en langue turque) , après la campagne de 1774 qui lui donna la Crimée.
Cette princesse illustre, née loin du trône, et qui a si dignement continué et étendu l'ouvrage de Pierre-le-Grand , avait été élevée, comme Frédéric, par une dame française, protestante réfugiée ; elle disait quelquefois en plaisantant , à ce que rappelé ie prince de Ligne, et en parlant de tout ce que la destinée avait fait pour elle : « Que voulez-vous? on m'en avait appris « assez pour me marier dans mon voisinage : mademoiselle Gar- « del et moi nous ne nous attendions pas à tout ceci. »
Elle aimait et lisait volontiers nos vieux écrivains, Amyot et Montaigne : « Je suis une gauloise du Nord, disait-elle; je n'en- « tends que le vieux français, je n'entends pas le nouveau. »
' C'est le même prince, depuis Paul I*^"^, qui entretint plus tard avec Laharpe cette correspondance si connue, où des jugements, dictés par la plus saine critique, se mêlent trop souvent à ceux de la haine et aux plus injustes préventions.
même époque , l'un des princes les plus éclairés de l'Italie, le duc de Parme, arrière-petitfils tle Louis XIV, appelle à ces fonctions si graves et si difficiles, notre célèbre Condillac. Le judicieux Millot écrit, en français, pour cette cour étrangère, les meilleurs abrégés historiques que nous ayons encore aujourd'hui. Au sein de notre brillante capitale, et parmi cette foule d'étrangers idolâtres de ses plaisirs, le savant et bizarre Galiani , l'abbé de Guasco, honoré de l'amitié de Montesquieu, Cérutti, l'apologiste des jésuites et le confident de Mirabeau, tous trois nés sous le beau ciel de l'Italie, enrichissent notre langue de plusieurs ouvrages estimables '. Notre théâtre, jadis humble imitateur des jeux de leur patrie, voit, par un retour aussi singu-
' L'abbé Galiani, napolitain, intimement lié avec Diderot, Grimm, et la plupart des encyclope'distes, et dont on a publié, en 1819, une correspondance très-curieuse, est l'auteur des célèbres Dialogues sur le commerce des blés (1779) , dont Voltaire disait </Me Platon et Molière s'étaient réunis pour les composer. — L'abbé de Guasco, né à Pignerol, l'ami deMontesquieu,qui lui a adressé un grand nombre de lettres que l'on trouve dans ses œuvies ïnèlées , était associé de l'Académie royale des Inscriptions, et auteur de savants mémoires couronnés parcelle société. — Cérutli, né à Turin, d'abord jésuite, défendit avec ardeur la cause de ses anciens confrères après la suppression de l'ordre, et se rétracta ensuite d'une manière peu honorable pour son caractère. Il acquit, par son zèle pour les principes de la révolu-
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lier que flatteur, le vénitien Goldoni, réformateur de la scène italienne, composer en français une charmante comédie ', désormais naturalisée parmi nous. La scène plus modeste de notre opéra comique, présente une particularité encore plus curieuse. Un anglais. Haies , que nous nommons d'Hèle, venu en France assez tard, fournit, à la muse de Grétry, le sujet d'une de ses plus brillantes inspirations ^ , et les jolis opéras de cet étranger ne sont pas moins remarquables par la grâce et la facilité du style , que par une connaissance bien étonnante des régies de notre théâtre. Les correspondances d'Horace
tîon, une sorte de célébrité, et, après sa mort (1792), son nom fut donné à l'une des rues de la capitale. On a de lui un joli poëme sur le jeu des échecs, quelques fables, et une pièce de vers assez connue, intitulée : le Charlatanisme.
' Le Bourru bienfaisant, que l'on joue encore souvent au Théâtre-Français. Grimm observe, dans sa correspondance, «que «c'est un fait presque unique, de voir un étranger donner une «pièce bien écrite dans une langue qui n'est pas la sienne, et « qiCil était loin de parler correctement, moins de cinq ans « auj?aravant. » (Correspondance de Grimm , tom. VIII, 1771 .) Goldoni a aussi donné ses mémoires en français.
^ L'Amant jaloux, auquel on pourrait ajouter le Jugement «le Midas et les Événements imprévus. L'auteur, venu à Paris âgé de plus de trente ans, y mourut à quarante ans, en 1770. Son nom était Haies; mais on l'appelait Hèle, ou d'Hèle, d'après la prononciation anglaise.
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Walpole ' et de Bolingbrocke ^ , la plupart des écrits de Sterne, continuellement entrecoupés de phrases françaises , de jolis vers français publiés par M. Sherlock ^; un Essai sur l'étude de la littérature, et plusieurs autres ouvrages du célèbre Gibbon , écrits dans notre langue avec autant de pureté que de goût ^\ une histoire de la Bas-
' Fils de Robert Walpole, comte d'Oxford, premier ministre sous Georges I^"^ et Georges IL On lui a attribué une lettre trèscurieuse et très-piquanle, écrite en français au nom du roi de Prusse, à J.-J. Rousseau, pour lui offrir un asile, et qui fut la cause de la querelle de cet homme célèbre avec D. Hume, à qui il s'obstinait à l'attribuer.
On a publié récemment les lettres d'Horace Walpole à madame du Deffant, avec la correspondance de cette femme célèbre. /( vol. in-8°. Paris, 1826.
* '< J'ai trouvé dans cet illustre Anglais, écrivait Voltaire,
" toute l'érudition de son pays et toute la politesse du nôtre. Je • n'ai jamais entendu parler notre langue avec plus d'énergie et « de justesse. >; ( Corresp. , tom. I^"^, lettre à Thiriot, du 1 janvier 1722. )
^ M. Sherlock qui a donné , en français, des lettres sur Shakespear, dont Laharpe a parlé avec éloge dans sa correspondance, était de la même famille que le célèbre auteur du Traité de la mort et de la vie éternelle. Il écrivait avec grâce dans plusieurs langues de l'Europe, et a publié, en vers français, des Conseils à un jeune poète, où il rend noblement hommage aux grands écrivains qui ont illustré notre pays.
■» Edouard Gibbon, né en 1787, savait si bien le français, qu'il a donné dans cette langue une partie de ses ouvrages. Il ne commença quasse/. tard à composer en anglais, et ses observalions sur le sixième livi-e de l'Éuéide sont le premier écrit qu'il ait ainsi publié (1770).
lyO ESSAI SUR L UNIVERSALITÉ
tille, un Essai sur la littérature française et des Mélanges publiés par M. Crawfurd (le même qui nous a conservé les curieux mémoires de madame du Hausset) , font voir combien l'usage du français était devenu familier en Angleterre. Nous nous garderons d'oublier ici une traduction en vers du poëme d'Hudibras, de Samuel Butler, écrite avec une heureuse facilité et en style marotique, par M. Towneley, officier anglais au service de France ^ Le célèbre Haller, l'un des hommes les plus extraordinaires des temps modernes , écrit , dans notre idiome , deux romans, un dialogue et quelques autres morceaux, avec une élégante précision. La plupart des princes du Nord : le roi de Danemarck, l'infortuné Gustave III, le frère du grand Frédéric, l'empereur Joseph il, le fils de Catherine (depuis son successeur) visitent presque en même temps la France, devenue, plus que jamais, le sol classique de la civilisation; ils assistent aux séances de nos Académies , reçoivent leurs hommages, et y répondent en français avec autant de facilité que de bienveillance. C'est ainsi, comme nous l'avons dit ailleurs, qu'à une époque déjà
' Cette traduction, très-curieuse et peu connue , a été publiée à Londres, en 1757, par l'ahbé Tuberville-Needham, en 3 vol. in-i-2, et réimprimée à Paris, 1819.
reculée, Pierre-le-Grand, Christine et Jean Casimir étaient venus visiter notre jDatrie, où le dernier se fixa même tout-à-fait. Et nous aussi, pendant cette courte période de vingt ans, qui a déjà pour la génération actuelle toute la solemnité de l'histoire, nous avons vu, deux fois, les héritiers de ces mêmes monarques visiter notre capitale, et rendre un juste hommage à la métropole des arts, des lettres et des sciences; mais que les temps étaient changés, et quelle différence dans ces royales visites!
Tous ces souverains encourageaient à l'envi l'étude de notre littérature, et l'usage de notre langue, qu'ils parlaient habituellement dans leurs cours ^ Le prince de Ligne, l'Hamilton de la Belgique, né sujet de l'Autriche et général au service de cette puissance, écrivait, d'un style étincelant d'esprit et de vivacité , des lettres que
' Parmi les associes libres étrangers attachés à l'Académie des Inscriptions, de 1754 à 1779, on remarque les cardinaux Quirini et Passionei, le marquis 3Iaffei, milord Chesterfield, l'abbé de Guasco, le prince Massalski , évèque de Wilna, le Landgrave régnant de Hesse-Cassel , Frédéric II , le prince Jablonowsky , palatin de Nowogorod, le P. Pacciaudi, théatin , historiographe de Malte, etc.
Les prix proposés par cette société, à Pâques et à la Saint- Martin, étaient très-souvent remportés par des étrangers, dont plusieurs obtinrent ainsi la laveur d'être re^us dans son sein.
Voltaire n'eût pas désavouées ^ Beaucoup de grands seigneurs russes, allemands, polonais, suédois, faisaient avec grâce des vers français; le comte de Schouwaloff, l'un d'eux, adressait à notre célèbre Ninon une épître, que l'on a cru d'abord pouvoir attribuer au plus grand poète de ce siècle^. Le baron de Grimm, né Bavarois,
' Il dit, dans un de ses ouvrages, que lorsqu'il apporta à Versailles, en 1759, la nouvelle de la victoire de Maxen , à laquelle il avait contribué , on ne revenait pas de ce qu'il savait si bien le français , et de ce qu'il ne savait pas le hongrois.
Le prince Charles de Ligne, d'une très-ancienne famille belge, mort, il y a peu d'années, avec la réputation d'un des hommes les plus brillants du siècle dernier, a composé un grand nombre de petits ouvrages, presque tous remarquables par la piquante originalité du slyle, et par des observations fines et ingénieuses. Il avait vécu à Paris, dans la société intime de madame Geoffrin et dans celle de madame du Deffant , et , plus tard , à la cour de Louis XVI, où il était aimé et recherché. Il fit un voyage en Russie en 1781 , et fut également bien traité de Catherine; il eut l'avantage de faire, en partie, avec elle et avec l'empereur Joseph II, ce voyage célèbre de Crimée, dont il a laissé une relation si amusante que tout le monde a lue. Ce qu'il a écrit de plus remarquable a été recueilli dans le Choix de Lettres et Pensées (jue nous devons à madame de Staël , dans se«i OEuvres choisies, en 1 vol., publiées par un de ses amis, et dans le recueil, sous le même titre, donné par M. de Pro]iiac.
^ Epitre à Ninon de Lenclos, par le comte André Schouwaloff, chambellan de Catherine IL (Voyez Corresp. de Grimm, toni. IX, 1774.) Cette pièce , un peu trop vantée, offre des passages élégamment écrits, un charmant ])orlrait de Vollaire, et un tableau de la société du Marais au temps de Ninon , trèsrcmanjuable sous la plume d'u 1 grand seignctu" russe.
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rédigeait, avec Raynal et Diderot, cette correspondance composée pour quelques personnages illustres du Nord % et qui donne une si juste idée de l'état des lettres et de la société au dixhuitième siècle. La noblesse polonaise, qui a montré depuis une si vive prédilection pour la France, comptait dès-lors, parmi ses principales études, celle de notre langue^. Le philosophe couronné que Voltaire, dans Tentraînement de sa reconnaissance, avait autrefois surnornmé le Salomon du Nord, a laissé des ouvrages français qui ne sont pas sans mérite, et dont quelques passages ne seraient point indignes d'un de nos bons écrivains^. Le même prince va nous fournir
' La correspondance dont il s'agit et que nous avons déjà i:ilée plusieurs fois, a e'té publiée en trois parties, de 1812 à 181 3. Elle était adressée, particulièrement, à ce que nous apprend l'éditeur, à l'impératrice de Russie, à la reine de Suède, au roi de Pologne, à la duchesse de Saxe- Gotha et à quelques autres princes et princesses d'Allemagne. Elle s'étend de 175'i à i7()o.
^ Voyez Traités de paix des puissances de l'Europe de i552 a 1748, etc., ouvrage public en français à Varsovie, en 1760, et dédié à M. d'Argenson , par le P. Kaliszewki.
3 On trouve dans une de ses épilres, ce vers devenu fameux :
Evilez de Bernis la stérile aboudaiice.
Il faut remarquer ici d'abord, l'expression très-heureuse de stérile abondance, qui a été souvent répétée depuis; on sait ou oulre que ce vers, qui attaquait l'amour-propre d'un ministre
encore un trait bien digne de notre attention. Regardons-le au milieu des plaines de Rosbach, dans cette nuit terrible qui précéda la bataille , lorsque, environné de toutes parts, il se voyait
intimiment uni avec la favorite (alors madame de Pompadour), contribua beaucoup à décider la guerre, aussi impolitique que désastreuse, de 1756. Lebrun à dit à ce sujet, dans son discours en vers sur la bonne et la mauvaise plaisanterie , en parlant de Frédéric :
Il siffla de Bernis la stérile abondance,
Et Beniis sut armer Pompadour et la France.
L'amour-propre offensé ne pardonne jamais.
On connait encore les vers énergiques au sujet de la même guerre, qui se terminent ainsi :
Trois cent mille hommes égorgés, Bernis, est-ce assez de victimes, Et les mépris d'un roi pour vos petites rimes Vous semblent-ils assez vengés ?
Ces vers , attribués d'abord à Voltaire, seraient du comte de Tressan , d'après Grimni, et de Turgot , suivant Laharpe. L'auteur de l'article de Frédéric II, dans la Biographie universelle, qui les cite d'ailleurs inexactement, les attribue à ce dernier, ce qui ne paraît guères vraisemblable. ( Correspondance de Grimm, tom. II, i']^'] , et Correspondance de Laharpe, tom. III.)
On peut croire au surplus que ce prince, qui parlait et écrivait notre langue avec tant de facilité, s'était peu occupé d'en apprendre l'orthographe ; à en juger, du moins, par quelquesunes de ses lettres, qu'on a trouvé à propos d'imprimer scrupuleusement telles qu'elles étaient, il ne parait pas avoir été plus habile en ce genre, que le maréchal de Saxe.
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prêt à perdre la couronne el la vie, ou tout au nïoins sa gloire militaire et ses conquêtes, si chèrement achetées. Que fait-il seul dans sa tente, à cette heure avancée de la nuit? il écrit une épître en vers français , et c'est à Voltaire qu'il l'adresse!... Ainsi, dans ces temps si peu honorables pour nos armes , la gloire de notre langue dictait encore des lois à l'Europe, et conservait à la France le rang que tant de revers devaient lui ôter'.
Nous avons déjà cité, à d'autres époques, les écrivains de Genève; et, en effet, pourrait-on ne pas remarquer le phénomène singulier que présente cette petite nation, presque inaperçue sur les frontières de trois états, qui toutefois a su, depuis long-temps , briller de sa propre lumière,
' C'est à peu près à celte époque , qu'il faut rapporter l'anecdote piquante et assez peu connue, d'une traduction de Bélisaire en langue russe, faite par une société de douze seigneurs el dames de cette nalion, pendant un voyage de plaisir sur ie Woiga. Ce curieux opuscule, dédié à l'évêque de Tweci", Tiû envoyé à Marmonlel , avec une lettre très-élégamment écrite en français el signée des illustres auteurs, parmi lesquels on remarque les comtes Orloff, Schouvvaloff , Czernicheff , etc. ( Correspondance de Grimm, tom. VI, 1768.) On a encore altéré celle anecdote dans la Biographie universelle , à l'article de Catherine I[, en supposant que ce fut elle-même qui ordonna cette traduction à laquelle elle prit part, avec une partie de sa cour, dans un voyage sur le Wolga ou sur le Borysthène, et qu'elle la fil dédier à l'archevêque de Saint-Pétershourg.
I yG ESSAI SUR l'universalité
et dont les hommes célèbres se sont fait un nom en comjDosant clans notre langue , et ajoutant ainsi aux richesses d'une littérature étrangère ? Mais en même temps, qui de nous, dérogeant à une habitude qui a pour ainsi dire force de loi, refuserait de compter parmi les écrivains français le célèbre auteur d'Emile et du Contrat-Social , qui a voulu vivre et mourir en France, et qui y a trouvé tout à la fois sa célébrité, sa retraite la plus chérie, et jusqu'à ses malheurs imaginaires? Qui voudrait regarder comme étrangère l'illustre fille de Necker, pour qui le nom seul de notre patrie avait tant de charme, qui n'aspirait qu'à mourir à Paris , et qui , sur le bord de son beau lac, environnée de tant de souvenirs, tournait sans cesse les yeux vers la France et se regardait comme exilée ^ !
' Nous n'avons nommé ici , parmi les auteurs genevois , que les deux plus célèbres, mais tout le monde se rappellera les écrits et les travaux de Bonnet, de Saussure, de Prévost, de Necker, et de MM. de Sismondi, Deluc, Pictet, DecandoUe, etc., toujours publiés en français , et si honorablement connus de l'Europe savante.
Nous aurions pu citer encore les noms de plusieurs écrivains, nés dans des contrées voisines, et qui ont notablement ajouté aux richesses de notre littérature. Qui ne serait tenté de croire , par exemple , que notre célèbre Ducis , l'abbé de St.-Réal, MM. de Maistre et l'aimable auteur de Caroline de Lichtfield, ont eu la France pour patrie? Nous savons pourtant que Dncis cl St. -Real sont nés en Savoie, comme noire savant BerthoIIet,
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Une vaste entreprise littéraire, qui date de ce même temps, contribua encore à attirer, sur les écrivains les plus célèbres du dix-huitième siècle, l'attention de toute l'Europe. Aujourd'hui que, plus éloignés des faits, il nous est possible de les juger avec plus d'impartialité , le procès de l'Encyclopédie, si vantée et si déchirée tour-à-tour, paraît complètement jugé. On a blâmé avec raison , dans cet immense répertoire des connaissances humaines, une foule d'articles inexacts ou négligés % et un défaut d'ensemble tel, qu'il n'est pas rare d'y voir énoncer dans le même volume des opinions absolument opposées, et de trouver, conime l'a avoué Diderot lui-même, une réfutation, lorsqu'on venait chercher une preuve. On a jugé peu convenable la forme de l'ouvrage,
comme l'auteur des Soirées de Saint-Pétersbourg et celui du Voyage autour de ma chambre , et que Lausanne est la patrie de madame de Crouzas, si connue aujourd iiui sous le nom de baronne de Montolieu.
• Il ne faudrait pas en attribuer tout le tort aux auteurs de l'Encyclopédie, s'il est permis de s'en lapporter à une lettre foudroyante, écrite à ce sujet par Diderot à Lebreton, imprimeur du roi, l'un des éditeurs de cet ouvrage, où il l'accuse formellement d'avoir tronqué et mutilé la plupart des articles qui lui étaient adressés, et d'avoir détruit, à mesure, les originaux. On ne comprend guères comment une pareille manœuvre (qui, à ce qu'il paraît, n'avait eu lieu que pour les dix derniers volumes), a pu sembler excusable à l'auteur de l'article Diderot de la Biographie universelle.
qui promène sans cesse le lecteur, d'un point de morale ou de géographie, à un fait d'histoire ou à un instrument des arts et métiers , introduisant ainsi la confusion la plus fâcheuse, là où l'ordre et la méthode étaient surtout indispensables ^ On y a blâmé plus vivement, et avec plus de raison encore, des principes irréligieux et immoraux, qui paraissent avoir trop souvent présidé à la composition générale du livre, et contre lesquels, il faut l'avouer, les noms des deux fondateurs étaient loin d'offrir une garantie. Mais peut-être aussi, n'a-t-on pas rendu assez de justice à la belle et généreuse pensée de rassembler, dans un seul corps d'ouvrage, ce vaste tableau de tout ce que le génie de l'homme peut embrasser; que seuls, dans les temps antiques, Aristote et Pline avaient essayé d'offrir aux regards de leurs contempo-
' Voltaire a dit, avec autant de raison que de goût, en parlant du beau discours placé en tête de cette vaste composition , et qui est, comme on sait, de d'Alembert, que c'était un ])ortique majestueux conduisant à des ruines. Ce défaut de méthode a été corrigé par la rédaction d'une Encyclopédie méthodique ou par ordre de matières, commencée par Panckouke en 1782, et qui doit être terminée en ce moment. Il ne faut pas oublier de remarquer que l'on s'occupe aussi, depuis peu, d'une Encyclopédie moderne (sur le plan de la première), dont la modeste publication se poursuit presque incognito et sans le plus léger scandale. 11 faut avouer que les tem[)s sont bien changés, et (jue c'est le cas dr dire : hahent sua fata libelli....
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lains, que quelques savants du moyen âge se vantaient de retracer , mais dont la prodigieuse étendue épouvanterait aujourd'hui la faiblesse d'un seul homme.
Quoi qu'il en soit , la publication de ce grand ouvrage produisit un effet extraordinaire; il se répandit avec rapidité dans toute l'Europe, et les souverains du Nord, surtout, l'accueillirent avec un empressement, plus généreux peut-être que réfléchi. Les encyclopédistes, poursuivis par la Sorbonne et les parlements, trouvaient un asile et une protection active en Allemagne, en Prusse et en Russie. Il n'y a point aujourd'hui de nation civilisée chez qui l'on ne rencontre cette volumineuse collection ' ; et l'on sent combien elle dut contribuer, par elle-même et par la célébrité de ses auteurs, à la propagation de notre langue.
L'éclat inattendu que répandit bientôt mais pour quelques instants, la marine française, semblable à un flambleau qui, prêt à s'éteindre, jette de plus vives étincelles, se joignit encore aux causes que nous venons de retracer. Dès le commencement d'un règne qui s'annonçait sous les plus heureux auspices, et qui devait se ter-
■ Dans ces dernières années, un naturaliste français, visitant la presqu'île en-deçà du Gange, a trouvé, chez le Raja de Tanjaor, un exemplaire de l'Encyrlopédie méthodique.
l8o ESSAI SUR l'universalité
miner par une si horrible catastrophe , les beaux jours de Louis XIV semblèrent renaître pour nos marins. Les Tourville, les Du-Guay-Trouin , les Duquesne, trouvaient de dignes successeurs dans les Suffren, les Lamotte-Piquet, les d'Estaing, les d'Orvilliers; la mer, redevenue libre, reconnaissait enfin les vaisseaux du roi de France, et le pavillon arboré sur les remparts de la Grenade était le même que l'audacieux Du-Guay avait montré jadis à la capitale du Brésil.
Nos possessions de l'Inde, nos îles de l'Atlantique, ces belles et riches colonies dont il ne nous reste aujourd'hui que le souvenir, reprirent pour quelques instants une importance et une activité nouvelles. Les princes de l'Indostan, chez qui vivait encore le souvenir de Bussy , de Dupleix, de la Bourdonnaye, heureux de trouver dans la France une alliée puissante contre l'ambition et les artifices de l'Angleterre , s'empressaient d'accueillir dans leurs ports les marins et les négociants français. Notre langue fit dans ces contrées des progrès rapides, et servit plus d'une fois, sans autre intermédiaire, aux relations politiques et commerciales des deux peuples.
C'est encore à cette prospérité de notre marine, qu'il faut attribuer le succès d'une des entreprises les plus mémorables du dix-huitième siècle, la guerre des colonies anglaises de l'Amérique con-
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tre leur métropole , et leur affranchissement définitif, auquel la France contribua si puissamment. Tels étaient alors, parmi nous, l'impulsion universelle et l'entraînement de ces idées vagues d'indépendance qui fermentaient dans toutes les têtes, que les ministres d'un roi absolu se virent contraints , par la seule force de l'opinion , de protéger des républicains, naguère sujets soumis, armés alors contre leur ancien monarque. Les peuples, aujourd'hui libres et heureux des Etats de l'Union , se souviendront à jamais du zèle que mit l'infortuné Louis XYl à protéger leurs efforts, qui peut-être eussent été inutiles sans son appui, et de l'empressement généreux avec lequel la nation elle-même parut, en quelque sorte, se soulever en leur faveur. Pourquoi faut-il que ces mêmes motifs politiques, cette raison d'état si puissante, qui du moins s'accordaient alors avec les principes les plus évidents de la raison et de l'humanité, enchaînent aujourd'hui nos vœux pour une cause encore plus juste, celle de la croix contre l'islamisme, de la civilisation contre la barbarie, du courage le plus héroïque contre le despotisme le plus lâche et le plus féroce ! Du moins, dans cette lutte sanglante, où le sang des Grecs rougit, après plus de vingt siècles, les flots de la mer Egée, nos vaisseaux se sont montrés partout où il y avait, sans distinction de cause.
des malheureux à secourir, de farouches vainqueurs à désarmer. Dans ces mêmes parages, où l'avarice étrangère fournit, en pleine paix, des armes et des vaisseaux aux éternels ennemis de la croix, le pavillon de France apparaît toujours, à la suite d'un grand désastre, comme un signe de paix et de salut. Sous son abri tutélaire, on a pu voir réunis des réfugiés de Chio ou de Psara, et des Turcs échappés aux déroutes des Thermopyles, bénir en commun cette puissance d'un grand monarque, qui semblait ne veiller que pour les défendre, et ne se faisait connaître que par des bienfaits " !
On s'accorde universellement aujourd'hui, à reconnaître que la guerre de l'indépendance américaine exerça une notable influence sur les destinées mémorables qui se préparaient pour nous. Tous les écrivains du temps peignent des plus vives couleurs l'enthousiasme de nos guerriers, déjà fatigués de dix ans de paix, courant chercher, au-delà des mers, les périls d'une guerre nouvelle, qui, par son motif et par plusieurs de ses circonstances, rappelait les beaux jours de la Grèce antique. On comptait, dans leurs rangs, des noms déjà célèbres ou qui devaient bientôt le devenir; Rochambeau, Biron, Ségur, Bouille,
» Ceci a t?lë écrit en iSaS.
Montmorency, La Fayette, Chastellux, Vioménil, Ijerlliier, Mathieu - Dumas , Miollis, Lameth , d'Aboville, briguèrent, avec un égal empressement, riionneur de combattre sous les yeux de Wasliington; la paix de 1783, qui consacra l'indépendance conquise par leurs exploits, fut une des plus glorieuses que les rois de France eussent jamais signées. Dès-lors se formèrent, entre les deux peuples, des liens de recormaissance et d'hospitalité, dont les honorables traces s'observent encore aujourd'hui. Les proscrits de Robespierre et du directoire, ceux que frappait la tyrannie impériale, les exilés d'une époque plus récente, ont également trouvé, sur les bords de l'Oliio et de la Delaware, un asile, des secours et des amis. Le Français qui parcourt aujourd'hui ces belles contrées, les seules de tout le continent américain que n ait point arrosées le sang de leurs premiers habitants, éprouve une douce surprise d'y rencontrer tant de souvenirs de sa patrie. Ce climat est presque celui de la France : les mêmes productions viennent frapper ses yeux. Plusieurs de ces riches provinces ont été jadis françaises; il y retrouve des noms qui lui sont connus/ , et s'y
' Louisville , Louisbourg, la Louisiane , le lac Pontchartiain, la rWikre française , Fincenncs , Fayctteville, etc. On pourrait citer beaucoup d'autres noms de localités, dus égale-
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voit accueilli avec empressement et cordialité, sur la seule recommandation de son langage national.
Mais ce n'est pas seulement au milieu d'un peuple policé et dans les cités florissantes de ces vastes régions, que le nom français est en honneur; les tribus sauvages qui errent près des grands fleuves de l'Amérique du Nord ou sur les bords de ses lacs, au milieu de ces immenses savanes où la civilisation étend peu à peu ses conquêtes pacifiques, ont admiré la valeur de nos guerriers, et combattirent plus d'une fois sous nos drapeaux. Les souvenirs de Lasalle, de Champlain, de Montcalm, de Jumonville, de nos habiles et courageux missionnaires , ne sont pas effacés chez ces enfants grossiers de la nature , et y survivent encore à la puissance de nos armes. Leurs chefs entretiennent constamment, et avec cette ancienne prédilection, dont peut-être on ne sut pas assez profiter, des rapports avec les établissements, jadis français,
ment au grand nombre d'émigre's français qui ont peuplé l'Amérique du Nord à divers époques; mais il faut remarquer que ces émigrations n'ont été, en général, qu'une conséquence des relations établies entre les deux peuples par la guerre de 1778. L'accueil récent fait à M. de La Fayette (iSaS), et sa marche presque triomphale à travers les provinces de l'Union , sont un témoignage aussi frappant qu'honorable pour nous, delà vivacité de ces souvenirs.
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du Canada et de la Louisiane, où notre langue n'a pas cessé d'être en usage; eux-mêmes s'en servent avec une grande facilité, et nous pourrions en citer des exemples très-curieux^.
' Nous nous bornerons au suivant : dans une séance tenue à Londres, le g juillet iSîS, par la sociélé des Ecoles du Canada qui vient de s'e'tablir, un chef principal des Canadiens qui était pre'sent, demanda la parole; il vota des remerciments en français, au duc de Sussex, prolecteur el président de la société, et S. A. R. répondit dans la même langue. (Le Globe, n" du 19 juillet iSaS.)
Voyez encore ce cjue nous disons sur le même sujet , à la fin de l'article suivant.
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