‹ Essai sur l'universalité de la langue françaiseChapitre 25 sur 29 · JI ESSAI SUR LUNIVEIISALITÉ · texte numérisé non relu

JI ESSAI SUR LUNIVEIISALITÉ

soit dans les relations continuelles établies, de toutes les parties du monde chrétien, avec les chefs de l'Église qui en avaient conservé l'usage ; soit dans l'habitude de plaider et de rendre la justice en latin , habitude qui dut se fortifier encore par l'adoption presque universelle du droit romain; soit enfin, et principalement, dans les ressources que cette langue, complète et dès long-temps arrivée à sa perfection , offrait pour toutes les matières de littérature ou de politique, pour la conversation même, et pour la rédaction des actes civils et religieux. Aussi, était-elle redevenue , au seizième siècle , et même antérieurement, comme nous l'avons dit, une sorte de langue vivante. Cet âge, si brillant, de la poésie italienne , fut aussi celui de la renaissance des Muses latines : ce fut le temps de Vida, Fracastor, Ange Politien, Sadolet , Érasme, Sannazar. Les savants employaient volontiers le latin dans leurs relations familières ; Pétrarque , qui devait être l'un des créateurs de la langue de son pays, ne regardait ses admirables canzoni que comme des amusements de sa jeunesse, et n'avait voulu écrire qu'en latin l'ouvrage sur lequel il croyait fonder sa réputation littéraire. Cicéron et Virgile étaient devenus les objets d'une sorte de culte'. Plu-

' Charpentier (préface de la Défense de la Langue fran-

sieurs souverains entendaient et parlaient le latin avec une grande facilité. La reine Elisabeth répondit en cette langue aux ambassadeurs de France et d'Espagne , au sujet de la captivité de Marie Stuart. On comprend, toutefois, que cet état de choses ne devait se maintenir que jusqu'au moment où les langues vivantes, successivement perfectionnées, pourraient enfin se suffire à elles-mêmes. Il cessa précisément à l'époque où la supériorité de la langue française commençait à s'établir plus solidement que jamais, c'est-àdire, vers les premières années du règne de Louis XIV , ou à la paix de Westphalie , signée en 1648.

A l'époque que nous venons de fixer, les progrès du commerce et de la civilisation, nos guerres antérieures avec l'Itahe, les commotions violentes et continuelles du protestantisme, la guerre de trente ans, et les triomphes du grand Gustave auxquels la France avait pris une part si active

çoise, etc. ) , cite un auteur italien de ce temps , qui a affirmé , dans un de ses dialogues, qu^il aimerait mieux parler latin comme Cicéron, que d'être pape. Un autre italien, Romulus Amazœus , haranguant à Bologne le pape Clément VII et Charles- Quint, proposa de rétablir l'usage du latin pour la noblesse seule, et de renvoyer le vulgaire, dans la boutique des artisans et dans les -villages. Scalii^er s'e'crie quelque part : arœ Virgdiol Le cardinal Bembo conseillait à un ami de ne pas lire les Epitres de saint Paul, de peur de gâter son style.

I']l\ ESSAI SUR l'universalité

SOUS l'influence de Richelieu ; enfin, nos rapports si fréquents avec l'Espagne , pendant les guerres de la ligue et les troubles de la fronde : tous ces motifs contribuèrent beaucoup à rapprocher, à mêler fréquemment les peuples de la grande fédération chrétienne. Ils ne pouvaient manquer d'établir entre eux des relations intimes, dont la France, par sa double position géographique et politique, se trouvait, en quelque sorte, le nœud. Elle venait d'ailleurs d'accroître son importance sous ce dernier rapport, en dictant, aux conférences de Munster, des lois à la maison d'Autriche et à une partie de l'Europe. Ces divers avantages durent nécessairement influer sur les progrès de la langue au dehors , et nous avons déjà vu ailleurs combien en effet, à cette époque, elle avait étendu sa domination. Il s'agit seulement d'expliquer ici pourquoi cet empire de l'universalité ne lui fut pas alors enlevé par d'autres langues, qui se présentaient avec des avantages au moins égaux, et même supérieurs aux siens, à plus d'un titre.

Sans doute alors, et même à des époques antérieures, l'Italie, demeurée toujours le centre du monde chrétien, aurait pu prétendre à voir sa langue, riche, flexible et harmonieuse, formée d'ailleurs avant toutes les autres et illustrée , dès le quatorzième siècle, par des chefs-d'œuvre.

devenir celle de l'Europe lettrée. Elle semblait même devoir succéder à la langue latine, qui avait été, pendant six cents ans, celle d'une grande partie du monde civilisé, et qui demeurait encore, comme nous l'avons fait remarquer, celle de la religion , du barreau , des sciences et de la diplomatie romaine. Les Italiens, le seul des peuples modernes chez qui le flambeau de la civilisation ne s'éteignit jamais entièrement, et qui, pendant le mo3eu âge, donnaient avec quelque raison, à tous les autres, le nom de barbai^es , s'étaient d'ailleurs dès long-temps éclairés et enrichis par le commerce. Venise avait su se placer, par sa marine, au rang des puissances de l'Europe, et fut plus d'une fois l'arbitre respecté de la paix et de la guerre. Les Génois et les Pisans, au temps des croisades, avaient traité en égaux avec les chefs de ces armées innombrables qui allaient soumettre Jérusalem et Byzance. Les écoles de Bologne, de Padoue, de Ferrare, étaient fréquentées, dès le treizième siècle , par une foule d'auditeurs de tous les pays. Enfin, les vœux, les pèlerinages et les jubilés attiraient encore, vers la fin du seizième , la moitié de l'Europe dans la capitale de la chrétienté. Mais Rome n'était plus alors la maîtresse de l'Italie. Cette belle contrée, divisée en une foule de petits états dont aucun ne formait une mo-

narchie puissante (cause, à la fois, des succès et des malheurs de ces jDeuples ) , toujours conquise par des étrangers à qui elle offrait, tout ensemble, une proie si riche et si facile , ne put jamais exercer en Europe qu'une influence proportionnée à son importance politique. Sa langue comprend, d'ailleurs, une foule de dialectes différents, parmi lesquels le pur toscan a commencé fort tard à prendre le rang qu'il occupe aujourd'hui. Cette littérature, que quelques ouvrages admirables avaient tout-à-coup élevée si haut , retomba avec la même rapidité. Après Pétrarque et le Dante, on ne trouve plus un poète remarquable dans le cours du quatorzième siècle, ni pendant toute la durée du quinzième, et à peine un prosateur après Boccace. L'Italie se releva sans doute et reparut plus brillante encore, pendant ce beau seizième siècle, qui fut pour elle un nouveau siècle d'Auguste ; mais la Toscane , et surtout Florence, où se formait alors le dialecte qui devait un jour l'emporter sur tous ses rivaux, n'avait pas une importance politique plus grande que celle de Venise , de Rome , et surtout de Ferrare , qu'illustrait déjà l'Arioste et où allait s'élever Le Tasse. Ce nouvel éclat fut passager, et la littérature italienne s'obscurcissait de nouveau , à l'époque même où toutes les autres commençaient à s'enrichir, et allaient, à leur

tour, fixer l'attention des étrangers. Enfin, les succès du protestantisme, élevant entre Rome et tout le Nord une barrière insurmontable, s'opposaient puissamment à l'introduction de la langue italienne dans cette dernière région de l'Europe.

L'Espagnol réunissait une partie des avantages que nous venons de signaler, et pouvait y en ajouter beaucoup d'autres. Cette langue était très-répandue au commencement du dix-septième siècle; ses écrivains étaient imités partout; le j premier chef-d'œuvre de Corneille fut un hommage rendu à son théâtre. On la parlait habituellement à la cour de France, dans les Pays-Bas, dans une partie de l'Allemagne et de l'Italie, et même en Angleterre sous Marie , Elisabeth et Jacques F"^. Le costume élégant et pittoresque des Espagnols était même devenu alors celui d'une partie de l'Europe, comme notre costume français l'est aujourd'hui. La vaste domination de Charles-Quint, l'éclat des règnes de Ferdinand et de Philippe II , la funeste influence de ce dernier sur nos dissentions civiles, la découverte du Nouveau -Monde et les conquêtes prodigieuses des Espagnols dans ces malheureuses contrées, environnaient ce peuple d'un éclat, dont il est cruellement déchu, et qui semblait devoir donner à sa langue une supériorité incontestable.

'2'jS KSSA^I SUK l'uNIVERSAHïÉ

Mais cet éclat n'eut qu'un moment : la hauteur et le flegme castillan n'avaient rien qui pût attirer les étrangers , et la littérature de ce peuple offrait peu de charmes à l'époque où la nôtre , au contraire , commençait à s'enrichir de nombreux chefs-d'œuvre. La langue espagnole, divisée comme le royaume lui-même, présentait au moins autant de dialectes qu'il y avait de provinces, tous également jaloux de leurs droits, et dont aucun ne l'emporta, pendant long-temps, sur les autres. La pompe de sa prononciation , la longueur de ses mots et sa richesse elle-même, semblent ne se prêter qu'avec peine aux épanchements d'une conversation familière. Il faut encore ajouter , à ces obstacles, les divisions intérieures qui troublèrent si long-temps ce pays; les démarcations politiques des anciens royaumes dont se compose la monarchie des Espagnes , et qui font encore, aujourd'hui même, des Castillans, des Andalous, des Aragonais, autant de peuples différents gouvernés par des coutumes particulières; l'éloignement presque général de la nation pour les voyages, et pour tout ce qui intéresse les progrès des lumières et de l'industrie; !a position désavantageuse de ce pays à l'extrémité de l'Europe ; les difficultés de tout genre, qui ne permettent pas aux étrangers de le parcourir commodément, ni même sans danger; enfin, le

pouvoir si redouté de l'inquisition , toujours menaçant, alors même qu'il semble détruit, et qui paraît toujours prêt à y renaître de sa cendre.

La langue allemande ne pouvait disputer à aucune des précédentes, la palme de l'universalité. Sa littérature n'existait pas à l'époque que nous avons fixée, c'est-à-dire au commencement du règne de Louis XIV; du moins, elle n'avait produit alors aucun monument national, et les écrivains célèbres de cette contrée, trop peu sûrs d'un idiome encore pauvre et incorrect, n'avaient rien publié en langue vulgaire , et écrivirent constamment en latm. L'Allemagne, divisée, du moins pour la plus grande partie, entre ime foule de'petits princes, ne formait pas plus que l'Italie un corps de nation; cela n'arriva, pour la première fois, que sous Charles-Quint, plus espagnol qu'allemand comme le remarque Rivarol , et c'était d'ailleurs au moment où tout le Nord était déchiré par des guerres civiles et religieuses. Ce grand nombre de dialectes, sur lesquels le pur saxon ou haut-allemand ne commença à prédominer que par suite du choix qu'en avaient fait les premiers écrivains de la réforme % était un

' Voyez dans les Mémoires de la Société des Sciences, Agriculture et Arts de Strasbourg, toni. II, pag. 207, une dissertation déjà citée sur ce sujet, par M. le pasteur Gœpp. (iSaS).

200 ESSAI SUR l'uNIVKKSALITÉ

obstacle encore plus grand que pour l'italien. Cette accumulation de consonnes, cette prononciation gutturale, presque toujours rude et un peu sauvage , de l'ancien tudesque , dont les écrivains polis de Weymar n'avaient pas encore fait Xitalien du Nord, étaient surtout singulièrement repoussantes pour les oreilles délicates des peuples méridionaux.

Nous ne pouvons parler ici de la langue anglaise. Formée des débris du saxon et de l'ancien I idiome français apporté par les Normands, dé- I daignée long-temps des Anglais eux-mêmes, elle n'avait guère commencé que sous Elisabeth à se polir et à se perfectionner, et ne se révéla à l'Europe, qu'au moment où la France éclipsait déjà toutes les autres nations par l'éclat de sa littérature. Quelques poésies frivoles de Waller et de Rochester, les compositions plus recommandables de Dryden et d'Otway, ne pouvaient attirer encore l'attention des étrangers; et les chefs-d'œuvre de Miltonet deShakespear, faiblement recherchés alors de leurs propres compatriotes , avaient surtout peu d'attrait pour les favoris de Charles II , frivoles imitateurs des goûts et de l'élégance d'une cour étrangère ^

' « Il s'en fallait encore beaucoup (c'est un célèbre historien anglais qui fait cet aveu), qu'on aperçût, dans les produc-

DE LA. LANGIIK FRANÇAIS]:. 'aS \

On voit donc clairement, par tout ce qui précède, que non seulement la langue française portait en elle-même , dans sa propre constitution, tous les éléments qui devaient concourir à déterminer la langue universelle, mais encore que nulle autre ne put lui disputer cette prérogative, et ne se trouva placée dans les mêmes circonstances. On ne peut nier, au surplus, que les causes que nous avons nommées historiques n'aient été de beaucoup les plus influentes; et quelques avantages que présentassent le génie propre de notre idiome et notre situation politique et géographique, l'Europe n'eût pas adopté sans doute la langue d'une nation souvent conquise, dénuée de souvenirs illustres et de gloire militaire, étrangère aux progrès des arts , des sciences et des lettres, et chez qui rien n'eût appelé l'admiration ni le respect de l'étranger.

'< lions de la littérature anglaise (au temps de Charles II) , cette « exactitude et cette finesse , qui font l'objet de notre admiration , « quand nous lisons les anciens et les e'crivains français qui les '< ont imités avec autant d'intelligence. A cette époque , cette '< nation laissait loin derrière elle, les Anglais, dans les ouvrages «de poésie, d'éloquence, d'histoire, et dans les autres branches «des belles -lettres; avantage que, dans le siècle suivant, les « écrivains anglais auraient pu lui disputer avec plus de succès. » (Hume, Histoire de la Grande Bretagne, cité par M. Schwab, Dissert. pag. 122-123.)

102 ESSA.I SUR L UNIVERSALITE

SECOISIDE PARTIE.

DES EFFETS DE L'UNIVERSALITÉ DE LA LANGUE FRANÇAISE, ET DES MOTIFS QUI POURRONT CONTRIBUER A EN PRO- LONGER LA DURÉE.

Nous avons recherché, dans la première partie (le cet ouvrage , les causes historiques et philosophiques qui ont dû donner naissance à l'universalité de la langue française; nous les avons trouvées, soit dans le mécanisme même de la langue, soit dans les grands événements politiques dont la France a été le théâtre , ou auxquels elle a pris part de quelque manière que ce soit. Nous avons prouvé que ce phénomène, si remarquable et long- temps inobservé, dont l'époque a été fixée, par une opinion assez commune aujourd'hui, aux belles années du siècle de Louis XIV, remontait beaucoup plus haut, et, en quelque sorte, au berceau de la langue elle-même. Il nous reste à examiner maintenant quels résultats ont dû être produits par cette universalité, considérée comme

cause à son tour, et quels motifs pourront contribuer, par la suite, à en prolonger la durée.

Parmi les effets que nous avons d'abord à étudier, Tun des plus remarquables, et il faut l'avouer avec franchise, celui qui nous fait le moins d'honneur, c'est celte sorte d'indifférence ou de dédain qui semble généralement nous éloigner de l'étude des langues étrangères. Trop sûr d'être compris partout, puisque partout sa langue natale est en honneur, le Français, peu porté d'ailleurs à sortir de son pays pour aller visiter les peuples lointains et ceux mêmes qui l'avoisinent, néglige également d'étudier leur langage. Serait-ce l'effet de cet orgueil national , de cette conscience de sa propre force , un peu trop rare chez notre nation , et qu'on aimerait à rencontrer dans des circonstances plus importantes ? ou faut-il réellement s'en prendre à cette légèreté natale dont les étrangers nous gratifient si libéralement ', comme une sorte de

' Levitas gallica , expression favorite des érudits de l'Allemagne moderne. (Voyez le Journal des Savants de juin 1824» sarY Eratostfienica de M. Bernliardy, Berlin 1822.) Assurément, les travaux des Montfaucon, des Mabillon, des Frërel, de nos modestes et laborieux Bénédictins et de leurs disciples; et de nos jours, ceux de MM. Raynouard, de Sacy, Rémusat, Raoul- Rochette, Champollion, Gosselin, etc., offrent une assez belle réponse à ce reproche, répété avec plus de complaisance que de conviction, par ((uelques étrangers prévenus.

compensation des éloges qu'ils ne peuvent nous refuser d'ailleurs? Quoi qu'il en soit, à peine, depuis vingt-cinq ans, des relations plus fréquentes que jamais avec nos voisins, et le long séjour de nos armées parmi eux, nous ont-ils forcés à étudier, avec un peu plus de zèle, l'allemand, l'espagnol et l'italien. Tel n'est pas, il est juste de le reconnaître, le défaut des autres peuples européens, et surtout des Anglais, qu'il faut toujours citer comme modèles de tout le bien et de tout le mal que peut produire l'excès de la civilisation. Chez eux, ainsi que dans tout le Nord , le descendant d'une noble famille comme l'héritier d'un simple négociant, ne voit s'achever son éducation, que lorsqu'une longue suite de voyages l'a mis en état de comparer, de s'instruire, et de rectifier, peu à peu, la barbarie des préjugés nationaux. Le cours entier des études, dans les universités de Cambridge, d'Edimbourg , de Dublin , comme dans celle d'Iéna et de Goèttingue, comprend ou suppose, presque indispensablement, la connaissance des langues modernes les plus répandues.

Déjà, au surplus, le reproche dont il s'agit va devenir de moins en moins mérité. C'est surtout aux sciences , qui nous ont déjà prodigué de si grands bienfaits, et à leur heureux accord avec l'industrie, que nous serons redevables

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(le ce précieux avantage. De nouveaux besoins en tout genre , une activité incroyable, une curiosité plus avide que jamais , réclament de tous côtés des aliments nouveaux. Nous éprouvons de plus en plus, la nécessité de savoir ce qu'inventent et perfectionnent les peuples voisins, et de parcourir les nombreux ouvrages qui contiennent le dépôt de leurs découvertes et de leurs richesses scientifiques. L'impulsion qu a reçue depuis dix ans notre littérature , a également reporté , et plus vivement que jamais , cet esprit général de curiosité sur les littératures étrangères. De là, un grand nombre de publications que nous avons vues couronnées du plus brillant succès, et qui n'eussent pas même été tentées, il y a vingt ans.

Un second résultat, sur lequel nous nous arrêterons plus volontiers , c'est l'intérêt continuel et toujours plus vif qui s'attache , dans toute l'Europe , aux productions publiées par des écrivains français. Partout, aujourd'hui, les ouvrages qui honorent notre langue sont lus, relus et médités; il nous suffira d'indiquer ce fait, dont nous avons déjà fourni assez de preuves, car, par im retour digne d'attention, nous sommes conduits à citer maintenant, comme effet, ce que nous avons déjà montré comme l'une des causes principales de l'universalité. Nos romans

surtout, ce genrefrivole et attrayant, à portée delà foule des lecteurs, se montrent partout , en concurrence avec les productions les plus distinguées de l'Allemagne et de l'Angleterre. Toutes les capitales de l'Europe, comme nous l'avons dit ailleurs, possèdent un théâtre français ; les productions les plus vulgaires de nos scènes du second ordre, à peine représentées chez nous , vont conquérir des applaudissements plus ou moins mérités, dans la patrie même de MM. Schlegel et dans celle de lady Morgan. Nous avons déjà remarqué qu'un effet semblable a eu lieu pour nos livres savants, et que, si la langue dans laquelle ils sont écrits leur a facilité l'accès des contrées les plus lointaines, leur rare mérite a dû contribuer à son tour aux conquêtes de cette langue elle-même.

Ce serait sans doute un tableau très-curieux, mais dont le détail sortirait entièrement du cadre de cet ouvrage , que celui de l'influence que les littératures étrangères , et particulièrement celles de l'Angleterre et de l'Allemagne, ont, de leur côté, exercée sur la nôtre, seulement depuis les premières années de la révolution. On y remarquerait d'abord , un singulier et subit enthousiasme pour les lugubres productions de la scène britannique, suite de cette anglomanie^ qui avait paru prendre de nouvelles forces, pré-

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cisément à l'époque où la France contribuait si puissamment à enlever aux Anglais la plus florissante de leurs colonies. Un peu plus tard, le succès prodigieux de Robert^ chef de brigands , imitation affaiblie de la plus monstrueuse production du Shakespear de Weymar % ferait sans doute pitié à nos spectateurs d'aujourd'hui (qui pourtant, ont applaudi , sur une scène française, le Fampire de lord Byron ! ). Les romans infernaux d'Anne Radcliffe et ceux de Lewis, avaient trop d'analogie avec les scènes sanglantes de la révolution, dont ils étaient presque contemporains, pour ne pas obtenir, au moins, un succès de circonstance. Nous n'avons pu rappeler la vogue si prodigieuse de Werther, antérieure à notre point de départ, mais d'autres productions de son illustre auteur ont été traduites avec succès dans notre langue, et ce demi-dieu de l'Allemagne contemporaine a trouvé aussi, parmi nous, un culte et des imitateurs. Les ouvrages très-remarquables de miss Owenson (moins heureuse depuis sous le nom de hidy Morgan), ceux de miss Burney, de miss Porter, de miss Edgew^orlh, les

' Les Brigands de Schiller, où, à côte' de quelques scènes dramatiques et touchantes, se trouvent les horreurs les plus de'goûtantes dans tous les genres, el les plus re'voltantes absurilitës.

uHS ESSAI SUR l'universalité

nombreux et agréables romans d'Auguste Lafontaine, les compositions si gracieuses et si variées de Wieland , le chef-d'œuvre si vanté alors , presque oublié aujourd'hui , du malheureux Kotzebue, se montreraient plus tard, et comme le résultat de nos relations devenues plus fréquentes avec le nord de l'Europe. Enfin , vers le commencement de la période actuelle, apparaîtraient avec éclat parmi nous, premiers fruits de cette paix générale si long-temps désirée, les esquisses quelquefois sublimes de lordByron, de ce poète guerrier plus admiré que compris, enlevé jeune encore, aux muses, à l'amitié et à cette noble cause des Hellènes, qui avait déjà reçu de lui tant de généreux sacrifices. A ses côtés s'offriraient, à la fois, le peintre si gracieux et si pur des Amours des Anges, et le nouveau barde de la Calédonie, romancier si singulièrement fécond , écrivain si extraordinaire dans plus d'un genre, dont le plus beau titre de gloire se fonde sur des productions qu'il désavoue ', et qui s'offre aujourd'hui comme le chef d'une école nombreuse, d'où il n'est rien sorti d'estimable que ses propres ouvrages. A chacune

' Au moment où on écrit ceci , il paraît un nouveau roman de sir W. Scott [Les Chroniques de la Canongatc) , dans la préface duquel il se reconnaît pour l'auteur de Waverley, etc.

de ces diverses époques, on découvrirait, parmi nous , quelques essais dans le goût de ces nouveautés étrangères; mais, en général, ils n'ont pas été heureux , et il semble que notre nation , qui a fourni aux autres peuples tant de modèles et tant de préceptes, ne se retrouve plus sur son terrain quand il s'agit seulement d'imiter.

Cet examen offrirait encore un nouveau degré d'intérêt, si l'on voulait présenter l'influence dont nous parlons (ce qui ne serait pas sans quelques probabilités), comme la cause principale de notre tendance actuelle au romantisme^ mot à peine naturalisé dans la langue, et que personne encore n'a pu venir à bout de définir. Nous nous garderons bien , pour plus d'un motif, de reproduire ici cette grande question, de l'ancienne littérature et de la nouvelle, ou des classiques et des romantiques ^ déjà traitée tant de fois par des écrivains bien autrement habiles, et qui (par une fatalité qui n'est pourtant pas sans exemple), paraît s'embrouiller d'autant plus qu'on se donne plus de peine pour l'éclaircir. Il doit toutefois nous être permis, dans un ouvrage spécialement consacré à la gloire de notre belle langue, de protester contre les nombreuses et bizarres altérations qu'on s'efforce de lui faire subir depuis quelque temps. Plusieurs de ces entreprises , en bien petit nombre à la vérité ,

igo ESSAI SIR L UNIVERSALITE

deviennent d'autant plus redoutables, qu'elles sont soutenues par un mérite réel, et par quelques unes de ces inspirations qui révèlent un talent supérieur. N'oublions pas de rappeler ici que le premier des écrivains de nos jours (que contre son gré, peut-être, on s'obstine à placer à la tète des romantiques), a semé abondamment dans ses riches compositions, des beautés véritablement classiques, et qu'il semble n'appartenir à l'école opposée, que par quelques innovations littéraires, et par ce petit nombre de taches, relevées jadis avec tant de partialité et d'amertume. Quant à ces ouvrages si singulièrement célèbres , dont le public désabusé fait maintenant justice, expiant, un peu tard, le scandale de leur succès, il semble, à les voir si constamment opposés aux simples règles du bon sens et du bon goût, que quelque mauvais génie, ennemi perfide du romantisme, soit venu inspirer leurs auteurs, pour montrer aux jeunes écrivains prêts à s'égarer comment il ne faut pas faire, à peu près comme les Spartiates exposaient, aux yeux de leurs enfants, des Ilotes à l'état d'ivresse, afin de les dégoûter à jamais de ce vice honteux.

L'usage universel de notre langue a rendu, de nos jours, quoiqu'on n'ait pas paru s'en apercevoir , d'assez grands services à l'humanité.

DE LA. LANGUE FRANÇAISE. agi

dans le cours de ces guerres déplorables qui, nées sur le berceau de la révolution, semblaient continuellement grandir et s'élever avec elle. Aux jours de nos longs triomphes comme aux jours de nos revers, la langue française se plaçait, telle qu'un bienveillant médiateur, entre l'enivrement de la victoire et l'humiliation de la défaite. On est bien plus près de s'accorder, quand on s'explique dans le même langage; c'était le nôtre qu'on employait exclusivement, dans les conférences d'avant-postes, les suspensions d'armes, les capitulations des places fortes, les conventions signées entre nos généraux victorieux et ceux de l'Autriche, de la Prusse, de l'Espagne ou de l'Italie. Cet usage d'une langue commune qui était la leur, en flattant l'orgueil de nos guerriers, les disposait à plus d'égards, et les ramenait à cette urbanité qui la caractérise si bien. Plus tard, lorsqu'après quinze ans de succès le sort des armes nous devint contraire, lorsque Paris vit avec effroi, dans ses murs, les hordes du Caucase et du Borysthène, ce fut en français encore que les officiers d'Alexandre annoncèrent au peuple, accouru sur leur passage, surpris et charmé de les entendre, la paix, si long-temps désirée, et la tin de la plus détestable des tyrannies.

Alors, nous avons vu nous-mêmes plusieurs

ugu ESSAI SUR L UNIVERSALITÉ

de ces étrangers, venir rendre hommage à nos illustres professeurs dont ils se vantaient d'avoir été les disciples, et, pleins d'une profonde vénération, s'incliner devant leurs cheveux blancs, et s'empresser de leur faire voir avec quel fruit ils avaient étudié leurs beaux ouvrages. L'orgueil national, déchiré par tant de blessures cruelles, souriait encore à ces hommages venus de si loin et dans de telles circonstances. Les chefs de ces soldats du Nord, tout surpris de se trouver là, presque effrayés de leur propre victoire, traitaient avec plus d'égards des vaincus si long-temps redoutables, et les compatriotes de ces grands hommes que, depuis leur enfance, eux-mêmes avaient appris à admirer.

Enfin, et c'est ici le phis important et le plus flatteur pour nous de tous les effets qu'a produits l'universalité de notre langue, elle a puissamment contribué, en multipliant, en rendant incomparablement plus faciles et ainsi plus agréables, les relations établies entre nous et les étrangers, à mieux faire connaître, à ceux-ci, notre beau pays et ses habitants. La France n'a pu que gagner à être ainsi étudiée de plus près :

Apprendre à la bien voir, c'est apprendre à l'aimer.

Le voyageur, quel que soit le lieu où il a reçu le jour, en posant le pied sur cette heureuse terre,

DE LA LANGUE FRANÇAISE. ^qS

voit bientôt s'évanouir tous ces vieux préjugés dont on avait obscurci sa raison. Il trouve un peuple généreux, sensible, poli, hospitalier, portant peut-être à l'excès ces deux dernières qualités, et trop disposé à reconnaître une vertu ou à admirer une production, pourvu qu'elles ne soient pas de son pays. Sous le ciel le plus doux de l'Europe, aussi éloigné de l'âpreté du nord que des feux qui dévorent le midi, où la nature semble avoir pris plaisir à rassembler, entre deux mers, toute s.i variété et toutes ses richesses, il voit, au milieu des campagnes fertiles et bien cultivées, une population gaie, industrieuse et active. En quelque lieu qu'il ait pris naissance, il retrouve toujours, sur notre sol, quelque chose qui lui rappelle sa patrie; il n'y venait chercher que la santé et d'utiles distractions, il y trouve souvent le repos et le bonheur ; il quitte , avec regret , cette terre favorisée du ciel, toujours en se promettant d'y revenir, souvent avec l'espoir de s'y fixer pour jamais. C'est surtout aux règnes de Louis XIV et de son successeur, qu'on doit reporter l'origine de ces préventions contre la France, qui aujourd'hui s'effacent si heureusement de toutes parts. Il faut convenir, quelque amertume qu'on ait mise depuis à les exagérer, qu'elles étaient justifiées, à un certain point, par la hauteur, la

suffisance et les étourderies de quelques jeunes seigneurs de la cour, donnant le ton aux classes élevées qu'on prenait alors pour la nation même. De nos jours, les déplorables excès de la révolution, les triomphes de nos armées, et l'abus trop fréquent de la victoire pendant les vingt années qui précédèrent la restauration, durent étendre et fortifier encore ces impressions défavorables, en leur donnant même une teinte plus odieuse. Par suite de cette disposition presque générale, les étrangers, obligés de nous accorder ces qualités sociables et polies qu'euxmêmes ont consacrées, dès long-temps, sous le nom à'urbanité française , semblaient vouloir nous dépouiller de tout autre mérite, et faire même entendre que nous poussions celui - là jusqu'au ridicule. Chose vraiment étrange ! Les Anglais, qui, surtout depuis Charles II, n'ont cessé de nous emprunter nos modes , nos ameublements, nos ridicules mêmes (autant qu'ils pouvaient s'accommoder avec les leurs), un assez grand nombre de nos usages et de nos découvertes en tout genre ; les Anglais , particulièrement, ont accrédité, avec un dédain superbe , cette réputation de frivolité dont on a si long-temps gratifié nos compatriotes. Combien ne serait-il pas facile de détruire une pareille inculpation, si elle valait la peine d'être réfutée, et si l'on pouvait songer encore à juger les

D£ LA LANGUK FHAJNÇAISE. 29$

Français d'aujourd'liui, d'après ceux de la Kégence et des dernières années de Louis XV? Eh quoi ! ce peuple à qui l'on nous a tant de fois comparés, ces Français de la Grèce antique, ces brillants concitoyens d'Alcibiade et de Périclès , ne Tétaient-ils pas aussi de Platon, de Socrate, d'Aristide et de Phocion ? Les Béotiens, les moins élégants de tous les Grecs, en étaient-ils regardés comme les plus sages ou les plus savants? Cette gaîlé vive et entraînante, cette imagination si prompte, cet esprit surtout, si éminemment français (et dont le nom, comme on l'a déjà remarqué, n'existe que dans notre langue); toutes ces qualités aimables qui n'en excluent nullement de plus solides, et qui trouvent, parfois, chez nos voisins, d'assez gauches imitateurs, leur semblent-elles, sérieusement, si dignes de leurs dédains? Chez nous, à la vérité, les muses même les plus graves ne refusent jamais de s'unir aux grâces; le plus savant n'est pas dispensé d'être aimable; mais ce ne peut être assurément le sujet d'un reproche, et la nation favorisée qui a produit tant d'hommes de génie, tant d'héroïsme et de vertus sublimes, repousse à bon droit ces inculpations, tout au moins insignifiantes, et auxquelles il serait bien temps de renoncer. Nous pourrions ajouter que , si ces reproches de frivolité et d'étourderie, appliqués à la masse de la nation, ont eu jadis quelque

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fondement , ils seraient aujourd'hui plus injustes que jamais. La génération actuelle , devenue sérieuse et pensante avant l'âge, livrée à des études approfondies et mûrie par lés grands événements dont elle a été le témoin, semble presque retracer de nouveau ce caractère de gravité, que l'empereur Julien se plaisait à reconnaître aux Parisiens de son temps.

Les événements politiques qui se sont succédé depuis quarante ans , et qui nous ont mis , jDour ainsi dire, en contact perpétuel avec les étrangers , ont beaucoup contribué à éteindre ou à adoucir ces préventions ^ L'accueil que ceuxci reçoivent aujourd'hui dans toute la France a fait le reste, et ils ont vivement senti tout ce qu'il y avait d'honorable pour la nation dans une telle hospitalité , après une lutte si terrible et de si douloureux sacrifices. De notre côté, nous sommes mieux traités au dehors, peut-être parce / que notre supériorité politique y est devenue \ bien moins redoutable, et que l'on nous aime davantage , à mesure que l'on a moins à nous

' II est difficile de comprendre à quel excès elles ont ëte' poussées dans certains pays. Un écrivain justement célèbre, le docteur Jahn , dans un livre sur la nationalité des peuples Allemands , dont une traduction a paru en iSîS, dit positivement : « que V usage de la langue française a causé , en • grande partie, les malheurs de l'Allemagne. »

craindre. Plusieurs hommes célèbres, anglais, italiens on allemands, ont visité notre capitale, et y ont été reçus avec cet empressement et ces acclamations, qui décèlent nn peuple digne appréciateur de tous les genres de gloire. A leur tour, des savants, des ingénieurs et des artistes français , parcourant la Grande Bretagne , ont été surpris de s'y voir les objets d'une franche et noble hospitalité. La Société royale de Londres, comme nous l'avons rappelé ailleurs, a dernièrement honoré de ses récompenses scientifiques , un de nos académiciens les plus distingués, M. A.rago; Fresnel, mort en 1827, avait reçu d'elle, comme Malus, la médaille de Rumford. L'illustre président de la société, M. H. Davy, avait de même obtenu, en 1 810, un prix considérable, décerné par l'Institut de France et fondé par le chef du gouvernement d'alors. Heureuse et touchante réciprocité, aussi honorable pour les sciences que pour ceux qui les cultivent, et dont la guerre même ne peut arrêter les nobles effets; qui lutte si puissamment contre les derniers restes des préjugés nationaux, et qui tend à unir, par des nœuds de plus en plus intimes, tous les membres de la grande famille européenne!

Ainsi , grâce aux douceurs d'une longue paix , la France redevient , peu à peu , ce qu'elle n'eût jamais dû cesser d'être, l'amour et le lien com-

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mun de ses voisins. Ces haines, que des triomphes, depuis si chèrement payés, avaient pu exciter contre elle, et que l'ivresse de la victoire n'avait que trop souvent justifiées, s'effacent et disparaissent de plus en plus. De tous côtés , les préventions s'éteignent, même parmi ceux des étrangers qui n'ont pas quitté le sol natal. Les hommesMes plus illustres, les plus vénérés de leur patrie, cessent d'en être les oracles, quand leur voix s'élève contre nous. Le Misogallo d'Alfiéri n'est, aux yeux des Italiens eux-mêmes, que le délire d'un beau talent; ils ne croyent plus en lui, quand il prêche la haine pour la France. «La haine pour la France! pour cette « France illustrée par tant de génie et par tant «de vertus, d'où sont sortis tant de vérités et «tant d'exemples! Pour cette France, que l'on « ne peut voir sans éprouver une affection qui « ressemble à l'amour de la patrie ; et qu'on ne « peut quitter, sans qu'au souvenir de l'avoir ha- «bitée, il ne se mêle quelque chose de mélan- « colique et de profond, qui tient des impres- « sions de l'exil !....»

Quel est le Français digne de ce beau nom , quel est l'écrivain élégant et sensible à qui nous devons une si touchante apologie ! C'est Alexandre Manzoni, le premier tragique de l'Italie moderne j et l'un des poètes les plus distingués de

notre époque. Que pourrions-nous ajouter à un tel hommage, et que jugerons-nous le plus flatteur, ou cet amour d'un étranger pour notre pays , ou l'élégance avec laquelle un italien a su écrire, en français, un si doux éloge de la France?

Il nous reste à examiner quelles causes pourront contribuer par la suite , à conserver l'universalité de la langue française.

Les empires s'élèvent, s'accroissent , dégénèrent et s'anéantissent, pour faire place à des empires nouveaux ; tels sont les immuables décrets de la providence. 11 n'est pas donné à l'homme d'en détourner les effets ; à peine lui est-il permis de les prévoir. Ainsi, vingt nations puissantes ont successivement passé sur la terre, et les noms mêmes de quelques unes sont déjà oubliés, ou ne se retrouvent plus qu'à peine dans les pages à demi effacées de l'histoire. Mais si parmi ces nations, il en est une qui ait cultivé avec éclat les lettres , les arts et les sciences; si sa littérature, fière de nombreux trésors, est devenue le modèle de celle des autres peuples; si, pour prix d'un tel bienfait, sa langue riche, flexible et harmonieuse, a été adoptée dans une grande partie du monde connu; cette nation n'a point à redouter un injurieux oubli. Son destin est désormais fixé, et quoi qu'il arrive, elle ne sera pas morte tout entière. Vingt siè-

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