‹ Essai sur l'urémie déliranteChapitre 23 sur 51 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

A la fin de la séance, M. Brieger communique le fait suivant : Un employé de la poste, cinquante quatre ans, depuis longtemps en traitement pour une néphrite chronique avec tous ses symptômes caractéristiques, anasarques répétées et très marquées, urines abondantes, de densité faible, contenant beaucoup d’albumine et quelques cylindres épithéliaux, hypertrophie du cœur, douleurs rhumatoïdes, perdit tout à coup connaissance pendant qu'il se promenait dans la saile. Dès qu’on le mit au lit, il fut pris de fortes convulsions généralisées à tout le système musculaire, cet état dura un quart d’heure. Puis apparut de l’écume à la bouche, les pupilles inésales réagissaient très peu à la lumière ; l’insensibilité était complète. Tout le jour et toute la nuit qui suivirent, le malade resta dans le coma, avec respiration stertoreuse et à type intermittent, Quand il s’éveilla, le matin Suivant, il prononça pendant plusieurs heures à demi-voix, sur un ton monotone, cette phrase décousue :

(1) Berliner, Klinische Woohenschrif, 8 mai 1881, n° 18, p. 274. Gesellse hrift, der Charité-AErzte, in Berlin, Sitzung vam 10 Februar, 1881.

Die

« Je le fais aussi comme cela » «das mach'ich auch so ». L'urine ramenée avec la sonde à ce moment était chargée d’albumine. Le malade, autrefois toujours tranquille et doux, fut gai et excité penpant le cours de la journée ; &/ eut des hallucinations violentes qui le poussèrent à plusieurs reprises hors du lit; il s'agitait beaucoup, disait toutes sortes d’absurdités et croyait se trouver dans son milieu habituel. Cet état, qui rappelait l'aspect du délire aigu, dura environ dix-huit heures. Peu à peu, la connaissance revint, pourtant, le malade resta encore quelque temps dans un état d’obnubilation intellectuelle.

Tout souvenir des accidents arrivés précédemment avait disparu, le malade essaya de répondre aux questions, mais il le faisait mal el par monosyllabes : quelques mots manquaient complètement. I n’était pas en état de résoudre le moindre calcul.

Quatorze jours après, environ, l'intelligence était redevenue entie-

rement intacte. Il est digne de remarque que le contenu albumineux de l'urine a diminué sensiblement, tandis qu'il était très

abondant après l'attaque.

C’est donc en toute sécurité, dit M. Brieger, que l'on doit rapporter cet accident à la maladie des reins, et ce trouble mental doit être assimilé à un trouble post-épileptique. Pour M. Brieger. l’aphasie amnestique qui a succédé démontre que l’on doit attribuer ces symptômes à des hémorrhagies capillaires établies par une attaque urémique.

Nous n'avons pas à juger la valeur des hypothèses de M. Brieger, nousferons remarquer qu’en ce qui concerne le délire, il répète ce qu'avait déjà dit M. Wilks; quant à sa manière d'expliquer la genèse des phénomènes aphasiques. elle nous paraît d’une démonstration difficile, surtout chez un malade qui à présenté des phénomènes épileptiformes. On sait en effet qu’à la suite des attaques épileptiques, quelle que soit leur origine, on trouve très fréquemment de petites apoplexies capillaires dissémi-

no re nées dans les circonvolutions cérébrales sans qu'il soit

bien facile de dire si elles ont été causes ou effets des accidents convulsifs.

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