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CARACTÈRE DU DÉLIRE

Le délire urémique offre-t-il un type particulier, reconnaissable à certains caractères définis ? Nos observations nous permettent de répondre négativement.

Nous constatons une forme aiguë et une forme chronique.

La première n’a pas de cractère spécial ; c'est un état maniaque, accompagné souvent d’hallucinations de la vue, plus rarement d’hallucinations de l’ouïe ou de lasensibilité générale. Elleest remarquable parla rapiditéavec laquelleonla voit souvents’établiren mêmetempsquepar les rémissions plus ou moins longues qu’elle comporte.

Quant à la forme chronique, elle présente des variantes encore plus nombreuses, en sorte que l’on peut

dire que jamais on ne trouve un délire véritablement systématisé.

Dansle cas de Laségue, que cet auteur cite comme une exception, du reste, on note cependant une tendance fixe; un albuminurique se croyait en querelle avec ses enfants, il voulait à toute force sortir pour aller à ses affaires et se réconcilier, et l’on fut obligé de recourir à la camisole ; le délire dura trois jours et se répéta à plusieurs reprises, toujours sous une forme analogue.

C'est ordinairement un état mental mal défini, une espèce de subdelirium continuel avec affaiblissement de la mémoire, mais il n’y a rien là de caractéristique.

Et en effet, si, parcourant nos observations, nous cherchons dans chaque cas quelle à été la forme du délire, voici ce que nous pouvons observer :

L'embarras simple de la parole, qui est le seul symptôme mental qu’ait présenté la malade de l'observation première est notée encore dans l’observation de Brieger, dans celle de Marcus, dans celle de Kidd.

Nous ne dirons rien de la seconde observation dans laquelle l’hallucination de la vue constituait le seul trouble cérébral.

Dans l'observation 3, le caractère du délire n’a pas été noté, du reste il n'a duré que peu de temps, le coma, la mort sont survenus assez vite.

L'observation 4, présente une particularité, c’est que le jour le malade était sommolent, le délire ne survenait que la nuit, Sans vouloir chercher à expliquer ce fait, notons qu’il s’est reproduit dans l’observation suivante, ainsi que chez les observations 7, 9 et 10, rappelons à ce propos que Milner Fothergill donne

insomnie comme symptôme initial fréquent de Purémie.

Nous n’avons pas à revenir sur la malade de M. Brouardel, nous avons déjà signalé son originalité.

La mélancolie avec tendance hypochoïdriaque fait le fond du délire de la malade de l’observation 6. Cette mélancolie est très remarquable chez notre malade de l'asile de Bron. Pour elle, les troubles de la respiration, les palpitations deviennent le pointde départ d'idées délirantes, la tendance à la mélancolie active {mélancolia agitata) est notée dans les observations 19 et 21.

L'observation ?, dans laquelle nous voyons signalé le délire nocturne, présente de la somrnolence; cet état de stupeur est fréquemment remarqué: nous avons vu qu’un grand nombre d'auteurs l’ont mentionné; on le voit souvent précéder soit le coma, soit les phénomènes délirants aigus, quelquefois au contraire, il les suit; et alors c’est le premier stade vers la disparition des troubles cérébraux. |

L’éclampsie accompagnée, ou quelquefois preédée de délire, marque le début des accidents cérébraux dans l'observation 8. Nous la retrouvons dans les observations 10, 13, 14, 16, 26 et 28; chaque fois les phénomènes convulsifs ne tardaient pas à céder la place à un état maniaque qui, dans tous les cas, présentait les caractères de la manie aiguë avec agitation violente; c’est là ce que MM. Wilks et Brieger appellent l’état post-épileptique du cerveau.

Leshallucinationssont assez fréquentes, nous les trouvons mentionnées dans dix observations ; tantôt gaies, tantôt tristes, elles ont eu dans plusieurs cas unê influence manifeste non seulement sur la production du

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délire, mais encore sur sa forme; le plus souvent elles ont porté sur l'organe de la vue, elles ont été accompagnées fréquemment de diminution du pouvoir visuel, quelquefois même de cécité complète mais temporaire. Les hallucinations de l’ouïe, plus rares, ont été notées cinq fois. Dans un cas, elles ont persisté trois mois, à de rares intervalles, ilest vrai, et à la fin elles constituaient la seule manifestation maladive, Dans le cas recueilli par M. Pierret dans le service de M. Vulpian, le malade a eu une hallucination olfactive , et très probablement une hailucination de la sensibilité générale..

Nous nous étonnons de n'avoir pas rencontré plus souvent des hallucinations, de la sensibilité générale ; en effet, elles s’expliqueraient parfaitement par la fréquence des démangeaisons.

L'existence d’un délire jovial, coïncidant avec des hallucinations de nature gaie, s’est rencontrée plusieurs fois, nous avons vu le malade de Scholz, rire des grimaces comiques que lui faisaient des personnes imaginaires placées en face de lui, et devenir furieux lorsque ses hallucinations changeaient de caractère. De même notre malade de l'asile de Bron qui fait le sujet de l'observation 33, riait beaucoup des éléphants, des chameaux et des figures baroques qu’elle voyait,

L'attaque soudaine de manie aiguë s’est produite un grand nombre de fois, nous la trouvons dans les observations 8, 10, 13, 14, 16, 17, 18, 22, 23, 25, 26; elle est alors fort variable d'intensité, suit la plupart du temps les crises éclamptiques et, d’après tous les auteurs, ressemblerait beaucoup au délire aigu; on ne peut pas dire qu’elle présente un caractère défini.

Nous voyons aussi assez souvent revenir cette expression : délire monotone et tranquille, cet état délirant alternant avec la manie aiguë ou se produisant seul; dans quelque cas, c'est une loquacité intarissable comme dans l'observation 26.

Les idées de persécution, rapportées dans le cas de Lasègue, se réncontrent, rarementnousavons dit qu’elles ne sont jamais systématisées, mais qu’au contraire, elles offrent une inconstance remarquable. Nous les avons vues deux fois.

Deux fois aussi on a constaté de la catalepsie; bien marquée dans l’observation de M. Grimshaw, elle apparaît à différents intervalles dans l'observation 24.

Notons aussi un fait qui s’est présenté bien souvent et que Trousseau signalait dans ses cliniques, c’est que souvent le délire urémique laisse, lorsqu'il à disparu, un affaiblissement de la mémoire plus ou moins marqué.

En somme rien de netet de caractéristique dans le délire urémique; variable suivant chaque cas, il l’est même suivant l'intensité de l’intoxication chez le même malade.

On observe la manié aiguë aussi bien que la simple obnubilation des facultés intellectuelles.

La conclusion à laquelle nous arrivons au sujet des diversités d’allures qu’affecte le délire urémique, ne doit pas nous surprendre. Il serait difficile qu’il en soit autrement, et cela pour deux raisons principales.

La première, c’est qué ce n’est pas toujours la même cause qui produit letrouble mental. Nousadmettons théoriquement que tantôtil ya de l’œdème ducerveau, del’hy-

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