LA CARENCE ET L'ÉBULLITION
Nous n'avons employé ici que l'orge incomplètement décortiquée et les lentilles complètes.
Dans ce groupe d’expériences, 1l convient de relever, tout d’abord, une difficulté d'ordre matériel susceptible de provoquer des objections. Céréales et graines gonflent énormément, par absorption d'eau, à la suite de l’ébullition, et l’on est fatalement entraîné, ou à donner une dose moindre d'éléments nutritifs, ou à faire absorber à l'animal un volume tel d'aliments que des troubles digestifs mortels s’ensuivent aussitôt.
Cependant cette inanition, qui reste toute relative, ne l'oublions pas, est incapable par elle-même de provoquer des phénomènes polynévriliques. Certaines de nos expériences en font foi (voir exp. LXVIII et suivantes).
Bien mieux, Funk a pu établir que les pigeons résistaient d'autant plus longtemps à une nourriture exclusive au riz décortiqué, que le poids de la ration était plus minime. C’est en s'appuyant sur ce fait qu'il a pu résoudre l’objection apparente soulevée par
Abderhalden. Ce dernier faisait dépendre la poly-
ton 2 névrite d’une action toxique où microbienne, puisque les pigeons nourris au riz décortiqué bouilli présentaient une survie plus longue.
Ce résultat heureux dépend uniquement, d'après Funk, d’une consommation moindre de vitamines, à cause de la réduction de la ration en éléments hydrocarbonés.
L'inanition relative n’ayant pas d'influence nocive par elle-même sur le système nerveux, nous arrivons maintenant à nos propres expériences. |
Exrérienxce XLVI. — Pigeon adulte. Poids, 350 grammes. On a employé la même orge, partiellement décortiquée que dans les expériences XXVII et XXVIII, mais après ébullition durant une heure et demie. Pas de gavage. 9° jour. Poids stationnaire. Somnolence.
19° jour. Vol court. Marche normale.
23° Jour. Parésie des pattes. Ataxie.
26° jour. Vol nul. Ataxie plus marquée.
29° jour. Paralysie complète. Somnolence.
3o° jour. Chute au repos. Contractures violentes précédant immédiatement la mort. Poids 200 grammes.
Expérience XLVII. — Pigeon adulte. Poids, 400 grammes.
Mêmes conditions expérimentales que dans l'observation précédente. |
4° jour. Diarrhée verte.
9° jour. Ebouriffement. Somnolence.
21° jour. Vol raccourci. Marche un peu lente.
28° jour. Vol nul. Ataxie.
29° jour. Mouvements très diminués. Somnolence.
30° jour. Mort sans autre phénomène nouveau. Le poids est tombé à 205 grammes.
Il convient de noter ici, avec les troubles paralytiques
et la somnolence, l'existence d’un amaigrissement considérable. L'effet de l'ébullition se juge immédiatement par la comparaison de ces deux expériences avec celles rapportées plus haut (exp. XXVIT et XX VIII), où ce qui restait de cuticule suffisait juste à l’entretien de l'organisme.
Les expériences suivantes, faites avec des lentilles complètes, sont encore plus démonstratives :
ExPériexcE X LVIII. — Pigeon adulte. Poids, 38ogrammes.
Lentilles complètes bouillies pendant une heure.
Gavage à 5o, puis 4o grammes.
Accoutumance facile.
9° jour. Vole et marche bien,
15° jour. Vol peu soutenu. Marche bien.
16° jour. Légère claudication.
17° jour. Diarrhée. Vol lourd. Marche les ailes écartées et trébuche facilement. Ne se soutient que difficilement sur les pattes. Pas de crises convulsives.
18° jour. Mort sans autres phénomènes nouveaux. Poids, 315 grammes.
AUTOPSIE., — Rien à signaler à l'examen macroscopique des différents organes.
ExPÉRIENCE XLVIX. — Pigeon adulte. Poids, 430 gr.
Lentilles complètes bouillies pendant une heure.
Gavage à 50, puis 40 grammes.
15° jour. Plumes un peu hérissées. Vol moyen. Pas de diarrhée.
20° jour. Amaigrissement progressif, 335 grammes.
25° jour. Sautes brusques de poids sans cause connue. Marche paresseuse. Vol à peu près nul.
35° jour. Etat stationnaire. Légère boiterie.
36° jour. Vol nul. Marche très difficile. Pas de contractures. Pas de diarrhée.
37° jour. Mort dans la nuit. Poids 299 grammes.
Auropsie. — Rien à signaler à l'examen macroscopique des différents organes. Squelette normal.
Comme chez les chats nourris à la viande bouillie, nous voyons donc se développer, sur ces quatre pigeons, une polynévrite expérimentale lypique, et cela, dans un laps de temps inférieur à celui même nécessité par la décortication.
Une double pathogénie semble s'imposer. Si une température de 100 degrés détruit certains éléments cuticulaires, 1l doit en passer une grande partie dans le liquide, à la suite d'une véritable extraction aqueuse. Ce mode de disparition est d'autant plus probable que nous verrons tout à l’heure que la stérilisation des céréales donne des résultats assez inconstants.
En revanche, ces expériences semblent bien confirmer la haute valeur alimentaire des potages de céréales et de légumineuses, à condition, bien entendu, qu'ils ne soient pas eux-mêmes préparés avec des éléments décortiqués, comme on a trop souvent l'habitude de le faire. Déjà, au surplus, le professeur Renaut a établi cette distinction au simple point de vue de Ja clinique.
Il doit en être de même des infusions de son, malheureusement tombées en désuétude, et que Bréaudat et Denier ont déjà employées avec succès dans le traitement du béri-béri en Cochinchine.
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