CARENCE ET INANITION CONCLUSIONS
Dans le tableau clinique de la polynévrite expérimentale, tel qu'il se dégage des publications antérieures et de nos propres expériences, il est un point qui mérite une attention particulière : c’est l’anorexie, qui constitue un symptôme précoce et de signification importante par sa constance.
Dans tous les cas, un pigeon soumis à une alimentation stérilisée, ou mieux encore décortiquée, ne tarde pas à perdre l’appétit et, par suite, à maigrir. Si on pratique le gavage, il réagit bien vite par de la diarrhée et surtout par une rétention des graines dans le jabot, suivie de vomissements abondants.
Il se produit de la sorte un état de dénutrition grave et susceptible à lui seul de provoquer la mort. Aussi, pourrait-on être tenté d'attribuer ces troubles polynévritiques à une inanition totale au lieu d’y voir simplement une inanition partielle ou, pour mieux dire, élective. |
Funk, le premier, a entrepris une série d'expériences pour résoudre ce problème. Il à pu voir que des
pigeons recevant une très faible quantité de nourriture succombaient assez rapidement à l’inanition, mais sans présenter aucun symptôme analogue au tableau si particulier de la polynévrite.
Quant à ceux qui recevaient un poids varié de graines décortiquées (du riz en l’espèce), ils étaient frappés d'autant plus vite que leur ration quotidienne était plus forte.
Funk en tirait donc la conclusion que l’anorexie, loin de provoquer la polynévrite, était, au contraire, un procédé instinctif de défense de l'organisme contre cette dernière.
Nous avons repris ces expériences en faisant varier la nature des céréales employées et nous sommes arri-
vés aux résultats suivants :
ExpéRiENcE LXVII, — Pigeon adulte. Riz décortiqué. cru, à grammes par jour. |
20° jour. Début de paraplégie.
25° jour. Paralysie complète. Rétraction de la tête. Pas de convulsions. Mort.
AUTOPsIE. — Rien à signaler.
Cette observation, sans contredire les idées de Funk, ne donne pas grand renseignement à ce sujet. Rappelons que chez les pigeons recevant 30 grammes de riz décortiqué cru, la mort est survenue en moyenne au vingt-quatrième jour. La différence est done minime, mais il demeure indubitable que la réduction de l’alimentation ne vient pas accélérer l’évolution des troubles causés par l'absence des principes cuticulaires.
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Bien mieux, l’inanition relative est incapable de provoquer par elle-même la polynévrite expérimentale, si l'aliment donné en quantité insuffisante possède d'autre part, la proportion normale de substances cuticulaires.
ExPÉRIENCE LX VIII. — Pigeon adulte. Riz complet cru, à grammes par jour.
79° jour. Abaissement lent et progressif 4 poids. Pas de signes nerveux. Pas d'ébouriffement. Appétit conservé.
80° jour. Mort brusque sans paralysie.
Expérience LXIX. — Pigeon adulte.
Orge cortiquée crue, à grammes par jour.
Abaissement progressif du poids, sans hérissement des plumes, ni somnolence, ni perte de l'appétit. Mort rapide, sans paralysie au 29° jour.
ExPéRIENCE LXX. — Pigeon adulte.
Blé corliqué cru, à grammes par jour.
Abaissement continu et assez rapide du poids. Pas de hérissement, pas d’abattement, pas d'inappétence.
Mort brusque au 31° jour, sans le moindre phénomène nerveux intercurrent.
Ces trois observations cliniques sont remarquablement parallèles, tout en mettant en lumière la valeur nutritive considérable du riz complet. La mort est survenue brusquement après une chute progressive du poids. Jamais 1ln'y a eu le hérissement des plumes, la somnolence et l'inappétence précoce des sujets candidats à la polynévrite expérimentale. En outre, on n'a jamais constaté quelque chose qui puisse faire penser à la paralysie typique ou aux troubles cérébelleux, que
nous avons eu l’occasion de décrire à plusieurs réprises.
Toutes ces diverses expériences nous amènent à conclure de la façon suivante : La polynévrite expérimentale des oiseaux, telle que l’a décrite Eijkmann, n’est pas la conséquence exclusive d’une alimentation à base de riz décortiqué.
Il s’agit d’un fait beaucoup plus général, puisque la cuticule de toutes les céréales jouit de propriétés préventives vis-à-vis d'elle. De plus, cette substance cuticulaire se perd, dans la grande majorité des cas, à la suite d’un surchauffage suffisamment prolongé. Enfin, la stérilisation achève de détruire les faibles portions d'éléments actifs, qui, contenus dans la graine ellemême, ont ainsi échappé à la décortication.
Voici en peu de mots les conclusions qui se dégagent nettement de toute cette étude. Nous allons examiner maintenant comment réagissent les mammifères à ces différents procédés de préparation de la nourriture.
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