‹ Essai sur la carence alimentaireChapitre 33 sur 50 · C. Viande congelée · texte numérisé non relu

C. Viande congelée

Les procédés de conservation des viandes basés sur le froid, qu'ils agissent par réfrigération ou par congélation, se sont multipliés beaucoup durant ces dernières années. Leur importance économique est devenu considérable et des contrées entières se sont enrichies par l'exportation des viandes ainsi traitées.

Enfin, au cours de la guerre actuelle, elles ont gran-

ETES dement et économiquement facilité le ravitaillement des armées et des centres importants de population.

Un grand nombre d’auteurs, dont nous ne citerons qu'Armand Gautier, ont prouvé par de minutieuses analyses qu’elles n'étaient pas inférieures aux viandes fraîches en éléments nutritifs fondamentaux. Aussi ne doit-on pas s'étonner si dans certains pays, l’Angleterre par exemple, elles sont devenues d’un usage courant. Il semble bien, au surplus, qu'en France, les viandes frigorifiées soient maintenant complètement acceptées dans l'alimentation habituelle. Il n’est pas douteux, d’ailleurs, que les répugnances mal justifiées, avec lesquelles elles furent accu illies tout d'abord, aient été soigneusement cultivées et propagées par une coalition d'intérêts financiers.

Il était intéressant de chercher à déterminer si, par analogie avec la chaleur, le froid était susceptible de provoquer à la longue, lui aussi, une carence alimenmentaire, tant par son action propre que par le vieillissement des viandes ainsi traitées.

ExPériEence LXXXIIT. — Chat adulte. Poids 3.500 grammes. Ration quotidienne : 200 grammes viande de bœuf du Canada, abattu il y a huit mois et conservé entre — $& et — 10 degrés. Eau bouillie.

Inappétence complète durant la première semaine, avec amaigrissement considérable. Celui-ci a persisté Jusqu'au 4o° jour, date à laquelle l'animal ne pesait plus que 2.710 grammes. Durant toute cette période, il n'a jamais présenté le moindre phénomène pathologique.

Depuis lors, il a mangé régulièrement toute sa ration, a repris du poids, mais a eu, de temps à autre, un peu de

diarrhée passagère, surtout a-t-il semblé, quand la ration contenait un peu trop de graisse.

Au 120° jour, l'animal a été sacrifié au milieu d’un état de santé florissant et pesant 3.610 grammes.

L’autopsie n’a révélé absolument rien d’anormal aux différents organes.

Expérience LXXXIV. — Chat adulte. Poids, 3.460 grammes. Ration quotidienne : 200 grammes viande de bœuf congelée, identique à celle de l'expérience précédente.

Accoutumance facile.

5° jour. Diarrhée graisseuse abondante.

6° jour. Vomissements blanchâtres, graisseux.

29° Jour. Diarrhée sanglante.

56° jour. Diarrhée assez fréquente. Poids stationnaire. Aucun phénomène anormal.

57° jour. Appétit conservé. Vomissements blanchâtres. Toux et crises d’éternuement,.

58 jour. Rien à la bouche. Gonflement parotidien. Catarrhe persistant.

59° jour. Etat stationnaire. Abrutissement. Poil un peu hérissé sur la queue.

6o* jour. Bien que le chat ait toujours mangé sa ration complète, le poids est tombé brusquement à 2.890.

61° jour. Abrutissement plus marqué, malgré une légère amélioration du catarrhe.

63° jour. Appétit toujours excellent. Le poids tombe à 2.760. Toux. Efforts nauséeux. Torticolis.

65° jour. Affaiblissement progressif. Pour la première fois, n'a rien mangé. Etat grave. Poids, 2.570.

66° jour. Mort.

Aurorsi£. — Légère congestion des épiphyses et des côtes.

Les poumons présentent, à côté de zones emphysémateuses, des portions atélectasiées avec noyaux blanchâtres nombreux en semoule.

Rien à signaler de particulier aux autres organes,

Re

Cette dernière expérieuce a été perturbée elle aussi par des phénomènes pulmonaires mortels. Néanmoins on peut conclure qu'il ne résulte pas de carence de l'usage exclusif de la viande congelée, même longtemps prolongée.

Nos deux sujets ont cependant présenté, à plusieurs reprises, de la diarrhée graisseuse, et même des vomissements, comme si la graisse congelée était moins facilement digérée. C’est là, du reste, un fait d’observation courante dans l’armée et les troupes cherchent toujours à en éviter l'absorption directe, en la faisant servir aux ragoûts, fritures, etc.

D. Viande stérilisée.

Nous nous sommes servis ici de la même viande, qui était donnée crue aux témoins. La stérilisation était poussée à 120 degrés durant une heure et demie et la ration de 200 grammes n'était pesée qu'ensuite. En réalité, les éléments nutritifs étaient bien plus abondants, à cause de la perte en eau occasionnée par le surchauffage. |

Cette alimentation a été très bien supportée, et chez tous nos animaux on a constaté au début une augmentation de poids très notable, bien supérieure à celle observée avec les différentes autres variétés de viandes.

Expérience LXXXV. — Chat adulte. Poids, 3.140 grammes. Ration quotidienne : 200 grammes viande de bœuf stérilisée à l’autoclave à 120 degrés, durant une heure et demie.

Accoutumance facile, Appétit bon.

21° jour. Engraissement rapide. Poids, 3.490 grammes.

29° jour, Poids sans changement. Appétit excellent. Néanmoins les poils tombent et l'aspect est moins florissant.

31° jour. Appétit moindre.

32° jour. Vomissements blanchâtres.

33° jour. Diarrhée.

35° jour. Pour la première fois, n'a rien mangé aujourd’hui. Aspect général très mauvais. Epilation, queue aplatie. Mouvements lents.

37° jour. Poids, 2.625 grammes. Etat lamentable. Poil très hérissé. Paralysie presque complète des pattes postérieures ; l'abdomen vient au contact du sol et le chat rampe en s’agrippant sur les pattes de devant. Titubation légère. Sensibilité diminuée. Pas de troubles digestifs. Pas de dyspnée. Pas d’hémorragie.

38° jour. Paralysie moindre, mais apparition de phénomènes cérébelleux intenses avec rotation dans le train de derrière et latéropulsion. Dans la soirée, crises répétées d’agitation violente, sans convulsions.

39° jour, Mort dans la nuit. Poids, 2.510 grammes.

AuropsiE, — Rigidité cadavérique considérable. Tissu adipeux encore très abondant. Absolument rien d’anormal à l'examen macroscopique des différents organes.

Expérience LXXXVI.(fig. 11). — Chat adulte. Poids, 2.450 grammes. Ration quotidienne : 200 grammes viande de bœuf stérilisée à l’autoclave à 120 degrés, durant une heure et demue.

Accoutumance facile. Appétit bon.

14° jour. Le poids s’est élevé rapidement à 2.750 grammes.

27° jour. Bien que l’animal mange toute sa ration, le poids est tombé peu à peu à 2.450 grammes.

31° jour. Appétit diminué. Poil terne.

34° jour. Légers vomissements.

37° jour. Poil rude, sec. Pas de troubles moteurs. Rien à la bouche. L'animal mange toujours 100 à 150 grammes

Figure 14. — Expérience LXXXVI

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