‹ Essai sur la carence alimentaireChapitre 37 sur 50 · RES · texte numérisé non relu

RES

Expérience XCIII. — Chat adulte. Poids, 2.230 grammes. Ration quotidienne : 200 grammes viande de bœuf bouillie pendant une heure et demie, comme dans l'observation précédénte, mais le bouillon n'est pas donné.

6° jour. Accoutumance difficile. Appétit nul.

11° jour. Mange un peu mieux. Rien d'anormal.

28° jour. Appétit irrégulier. Un peu de coryza..

51° jour. L'état s'aggrave peu à peu.

53° jour. Impotence fonctionnelle complète. Il semble qu'il s'agisse plutôt de faiblesse que de paralysie vraie. Pas de titubation. Pas de phénomène cérébelleux. Mort. Poids, 1.300 grammes.

AUTOPSIE, — Rien à signaler aux différents organes, sinon une petite tache blanche sur le poumon droit. Rien d’anormal aux surrénales.

En résumé, de ces trois observations il n'y a pas de renseignement bien net à lirer. Nous nous sommmes heurtés à une anorexie lelle que nos sujets sont presque littéralement morts de faim. Aucun d’eux n’a présenté de trouble cérébelleux même atténué. Cependant, il est vraisemblable qu’en plus de linanition, la cuisson a dû Jouer un rôle, car le chat n° XCI (viande rôtie) est mort sensiblement plulôt que le chat à l'inanition presque complète (exp. LXXVITI), lout en ayant absorbé une quantité plus considérable de nourriture.

Les animaux à la viande bouillie ne paraissent pas avoir été sensiblement influencés par la présence du bouillon. La chute de poids a été cependant beaucoup moins rapide, malgré une poussée catarrhale intense. Mais, là encore, les deux chats se sont éteints dans la cachexie, sans présenter n1 paralysie, ni syndrome cérébelleux, si caractéristiques de nos observations précédentes.

L'action de la cuisson sur les viandes demeure donc incertaine et il faudra de nouvelles recherches à ce sujet pour l’élucider. Un point seul semble définitivement acquis à la suite de nos recherches : c’est la nocivité considérable de la stérilisation des viandes par surchauffage, nocivité encore augmentée par le vieillissement en milieu clos. Au contraire le froid ne semble avoir aucune influence fâcheuse, sauf des troubles digestifs avec diarrhée, toujours du reste sans gravité.

Enfin la viande crue, même donnée exclusivement, suffit parfaitement non seulement à entretenir l’organisme en parfail élal, mais aussi à subvenir à lous Îles

besoins d'une croissance normale.

G. Conclusions.

Toutes les expériences que nous venons de rapporter ne contredisent en rien celles des différents auteurs, qui se sont déjà occupés de celte question. En revanche elles élargissent considérablement la donnée primitive, en montrant qu'il s’agit ici d’un fait général commun à toutes les espèces.

Quels que soient les aliments envisagés, la décorticalion constamment, la stérilisation presque toujours, surtout quand vient s’y ajouter l’action du vieillissement, provoquent des troubles à prédominance osseuse et surtout nerveuse, amenant fatalement la mort à échéance assez rapprochée.

Seul le tableau clinique varie un peu suivant l’animal mis en expérimentation. Les oiseaux réagissent par la polynévrite d'Eijkmann, avec parfois des complications cérébelleuses (cas personnels). Les mammifères herbi-

vores présentent des manifestations scorbutiques indémables. Enfin les carnivores se rapprochent des oiseaux par la prédominance des troubles nerveux, répondant eux-mêmes à trois groupes différents : paraplégie, syndrome cérébelleux, crises convulsives.

Cependant, dans la réalité, ces signes de carence ne sont pas aussi tranchés, 1l faut bien le dire. Nul doute qu'à un examen microscopique ultérieur, nous ne retrouvions les dégénérescences nerveuses, signalées par Holst et Frôhlich, chez nos lapins scorbutiques.

Mais, dès maintenant, nous pouvons rappeler les lésions de congestion osseuse et les hémorragies viscérales rencontrées à l’autopsie chez certains de nos pigeons et de nos chats ayant succombé à la polynévrite la plus typique.

Il est très vraisemblable que l’on finirait par découvrir tous les chaînons intermédiaires entre les deux grands syndromes de carence expérimentale, si l’on étendait les investigations à un plus grand nombre d'espèces animales. Nous aurons, au surplus, l’occasion de revenir sur ce point au moment où nous discuterons la parenté du scorbut et du béri-bér1.

Voici, en tout cas, un nouveau chapitre de la phy510logie de la nutrition, qui se découvre à nos yeux. Il possède, en plus, la valeur d’un fait général, car toutes les espèces animales paraissent susceptibles de présenter des troubles de carence, à la suite d’une alimentation parfaitement suffisante cependant au point de vue chimique et énergétique. Certaines substances sont encore indispensables, bien qu’elles n'existent qu’en quantités infinitésimales.

LS Ye.

Ces substances sont encore très mal connues. Les difficultés extrêmes que présente leur extraction nous ont empêchés de les étudier au point de vue chimique.

Funk en a isolé quelques-unes, nous l'avons vu au début de notre-étude, et leur a donné le nom de vitamines. Celles retirées du son de riz et de la levure de bière semblent bien être spécifiques vis-à-vis de la polynévrite expérimentale et de son homologue humain, le béri-bér1.

Les corps voisins que Funk a encore extraits du cerveau de bœuf, du lait et du lime-juice différent déjà à certains points de vue des vitamines proprement dites. Ceux qui ont été signalés par d’autres auteurs, comme la Rohoryzanine de Suzuki, Shimamura et Odake, en sont encore plus éloignés.

Si l’on se place maintenant au point de vue expérimental pur, rien ne prouve que les substances curatives de la cuticule des graines ou.de la viande crue

soient identiques entre elles. Il est donc an moins imprudent de vouloir donner une extension trop considérable à ce terme de vitamines.

S'il répond à une réalité à propos du son de riz et de la levure de bière, 1l faut ne l’employer dans une étude de la nutrition qu’en faisant toutes réserves sur cette extension et en ne lui donnant que le sens de substances indispensables à la vie sous un faible volume. Aussi, ces réserves seront-elles toujours sousentendues, quand nous emploierons indifféremment les termes de vitamines ou de substances-ferments.

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