LA CARENCE DANS LA NUTRITION
Les recherches faites, de différents côtés, en vue d'étudier l’étiologie et la prophylaxie du béri-béri, ont abouli ainsi à la notion inattendue que les vieux cadres de la chimie biologique de l’alimentation étaient devenus insuffisants. Une proportion déterminée d’albuminoïdes, d’hydrates de carbone, de graisses et de sels, capables et au delà de compenser les déchets de l’organisme et ses dépenses d'énergie, ne constilue pas une ration suffisante.
Les expériences de Lunin, de Stepp, l'avaient déjà montré sans en éclaircir la véritable signification. La méthode calorimétrique avait lrop subjugé les esprits, et on avait constamment tendance à trop simplifier les phénomènes biologiques, en les ramenant à de simples réactions thermiques.
L'organisme n'est pas un calorimètre el à sa complexité infinie répond la nécessité d’impondérables, Ce sont les vitamines de Funk ou autres éléments à
propriétés analogues... en et
Si leur rôle est primordial, malgré leur faible volume, il faut convenir que ces substances sont largement répandues dans la nature. Elles abondent aussi bien dans le règne végétal que dans le règne animal ; malheureusement, elles sont de constitution fragile, résistent mal aux agents physiques, surtout à Ja chaleur, et se décomposent facilement en produits complexes dépourvus de toute action.
Enfin, leur situation dans les graines alimentaires, au voisinage de l'enveloppe cellulosique, explique qu'elles soient souvent comprises dans les déchets éliminées au cours d’une préparation trop soigneuse.
En somme, la décortication et certains agents physiques sont la cause la plus fréquente de la disparition de ces éléments indispensables. Ce sont eux qui ont été un peu négligés par la plupart des auteurs, qui, à la suite d'Eijkmann, se sont occupés de la polynévrite des poules.
Au début, l'exclusivité avait surtout attiré leur attenton. Il n'est pas douteux, certes, que celle-ci constitue en principe un élément défavorable dans l’alimentation. Cadéac a rappelé la calculose vésicale chez les moutons nourris exclusivement aux pois. La « tremblante », autre affection de l'espèce ovine, semble également relever d'une étiologie identique. Enfin Merklen a cité à la Société de Pédiatrie une maladie du canard, appelée la crampe, et provoquée aussi par une alimentation exclusive.
Cependant cette action défavorable ne se traduit pas toujours par des symptômes graves. Un bon nombre de nos animaux ont survécu indéfiniment à une ali-
mentation exclusive, mais, ajoutons le de suite, composée d'éléments complets et crus. Ceux qui, assez rares, ont succombé en cours d'expérience n’ont jamais présenté le moindre des troubles si caractéristiques de la carence. ;
On rencontre des exemples analogues chez l'homme. Durant toute la longue période de persécution de l’Irlande, les paysans étaient réduits à un tel état de misère qu'ils en arrivèrent à se nourrir à peu près uniquement de pommes de terre. Néanmoins on n'observa jamais chez eux n1 scorbut, n1 béri-béri.
Cette immunité provenait, à coup sûr, de la richesse bien connue des pommes de terre en substances préventives. Une autre preuve de ce fait est la disparition progressive du scorbut en Silésie, en Pologne et en Russie blanche, à mesure que se répandait cette nouvelle cultüre.
En somme, l'exclusivité ne semble être capable de provoquer par elle-même que des phénomènes d’anorexie et d'hyponutrition. Mais elle constitue un principe d’aggravation considérable quand elle porte précisément sur un aliment déjà pauvre par lui-même en vitamines.
C'est le cas du riz décortiqué, et c’est pourquoi ce dernier, aliment excellent par lui-même, devient néfaste en Extrême-Orient. En effet, les indigènes en font à peu près toute leur nourriture, en y ajoutant parfois du poisson sec, insuffisant lui aussi à ce même point de vue.
En revanche, nous retrouvons une contre-épreuve
éclatante dans notre partie expérimentale. Les pigeons
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ns XXXVI et XXXVII, nourris avec un mélange de graines décortiquées, sont morts sensiblement plus vite que ceux qui recevaient exclusivement une seule
espèce de ces dernières.
Telles semblent bien en être, en fin de compte, les justes proportions où doit se réduire l'exclusivité dans
la genèse de la carence alimentaire.