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DANS SES RAPPORTS AVEC LA CARENCE ALIMENTAIRE

Les recherches sur ce sujet ont du être entreprises chez de jeunes rats, car ce sont les seuls animaux de laboratoire qui puissent s’accommoder assez longtemps d'une alimentation synthétique, ne contenant par suite aucune trace de vitamines ni d’autres substances analogues. |

Depuis un certain temps déjà, quelques auteurs, étudiant sur ces animaux les phénomènes de la croissance, s'étaient aperçus qu'un mélange approprié de caséine, d'amidon, de sucre, de graines et de sels minéraux était incapable d'assurer le développement normal de jeunes rats.

Osborne, Mendel et Ferry constatèrent aussi qu’il suffisait d'ajouter à ces substances certains dérivés du lait, le lait sans albuminoïdes par exemple, pour voir la croissance reparaître.

Hopkins, au cours d'expériences menées avec la précision la plus rigoureuse, parvint à des résultats identiques. A cette alimentation synthétique, 1l lui

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suffisait d’'additionner 3 à 4 centimètres cubes de lait et les jeunes rats, ainsi traités, augmentaient de poids et de taille exactement comme les témoins.

Dès 1906, Hopkins attirait l'attention sur l’existence probable dans les aliments de substances infinitésimales, douées d’un rôle considérable dans la nutriüon. Plus tard il put démontrer, au moyen des mêmes procédés, que la caséine commerciale permettait un certain degré de croissance, mais qu'elle perdait cette propriété après extraction soigneuse à l’éther. Nous voilà ramenés ainsi aux expériences de Stepp que nous avons déjà rapportées. Inversement, un extrait éthéré de blanc d'œuf avait une action favorable très nette (Mac-Collum et Davis).

Tout ceci suggère, de prime abord, l'idée d’une grande similitude entre la croissance et les phénomènes de nutrition sous la dépendance des vitamines. Il serait cependant-excessif de conclure à une identité absolue.

En effet, une nourriture exclusive à base de graines de céréales non décortiqués, telles que le riz rouge ne provoque pas de polynévrite chez le poulet ; cependant, de jeunes poussins au même régime cessent complètement de croître. L'expérience est d'autant plus nette que Funk a pu conserver en vie pendant cinq semaines cerlains de ses sujets; et ce laps de temps est suffisant pour établir une différence frappante entre les témoins et les nains ainsi produits.

Nous-mêmes, au cours de nos expériences, avons observé que sur trois pigeons nourris exclusivement au riz complet stérilisé, deux n'ont présenté aucun

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trouble paralytique ; en revanche, au bout de cent jours, tous les caractères infantiles s'étaient maintenus sans modification (voir exp. L et LI).

Au reste, il y a longtemps que l'expérience des éleveurs a établi les inconvénients de la nourriture exclusive dans le développement de la volaille.

La substance chimique, qui préside à la croissance, diffère donc des vitamines antibéri-bériques. Elle paraît manquer dans les céréales même cortiquées et ce fait est à rapprocher des résultats obtenus par Holst et Frôhlich, qui provoquent le scorbut chez les cobayes avec les mêmes éléments.

Cependant, là encore, le fait de la nourriture exclusive n’est que secondaire. Nous avons nourri un Jeune chat uniquement avec de la viande crue et son poids a presque doublé durant le temps de l'expérience.

En somme, il paraît très plausible, quoique non démontré encore, qu’il existe une substance-ferment appelée hypothétiquement vitamine de croissance, qui agirait sur le développement de l'individu comme les vitamines du béri-béri agissent sur le métabolisme du système nerveux. Nous ignorons complètement, non seulement ses caractères physico-chimiques, mais aussi son action physiologique. Ce n’est qu’une hypothèse de croire qu’elle n’agit qu'après remaniement par l’une des glandes à sécrétion interne, thyroïde, thymus et suriout hypophyse. En tout cas, on posséderait par là une explication du fonctionnement de ces organes etdes troubles provoqués par leur suppression.

À côté de la croissance normale, il existe parfois une croissance pathologique, nous voulons parler du

développement des tumeurs. C’est un chapitre intéressant de l'étude expérimentale du cancer que de rechercher les rapports de ce dernier avec les diverses subtances-ferments.

Depuis Jensen, en 1909, on savait que la nourriture Joue un rôle important dans la croissance des tumeurs. Haaland, Stahr, Mareschi et Medigreceanu, Rous obtinrent dans leurs inoculations chez le rat, un pourcentage de succès bien différent, suivant le genre d’alimentation employé. C’est, du reste, sur celte vue qu'est basée la théorie athrepsique d’'Ehrlich, que nous n'avons pas à discuter ici.

Sweet, Corson-White et Saxon ont abouti aux mêmes résultats avec les aliments synthétiques décrits plus haut. Funk fit un grand nombre d'expériences sur de jeunes poussins de la race de Plymouth-Rock, auxquels il injecta le sarcome de Rous. C’est une culture de tumeur à virulence exaltée électivement pour cette race de gallinacés. D'une façon générale, les poussins nourris au riz rouge non décortiqué et, par suite, à croissance arrêtée, présentèrent, avec un taux de succès un peu moindre, une diminution constante du volume de la tumeur par rapport à ceux nourris normalement. En outre, aucun d’eux ne fut atteint de métastase, L'injection de vitamines du béri-béri ne donna pas de résultats nets, ce qui semble les différencier de la vitamine de croissance.

Avec le riz décortiqué, l’inoculation resta toujours négative, alors qu’elle était positive, 8 fois sur 15, si on y ajoutait un peu de levure de bière.

La seule objection qu’on puisse faire à ces recherches

nt l'on est que l’on n’est pas bien fixé sur la nature exacte du sarcome de Rous. Hopkins, en particulier, tend à y voir un granulome infectieux. Cependant, lui-même a obtenu des différences notables avec le sarcome du rat, suivant la méthode employée par Sweet.

Il semble donc bien s’agir ici d'un fait général et, si la tumeur expérimentale n’est pas toujours inhibée, son développement est généralement entravé d'une façon sérieuse par l'absence de vitamines ou autres substances-ferments analogues.

Quant au mécanisme intime de cette action, on est réduit, là aussi, à des hypothéses, Il semble bien que la croissance néoplasique n’est pas tout à fait identique à la croissance normale et que, dans cette dernière, le métabolisme est beaucoup moins actif. Peut-être, un régime qui ne conserverait de substances-ferments que le strict indispensable pourrait ralentir l'évolution d’une tumeur. C’est une tentative thérapeutique qui n’a encore jamais été faite, en clinique, à notre connaissance.

Signalons, pour finir, une nouvelle théorie sur la nature du cancer, suggérée à Funk par ces diverses expériences. Pour lui, la croissance des tumeurs serait provoquée par une substance chimique qui, ayant présidé au développement du sujet jeune, n'aurait plus de fonction chez l'adulte. Nous n'avons pas à discuter cette hypothèse, intéressante sans doute, mais ne reposant encore sur aucune base précise.

Bref, les relations des substances-ferments avec les tumeurs constituent encore quelque chose de très obscur, mais ce sera peut-être la source, dans l'avenir, de notions nouvelles et imprévues sur ce sujet si important.

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