C. Les autres avitaminoses
À côté de ces différentes affections, qui, elles, semblent bien relever d’une carence alimentaire, Funk a entrepris de placer une série d’autres maladies tant humaines que vétérinaires et qui, pour lui, auraient une origine identique. Nous allons les passer rapidement en revue, car ces idées, tout à fait hypothétiques malgré leur intérêt, ne sont rien moins que démontrées à l'heure actuelle.
C’est ainsi que le rachitisme serait une avitaminose, en raison de l'arrêt de l'ossification, qui existe aussi dans la maladie de Barlow. De plus, les bons résultats obtenus par l'allaitement au sein, l’action favorable de l'huile de foie de morue, la nocivité des farines et des autres aliments artificiels dépendraient de la quantité de substances-ferments absorbées. D'après Funk, 1l existerait une vitamine spéciale, qui présiderait au métabolisme de la chaux dans l’organisme. Ajoutons aussitôt que celle hypothèse lui est personnelle et qu'aucune preuve irréfutable n'est venue l'appuyer.
Une autre affection, encore plus mal connue dans son étiologie et dans sa pathogénie, relèverait encore
ag — de la même origine : nous voulons parler de l’ostéomalacie. Tous ces troubles osseux sont sous la dépendance de glandes à sécrétion interne el ce serait par leur intermédiaire que se développeraient les lésions consécutives à cette absence de vitamines, Nous avons déjà signalé les rapports de ces vitamines avec l'hypophyse, le thymus, le corps thyroïde et les parathyroïdes. Ces dernieys organes joueraient encore un rôle prépondérant dans certains accidents nerveux, à type convulsif, tels que la spasmophilie et la tétanie.
Là encore, ces idées, certainement ingénieuses, ne reposent éncore sur aucune base expérimentale ou clinique et l’on ne peut; jusqu’à nouvel ordre, les considérer autrement que comme des hypothèses.
Si nous passons maintenant à la pathologie exotique, nous rencontrons une autre affection, qui sévit à peu près dans les mêmes contrées que le béri:béri. Comme ce dernier, au surplus, élle paraît dépendre d’une carence alimentaire. C’est la sprue, encore appelée diarrhée de Cochinchine ou aphtes tropicaux. Consistant surtout en troubles digestifs intenses avec lésions ulcéreuses de la bouche, elle se montre ordinairement à la suité d'une alimentation, où les farineux jouent un rôle prépondérant. Enfin, ce qui semble éclaireir la véritable signification de cette maladie, c'est la rapidité de la guérison après administration de jus de viande, de lait et de fruits crus.
Si, dans nos pays, lés animaux domestiques ne présentent que rarement des troubles de carence, c'est que leur alimentation est toujours varice. Il n’en est pas de même sous les tropiques et souvent le bétail est
2 198 — décimé par des affections de ce genre. C’est ainsi que Neusser a décrit une maladie des chevaux, connue au Mexique et en Colombie sous le nom d'emmaisadura, consécutive à un usage trop prolongé de maïs altéré. Les symptômes principaux son: l’amaigrissement, la chute des dents et des poils, des crampes et des vertiges.
Dans l'Afrique du Sud, les chèvres et le gros bétail présentent parfois, surtout après des périodes prolongées de sécheresse, deux affections différentes. L'une, le stijfziekte, consiste en gonflements épiphysaires, faiblesse musculaire et appétit pathologique (pica). L'autre, le lamziekte, rappelle tout à fait la polynévrite expérimentale de la volaille, avec dégénérescences nerveuses, paralysie des pattes, parésie de la langue et dysphagie. Certains cas foudroyants tuent l'animal en vingt-quatre heures, d’autres évoluent durant plusieurs semaines.
Ces deux affections, qui peuvent d’ailleurs coexister sur le même individu, se développent toujours à la suite d'une alimentation exclusive à base d’herbe desséchée et fermentée, après les longues périodes de sécheresse. De plus, un régime varié, comprenant beaucoup d'éléments crus, amène bientôt la guérison. Possédant, en somme, la même étiologie et la même thérapeutique que les maladies humaines que nous avons décrites, rappelant, de plus, par certains côtés, le scorbut et surtout le béri-béri, elles semblent bien être l'homologue de ceux-ci sur les bestiaux, et rentrer par suite, comme le veut Funk, dans le domaine des
avitaminoses.
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