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LA CARENCE CHEZ L'ENFANT

Nous venons de voir rapidement les principales affections que l’on peut légitimement rapporter à la carence. Néanmoins, il faut le reconnaître, elles restent remarquablement rares et ne se développent que dans des conditions habituelles d'existence exceptionnellement réalisées en France, du moins. Même dans les régions les plus pauvres et les plus arriérées, une nourriture variée est de règle et l'organisme finit par retrouver sa ration indispensable de substances-ferments.

Il n’en est malheureusement pas de même du jeune enfant et en particulier du nourrisson immédiatement après le sevrage. Ici, les progrès de la puériculture, si considérables à tant de points de vue, ont provoqué une tendance, peut-être exagérée, à la nourriture trop strictement purifée.

La maladie de Barlow n’en a pas été la seule conséquence. À côté de cette affection parfaitement individualisée, 1l existe toute une série de troubles variés et vagues, ayant pour principal caractère commun d’être la conséquence d’un usage trop prolongé de farines.

Il s’agit ordinairement de nourrissons qui débutent

par une période florissante. Ils sont gras, bien développés. Ce sont de beaux enfants qui « paraissent plus que leur âge » et qui font la gloire des jeunes mères. Cependant, à les étudier de plus près, on reconnaît vite qu’ils sont pâles, bouffis, rebelles à la marche. Les mouvements se font avec lenteur et mollesse, et 1l arrive parfois que ceci fasse contraste avec une période récente où l'enfant était encore plein de vivacité.

Des troubles digestifs apparaissent en même temps. Alternatives de constipation et de diarrhée, fétidité des selles, vomituritions, anorexie intense surtout marquée pour le lait et les farineux complètent le tableau. Tout ceci n est que le premier stade de la déchéance de l'organisme, et c’est celui que l’on observe le plus communément, surtout en France.

Dans les pays anglo-saxons, au contraire, où l'alimentation artificielle est très en faveur, 1l est fréquent de rencontrer des accidents encore plus intenses. On peut les classer en l’une des formes suivantes, suivant que prédominent les phénomènes atrophiques simples, hydrémiques avec œdème et enfin hypertoniques avec convulsions. Notons au passage l’allure béri-bérique de ces dernières, où sont représentées à la fois la forme sèche et la forme humide.

Du reste, il convient d’ajouter que ces types cliniques ne s’individualisent pas aussi nettement dans la réalité. Ils chevauchent souvent les uns sur les autres et 1l s’y surajoute parfois quelques symptômes scorbutiques, établissant ainsi la transition avec la maladie de Barlow la plus authentique.

Les organes hémato-poiétiques, s1 actifs à cette

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période de la vie, peuvent également réagir pour leur propre compte à la carence. La chlorose infantile ne s'explique pas toujours par un trouble de l’assimilation du fer, et Czerni, au Congrès de l’Association internationale de Pédiatrie 1912, a attiré l'attention sur la pathogénie de certaines anémies des nourrissons en montrant qu'elles pouvaient être sous la dépendance exclusive d’un régime farineux trop longtemps prolongé.

Là, comme dans la maladie de Barlow, si l'origine alimentaire de ces phénomènes ne faisait pas de doute, leur pathogénie exacte était restée très obscure. Les pédiatres connaissaient de longue date les bons résul tats obtenus avec les soupes de légumes. La notion des substances-ferments vient les expliquer ainsi que les guérisons rapides du scorbut infantile par des moyens aussi simples que le jus d'orange ou la purée de pommes de terre.

Le régime varié et frais était, le plus souvent, soigneusement écarté, car on avait tendance à voir en lui une cause d'entérite. Les farines, au contraire, avaient la prétention de constituer un aliment parfaitement digestible et assimilable, dont l’action nutritive était encore renforcée, disaient leurs fabricants, par l'additon de sels minéraux, de phosphates principalement.

Ces farines, pour éviter le plus possible les déchets, proviennent précisément de céréales ou de légumineuses soigneusement décortiquées et nous avons vu ce qu'en vaut l'emploi, tant en clinique qu'en pathologie expérimentale. Si, comme cela se produit souvent au cours de la préparation industrielle, vient encore s'y ajouter l’action d'une température élevée, nous avons

2 99 — sous la main tout ce qu’il faut pour réaliser l'hypercarence, si promptement mortelle pour les pigeons.

Un certain nombre de conclusions pratiques nous semblent devoir découler de cès faits. Si l'allaitement au sein reste toujours le procédé idéal de puériculture, encore faut-1l que la mère ou la nourrice trouvent dans leur nourriture la quantité de substances-ferments indispensable. N'oublions pas que toutes les avitaminoses humaines ont été rencontrées dans des conditions semblables. C’est là un motif de plus d'approuver, sans réserves, les récentes lois sociales tendant à la protection des mères-nourrices dans le monde du travail.

Une fois la période du sevrage arrivée, toute exclusivité alimentaire devra être rigoureusement bannie. La stérilisation du lait reste bien une nécessité, au moins dans les villes, et, de ce côté-là, bien peu de modifications sont à espérer. En revanche, les farines, malgré leur utilité incontestable, ne doivent constituer qu’un adjuvant dans le régime du nourrisson. De bonne heure, et faisant suite immédiatement au lait maternel, il sera bon d’y introduire progressivement certains éléments frais comme les pelites purées très claires de pommes de terre, les bouillons de légumes ou de céréales complètes. On pourra même bientôt arriver aux aliments crus, comme le jus de viande, le jus d’oranges ou de raisin, donnés par cuillerées à café.

En procédant avec les précautions suffisantes, il n'y aura aucun danger à courir, el les troubles digestifs, en particulier, qui constituent un symptôme précoce de la carence, ne viendront jamais menacer la vie de Fenfant.

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