‹ Essai sur la certitude dans le droit naturelChapitre 5 sur 9 · EXPOSÉ DES VÉRITÉS PROPRES AU PROBLÈME PROPOSÉ · texte numérisé non relu

EXPOSÉ DES VÉRITÉS PROPRES AU PROBLÈME PROPOSÉ

NOTION. — DIVISION

Le problème qui m'occupe est, on s'en souvient sans doute, <^noncé daris la forme suivante : La certitude dam la science du droit naturel, est-elle possible pour Vhumanité dans son état actuel, et dans quelles limites^

J ai fait connaître, dans la première partie, le sens précis que j'avais entendu attribuer à chacun des mots qui composent cette formule. Puis abordant, dans la seconde partie, la démonstration du problème, j'ai employé le premier livre à exposer quelles vérités nécessaires à la démonstration j'admettais comme démontrées. Il me reste enfin à présenter, dans ce second livre, la démonstration des vérités qui sont spéciales au problème, et dont, non-seulement renonciation, mais encore la preuve, doivent logiquement être comprises dans cette étude.

Si ce que j'ai dit jusqu'à présent mérite, comme utilité, le même rang que ce que je dirai dans la suite, si l'un est aussi nécessaire que Tautre pour le bon accomplissement du travail que j'ai en-

trepris, cependant il faut reconnaître que, pour moi comme pour le lecteur, ce qui suivra aura une importance que na pas eue ce qui précède. Jusqu'ici, le lecteur devait me croire sans me combattre ; il aura maintenant le droit de n'ôtre de mon avis que si je le convainc. Je parlais sans craindre sa contradiction, j'étais son maître, il était mon élève. Désormais il retrouve sa liberté et je ne suis plus que son égal. J'étais, pour ainsi parler, sur le terrain de la foi, je pouvais affirmer sans prouver; désormais, je serai dans le domaine de la discussion : je ne pourrai rien avancer sans le justifier. Aussi, peut-on dire, à juste titre, que ce que je me propose d'exposer dans ce second livre constitue, par excellence, la démonstration du problème.

J'ai fait remarquer précédemment, à un moment où je m'occupais de rendre aussi claire que possible la signification de l'énoncé, qu'à la question générale qu'il formule équivalaient dans leur ensemble les trois questions partielles suivantes : 1** y a-t-il un droit naturel et en quoi consiste-t-il (possibilité objective)? 2*^ y a-t-il actuellement une humanité capable de le connaître avec la certitude scientifique, et dans quelles limites en est-elle capable (possibilité subjective)? 3** La connaissance de ce droit par celte humanité sous cette forme, est-elle possible et dans quelles limites (possibilité de rapport) ?

La matière que je dois traiter se trouve ainsi divisée en trois points parfaitement distincts, ot en général cette division sera, pour qui voudra examiner cette matière, une division excellente. Mais, dans le cas actuel, je ne puis l'adopter, pour un motif que j'ai invoqué dans une autre occasion : c'est que la démonstration du problème doit se faire par moi et pour mes lecteurs, c'est-àdire par un homme et pour des hommes. Si c'était un être étranger à l'humanité qui dûTTs'en occuper, il pourrait, comme je le disais tantôt, adopter à h^n droit la division que je viens de reproduire et examiner successivement et séparément chacun de ses termes. La seule nécessité à laquelle il ne pourrait se soustraire résiderait dans l'ordre de cet examen : il devrait absolument commencer par l'objet, continuer par le sujet et finir par le

rapport. En effet, comment parviendrait-il à résoudre le point de savoir s*il existe une humanité capable de connaître le droit naturel, ce qui constitue la seconde question, s'il ne savait déjà, ce qni constitue la première, en quoi consiste le droit naturel, puisque ce serait pour lui le seul moyen de mesurer la capacité du sujet qui doit connaître à la nature de la chose qui doit être connue. Et de même, comment déterminerait-il s'il peut y avoir un. rapport de connaissance entre le droit naturel et Fhumanité capable de le connaître, ce qui est la matière de la troisième ((uestion, s'il ne savait p^s déjà ce qu'est le droit naturel et ce quVst la capacité de rhumainté par laquelle il doit être connu? Ainsi donc, je le répète, pour un esprit étranger à l'humanité, il y a, il est vrai, un ordre chronologique dont il ne peut dévier dans Texamen des trois questions, ordre qui s'impose à tout le monde parce qu'il est fondé sur la nature même des choses, mais au moins chacune de ces trois questions pourrait être examinée séparément.

Or cet examen séparé devient impossible lorsque c'est un homme qui entreprend la démonstration. C'est un fait qu'il n'est pas difficile de constater. Supposons, en effet, que fidèle à cet ordre chronologique que j'ai signalé tantôt, je m'attaque, moi homme, à la première question, qu'en d'autres termes je recherche si le droit naturel existe et en quoi il consiste ; supposons de plus que, la résolvant, je conçoive en quoi ce droit consiste ; n'est-il pas évident que j'aurai du même coup résolu les deux autres questions? Car, puisque moi, homme, je conçois le droit naturel, il en résulte, non-seulement que l'humanité est capable de le concevoir (seconde question), mais encore que le rapport entre l'humanité et ce droit est possible (troisième question).

Mais s'il en est ainsi, c'est-à-dire, si, d'une part, je ne puis commencer que par la première, et si, d'autre part, la solution de la première est inséparable de celle des deux autres, je devrai, écartant la division naturelle de la matière, me borner, en raison de cette circonstance fortuite que j'appartiens à l'humanité, à un examen unique, dans lequel les trois questions seront confondues

EXPOSÉ DE LA DÉMONSTRATION DU PROBLÈME. m

OU plutôt marcheront de front, car il est impossible que l'inie d'elles disparaisse. En d autres termes, je tenterai de résoudre le problème en me demandant ce que moi ou mes semblables pouvons connaître du droit uîiturel; en mettant en œuvre, dans ce but, tous les moyens que nous avons d'acquérir des connaissances exactes et certaiïies, et en considérant à quel résultat on arrive. Chaque fois que j'aurai ainsi constaié l'existence d'une chose dans la réalité, c'est-à-dire son existence objective, j'aurai implicitement constaté ma capacité de connaître cette chose, et la possibilité d'un rapport entre elle et moi. Je le répète donc, les trois questions subsisteront quoique indissolublement unies.

Pourtant il n'en résulte pas que toute division soit impossible. S'il est vrai que je ne puisse disjoindre les éléments qui composent la matière que je me propose d'examiner, je puis au moins en faire différents tronçons, dont l'examen séparé facilitera ma tâche et reposera l'attention du lecienr. Si, comme je le disais ci-dessus, je dois mener de front les trois questions qui sont au fond de mon sujet, il m'est permis de diviser en étapes la route sur laquelle je marcherai sans jamais délaisser aucune d'elles. Chacune de ces étapes sera un développement nouveau de la matière, qui se déroulera sans cesse dans la plénitude de ses éléments jusqu'à ce que la solution en sorte.

C'est pourquoi je me demanderai d'abord si moi ou mes semblables nous pouvons nous assurer avec certitude et exactitude s'il y a, en réalité, un droit naturel ; je me demanderai ensuite si nous pouvons découvrir de quoi se couipose ce droit naturel, c'est-à-dire, quel est son contenu? Ce sont là, comme on le voit, les deux parties que renfermait la première des trois questions primitives. Elles se séparent dans la démonstration, non-seulement parce que chacune d'elles a un objet différent, mais surtout, parce que leurs solutions sont, comme on pourra s'(;n assurer, très-différentes. Le double examen auquel elles donneront lieu épuise la question de savoir si nous pouvons connaître avec certitude le droit naturel. J'en ferai l'objet des deux premiers chapitres qui vont suivre. Dans un troisième chapitre enfin, résumant tout ce que j'aurai fait dans les précédents, je formulerai

la sohuion du problème et jVxposerai les réflexions utiles qu elle uie suggérei-a.

Voici donc la division que j'adopte :

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