RÉACTION SOUS JULIEN
intensité, n'a pas produit de résultats durables. Neveu de Constantin, issu d'une lignée latine, il avait pourtant conscience d'être plus grec que romain, sans doute, parce qu'il était né à Gonstanti-
tnople et qu'il avait été élevé en Orient. Mais c'est son éducation et sa vénération fanatique pour les grands hommes de la littérature grecque, qui le détachèrent de la foi chrétienne.
Chose remarquable ! Il n'a jamais visité Rome, toute païenne qu'elle fût, et n'a appris le latin qu'en Gaule, lorsqu'il eut à commander en chef une armée romaine. Le grec était la langue qu'il parlait le plus, et dont il se servait pour écrire et pour penser; ses soldats le sentaient fort bien : un jour qu'il avait provoqué leur mécontentement au cours d'une campagne au Nord-Ouest de l'empire, on murmurait dans le camp contre « ce Grec perfide, cet Asiatique stupide avec tout son étalage de sagesse ».
Ses prédécesseurs, conscients de leur puissance de maîtres d'un empire universel, mettaient un scrupule extrême à se rendre inaccessibles ; il en était tout autrement pour Julien avec son caractère d'ascète et son goût pour les plaisanteries familières. Quand, devenu seul maître de l'empire, il eut ouvertement embrassé le paganisme, il se fit un point d'honneur de n'accomplir dans les temples des dieux que la partie la plus humble des cérémonies ; il n'était pas de nom qu'il craignît plus que celui de tyran, et on racontait que, seul, le sentiment de l'indignité de ses contem- [ porains l'avait empêché de rétablir la république.
Dans son désir de se rendre populaire, il traitait le Sénat avec des égards que cette assemblée ne connaissait ni ne désirait plus depuis longtemps, et il aimait mieux punir par un pamphlet de philosophe satirique, que par les rigueurs de la loi, les offenses faites à sa majesté impériale : il ne se rendait pas compte, que des paroles mordantes, comme celles qu'il adressa aux habitants efféminés d'Antioche, lui faisaient des ennemis irréconciliables, bien plus que l'exécution de quelques meneurs.
Il se permettait le dangereux plaisir d'employer son esprit à faire rire ses sujets aux dépens de presque tous les empereurs qui avait régné à Rome avant lui ; il ne faisait exception que pour le seul Marc-Aurèle, qui, comme lui, avait été philosophe. Il fallut toute son infatigable énergie, il fallut tous ses succès guerriers pour contrebalancer l'influence dissolvante de la manie peu impériale qu'il avait de discuter et de faire de la théologie ; s'il avait survécu à l'insuccès de son expédition contre la Perse, il n'aurait pu, sans aucun doute, conserver sa toute puissance qu'en adoptant un despotisme absolument en désaccord avec ce que lui avaient appris ses maîtres de dialectique.
Doit-on exiger en premier lieu d'un homme d'état le progrès du bien-être matériel, et de la puissance de l'empire, comme le. vulgaire l'entend ? Dans ce das, il faut qualifier l'apostasie de Julien de réaction insensée. Le repos de Tétat en fut sérieusement menacé, d'autant plus que Julien, cédant ou à une