‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 100 sur 122 · SON- LANGAGE · texte numérisé non relu

SON- LANGAGE

Les sages qui ne peuvent ramasser la pierre, ce sont les sages d'après le monde, qui ne possèdent pas la vraie science et dont il a été dit : « Je vous remercie, 0 mon Père, que vous ayez caché ces choses aux sages et aux hommes intelligents pour les révéler aux petits enfants ».

L'exemple de Psellus que nous venons de donner est l'un de ceux où il montre le moins de mauvais goût; il est facile de comprendre quels résultats insensés a dû donner cette méthode quand elle a été employée par des écrivains moins intelligents que lui.

Toute la science de Psellus n'aurait certainement pas suffi pour faire de lui l'homme le plus fêté de son siècle, s'il n'avait pas été avant toutunhel esprit. L'éloge qu'il prodigue à ses amis, celui « d'avoir la langue bien pendue », s'applique avant tout à luimême. « L'art de disposer les mots, dit-il quelque part, « m'enchante » et toute son œuvre vient confirmer cet aveu. C'est pour lui un besoin d'unir la prolixité à une élégance exquise. Il gagnait ainsi l'admiration des cercles de la cour où il fréquentait. On dit que l'empereur fut positivement enthousiasmé quand il reçut la lettre suivante, qui accompagnait un présent de trois poissons : « De nouveau je vous offre, ô mon Maître et Seigneur, trois poissons psittacins. Le nombre est mystique et, par son énoncé même, divin. Le blanc qu'on y voit manifeste votre pureté et, en outre, le psittacin est, seul de tous les poissons, doué de parole ; c'est, pourrait-on

dire, un poisson voué aux Muses : en cela aussi il constitue un symbole de votre langage élégant et musical. Que cette trinité vous garde; que la blancheur des vertus vous couvre de ses rayons. Puissiez-vous, par votre langage, donner expression au divin, ô Prince plein de bonté et de justice ! »

Cette manie d'accumuler des phrases sonores et ce besoin de faire parade à tout propos d'une sagesse apprise dans les livres, enlèvent à l'auteur tout contrôle sur son imagination. Dans un éloge funèbre de sa fille, dont maint passage témoigné cependant d'un sentiment sincère, sa passion pour un indiscret bavardage l'amène à s'étendre sur la beauté de la jeune fille ; et ce qu'il en dit dégénère peu à peu en une dissertation anatomique de quatre pages serrées. Il ne nous fait grâce d'aucune partie du corps ; là où le médecin qui visite les morts se refuserait à dire ce qu'il a vu, notre père désolé cite l'Aphrodite de Gnide et rappelle une anecdote peu convenable ; il s'inspire en cela d'un tableau cité par un auteur qui pense comme lui. Et l'on admirait tout cela ! Bien mieux ! La langue de Psellus continuera à trouver des admirateurs, si l'on ne cesse de croire que des pensées viles peuvent s'exprimer en langage poétique, que des poètes peuvent revêtir leurs idées de formes banales. On finira par comprendre un jour que notre admiration ne doit pas aller à la langue grecque, mais uniquement aux plus nobles des Grecs; alors aussi on ne prétendra plus que Psellus est un artiste dont

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