COMPARAISON AVEC PSELLUS
démontrer ; il laisse donc entièrement de côté la foi aux choses les plus hautes, aux choses divines, bien qu*elles importent plus que tout le reste et qu'on puisse même les employer comme moyens de preuve, car le divin est la cause de tout ce qui existe. Non seulement il n'a rien écrit à ce sujet, mais il a même laissé dans Tombre ce qu'il pensait. Platon, au contraire, s'accorde avec notre religion en ce qu'il ne réclame pas de démonstration et qu'il pose la foi comme la première vertu par l'exercice de laquelle il faut honorer la divinité ».
L'accord que Bessarion établit entre Platon et la Bible est assez vague et ne se fonde, à nos yeux, que sur des analogies assez lointaines ; la divinité est ce qui est premier ; Dieu aime la justice ; Dieu combat les orgueilleux. Pour conclure que la foi doit être la base de la science et du bonheur, il nous semble que Bessarion choisit avec soin certaines paroles de Platon plutôt qu'il ne s'inspire de l'esprit qui anime l'ensemble de sa philosophie. Mais, sur des chrétiens du onzième ou du quinzième siècle, ces parallèles devaient, à coup sûr, faire la plus profonde impression.
Il va de soi que les théories de Platon qui^ scandalisent le plus beaucoup de chrétiens, sa façon de concevoir l'amour et ses prescriptions pour l'abolition du mariage, ne pouvaient trouver un y. défenseur en Bessarion. Il est visible, toutefois, que, j pas plus que Psellus, il n'en est fort blessé ; comme \ le ferait un historien moderne, il s'efforce d'expliquer J
f ces idées peu chrétiennes par les opinions de son f temps, où l'on tenait pour permises beaucoup de choses que, plus tard, on regarda comme honteuses. • Il montre, que chez maint peuple païen, on rencontre f de bien plus grands abus encore ; au surplus, il estime que la chasteté peut être aussi bien gardée \ par un peuple qui n'attache pas d'importance à j^ cacher avec soin toutes les parties du corps, que par |i « les femmes d'Italie, qui, en public, portent sans \\ pudeur des habillements fort décolletés ».
La différence qu'on constate entre Psellus et Bessarion provient tout d'abord de leur caractère. Le savant byzantin, aussi vaniteux que querelleur, montre une égale virtuosité, qu'il s'agisse d'insulter ou de louer et de flatter. Le cardinal, toujours conciliant au contraire, rejette tout mo3^en blessant pour son adversaire ; quand un favori, dans le but de lui faire plaisir, publia un écrit véhément contre Aristote et son défenseur, au lieu d'un remercîment, il reçut de Bessarion une lettre pleine de reproches pour l'injustice dont il se rendait coupable à l'égard d'aussi hautes personnalités. Toute intransigeance, toute partialité répugnaient à son tempérament de savant uniquement occupé de ses spéculations, et n'ayant I d'autre passion que le philhellénisme. Il prend ! décidément parti pour Platon, mais en se gardant toujours de faire tort à Aristote. C'est à lui qu'on j doit cette parole caractéristique : « J'honore Aristote, mais j'aime Platon ». Et il ne rejette jamais non plus entièrement les commentateurs de Platon et