‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 106 sur 122 · OPPOSITION CONTRE LE CLASSICISME · texte numérisé non relu

OPPOSITION CONTRE LE CLASSICISME

richesse et considération à quiconque dispose de la dose voulue d'impudence et d'éloquence.

Le dernier numéro de la vente, est Démosthène. Il fait parade du décret pris en son honneur et vante bien haut les services qu'il a rendus à la liberté de la Grèce ; mais il ne parvient pas à réfuter le reproche de vénalité qu'on lui a fait comme à d'autres.

Pour écrire ce dialogue, il a fallu certainement de i vastes connaissances littéraires, une certaine habileté j à manier les idiotismes du dialecte épique et du j dialecte ionien, et beaucoup d'intelligence; par ■ toutes ces qualités, qui sont d'ordre intellectuel, Prodrome s'est montré le digne successeur de Lucien. Pour la composition, il surpasse son modèle; ' car, dans l'ancien morceau, on sent trop bien que les demandes sont faites afin de permettre à l'auteur de reproduire les opinions courantes du vulgaire sur les philosophes. Au surplus, la Vente des philosophes n'est pas précisément l'œuvre la mieux réussie de Lucien. La façon dont Prodrome parle des grands hommes nous déplaît moins chez un écrivain clirétien que le C3^nisme choquant avec lequel Lucien se sert de racontages calomnieux sur Socrate pour pouvoir placer quelques plaisanteries.

Sous le nom de Prodrome ont longtemps couru ^ica^ quatre poésies appartenant aux premiers essais d'une ^^^ littérature qui rompt avec l'imitation de l'antiquité. Ç^-^^ Si Malalas avait répudié la tradition, c'était par impuissance, et des esprits moyens, comme Constan-

tin Porphyrogénèto, avaient cherctié une forme qui conciliât l'antiquité avec les temps modernes ; mais, cette fois, nous avons affaire à des auteurs capables de se servir de la langue artificielle, et prenant, malgré cela, parti pour la langue parlée. Et ce n'est point par hasard que ce phénomène se produit justement à l'époque des Gomnènes. L'atticomanie d'une Anne Gomnène et d'autres esprits de la même nature précipita le moment de la réaction ; car l'effort insensé qu'ils firent pour s'abstraire du temps où ils vivaient devait fatalement échouer. Par le fond, la nouvelle littérature différait peu de celle de la cour et des savants ; on se mit, il est vrai, à écrire pour le peuple, en prenant d'ailleurs ce mot dans son sens le plus large. Au palais et à l'Université aussi, on goûtait beaucoup, tout démocratique qu'il fût, l'humour qui se dégage de certaines pièces, comme, du reste, on avait déjà admis autrefois plus d'une trivialité dans le grec scolastique.

Dans les ouvrages scientifiques et, en général, dans la prose écrite, on n'adopte point la langue soidisant vulgaire. Quant aux poètes qui l'emploient, ils cherchent, par des moyens très différents, soit à édifier soit à divertir le lecteur.

Ces écrivains, malgré l'intention qu'ils ont plus d'une fois exprimée, ne parviennent pas toujours à rendre parfaitement l'idiome que parlait le peuple entier depuis l'empereur jusqu'au mendiant. Celui qui, élevé dans le respect exclusif du passé, n'a jamais lu que du gi'ec ancien, authentique ou non, a

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