POÈMES SATIRIQUES ATTRIBUÉS A PRODROME
« Dernièrement, elle me voit revenir à la maison ; pondant que je descends de cheval, elle ferme la porte. Je n'avais rien bu encore (je veux bien convenir que, sur ce point, je ne suis pas sans reproche) et je me mets à frapper la porte avec un manche à balai ; je parviens à le faire pénétrer à l'intérieur ; mais ma femme le tire à l'autre bout, lâche prise soudain et ouvre en même temps la porte : et je me trouve étendu de tout mon long! J'attends, mais sans quitter la porte des yeux. Tout-à-coup j'entends un cri perçant, suivi d'une rumeur épouvantable ; c'est que l'un de mes enfants est tombé par la fenêtre et le voilà gisant comme mort dans la rue. Tout le monde se précipite en bas et toutes les commères du voisinage accourent et se mettent à jacasser. Je profite de ce moment pour m'emparer de la clef du garde-manger; je mange et je bois autant que je peux ; puis, quand je suis rassasié, je ressors pour me lamenter avec les autres. Quand l'enfant est revenu à lui, ma femme le prend en haut avec elle et m'envoie coucher tout seul sans manger. Dans mon sommeil, je flaire un ragoût délicieux, je m'éveille, je m'habille en pèlerin russe ; comme tel, je puis prendre part au repas et, rien qu'à voir les grands morceaux, je me sens un tout autre homme ». ^ Prodome n'est pas mieux loti comme moine. Il a à se plaindre de deux abbés qui sont à la tête du couvent et qui interprètent les règles selon leur bon plaisir. Pour la profusion des détails, ses plaintes n'ont pas d'égales. D'abord, il ne peut souffrir la
sévérité de ses supérieurs et leur façon de punir, qui se réduit toujours à faire jeûner et encore à faire jeûner. « Quand je manque un jour à la première messe, on dit: « Où était-il pendant le chant des psaumes ? Ne lui donnez pas de pain. — Où était-il quand il fallait balancer l'encensoir? Qu'il reste à genoux. — Où se cachait-il pendant les vêpres ? Jetez-le hors du couvent ». Mes souliers ne sont pas assez grossiers ; ils sont trop plats et trop pointus. Je ne dois pas m'imaginer que nous sommes tous égaux ici. L'un est un prélat considérable, et moi y je ne suis que sonneur; lui, il administre le couvent, tandis que je puis garder le bétail et chasser les corneilles ; il compte l'argent et l'inscrit dans ses livres et moi, il m'est loisible de compter les fèves et d'inscrire combien nous avons de persil. Il sort du couvent à cheval, escorté d'une longue suite, comme un grand seigneur ; et, moi, on m'expédie faire toute sorte de commissions au marché. Je ne puis jamais quitter le couvent pour mon plaisir ; quand je veux aller voir un ami et montrer aux voisins que, moi aussi, je sais monter à cheval, on ferme la porte. Oh! cette porte ! Ce n'est pas en disant la vérité qu'on la fait ouvrir, mais en. débitant un mensonge habilement arrangé. Prêtez-moi votre attention. Sire, car je vais vous apprendre la puissance du mensonge ; ma fécondité en fait d'inventions vous amusera. « Mon père, je n'ai plus de parchemin et mon encre est épuisée ; je reviendrai tout de suite ». « Mon père, j'ai donné à teindre une pièce de drap et je dois aller la