‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 110 sur 122 · LE POÈME DE SPANÉAS · texte numérisé non relu

LE POÈME DE SPANÉAS

rechercher; et je reviendrai tout de suite ». « Mon père, j'ai un frère à la mort et je dois aller auprès de lui ; et je reviendrai tout de suite ». En parlant ainsi, nous nous assurons parfois une petite récréation et nous voyons quelque chose du monde.

« Les deux abbés ont, sur leur table, le meilleur poisson de la terre ; ils boivent le vin fin de Ghio et ne se refusent rien. Pour nous, c'est le même mets qui revient tous les jours : un potage maigre. Il y a un chaudron, Sire, qu'on emplit d'eau jusqu'au bord ; il y entre vingt pelures d'oignons ; on attise le feu et alors commence cette bizarre cuisine. Le maître-queux y ajoute un peu d'huile, quelques petits morceaux de bois parfumé et verse sa décoction sur notre pain ; voilà ce que nous mangeons, ce que nous nommons « la sainte soupe». Le petit vin aigre que nous buvons avec cela est terriblement coupé ».

Le refrain de toutes ces poésies, c'est : « Donnez ^. nous de l'argent ! » « Bien qu'on m'appelle Prodrome (le précurseur) aussi bien que St Jean-Baptiste, ne vous laissez pas induire en erreur et ne croyez pas que je me nourrisse de sauterelles et de miel sauvage. Je fais grand cas d'une grasse cuisine, de grandes tranches de poisson et d'un succulent morceau de j filet de mouton ». i

4 la même époque que les poésies de Prodrome a j, j^^ paru un poème didactique, écrit en langue vulgaire, /-^ dans lequel un père donne à son fils des enseignements pour la vie. Il s'adressait à un prince impérial et c'est bien une preuve que l'auteur ne se sert pas

du patois des rues, mais bien de la langue parlée aussi au palais. Ce morceau étant une imitation du discours à Démonicus^généralement attribué autrefois à^ Isocrate, nous avoDS ainsi une preuve concluante que le poète comprenait le grec ancien. Cependant le Spanéas (c'est sous ce nom que le poème en question nous est connu) e^t devenu tout autre chose qu'une rédaction en vers de roriginal, débarrassé des mots ou des tournures difficiles ; le poète parle sa propre langue et exprime ses pensées à^lui. La plate morale du modèle, dont le grand mobile n'est pas l'amour du bien, mais le désir de provoquer l'admiration est ennoblie par des sentiments chrétiens. L'auteur a continuellement recours à des passages de la Bible, mais il sait choisir ses exemples et les exprime dans le simple langage qui , lui est propre. De là une façon originale, à la fois païenne et chrétienne, de comprendre le devoir d'un prince, et si le poète a pu fondre ces deux conceptions en un tout harmonieux, c'est qu'il les trouvait incarnées toutes deux dans la personne d'Alexis I".

K) * Les conseils de Cécaumène à son fils, dont nous s^*^ avons parlé ci-dessus (p. 191) présentent, pour le fond, plus d'un trait de ressemblance avec le Spanéas. Seulement, dans le premier ouvrage, c'est un gentilhomme indépendant qui parle ; ici, on fait l'éducation d'un prince, qui doit, avant tout, être ' ' soumis à l'empereur. Il faut qu'il l'aime, qu'il ^Vl l'honore et qu'il le craigne ; car c'est lui l'élu de ï

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