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LE POÈME DE SPANÉAS

Dieu, l'oint du Seigneur; et, de même que notre (^^ âme est en danger quand nous entendons un^>^ blasphème et que nous ne signalons pas le blasphé- ^uJ^« mateur, de même, c'est une infamie de ne pas ^ dénoncer immédiatement l'homme que nous surprenons ourdissant une trame contre le prince. Un tel individu mérite la mort, pour détourner les autres par la terreur de son exemple. L'empereur aussi Ij est regardé comme une personne divine, et ce |l qu'on entreprend contre lui est funeste à tout le monde. L'importance que le poème attache à la 4 science et à la finesse l'a rendu particulièrement I populaire à Byzance. Aussi s'est-il répandu partout ft en différentes rédactions et a-t-il provoqué toute U sorte d'imitations. Plus les remaniements ultérieurs sont récents, plus la morale s'abaisse. L'éducateur inculque à son pupille l'idée que, s'il a mal agi, s'il a, par exemple, commis un meurtre, il n'en doit cependant rien dire à sa femme ; peut-être se querellera-t-il un jour avec elle et si, alors, elle va méchamment bavarder, elle pourra mettre sa vie en danger. De même, quand on s'est approprié une chose appartenant à autrui, c'est le cas, ou jamais, de bien veiller sur ses paroles.

Les Byzantins avaient tant de goût pour ces enseignements et ces conseils, qu'on allait jusqu'à employer la forme du poème didactique pour débiter toute sorte de remarques satiriques ou immorales. C'est ainsi qu'un poète crétois veut inspirer l'amour de la vertu en dépeignant, dans tous ses détails, sa

vie impure ainsi que les suites, méritées au non, qu'elle lui a values.

Avec cette tendance à railler et à prêcher, le goût des récits romanesques a été un facteur puissant de la naissance de la nouvelle littérature. Nous avons un roman byzantin en vers, qui est dû très ?<r>^x probablement à un contemporain de Prodrome, à moins qu'il ne soit un peu plus ancien que lui. On y raconte les aventures de Callimaque et de -^^^ Ghrysorrhoé. Un jeune prince, Callimaque, arrive ^^ à un château qui s'élève sur une montagne et que ^- gardent des monstres. Ce Callimaque est Je plus courageux de trois frères envoyés par leur père à travers le monde, pour voir qui d'entre eux pourra, par ses exploits, prétendre à la couronne. Le jeune homme escalade la muraille et trouve dans le château une jeune fille — une princesse, cela va de soi — suspendue par les cheveux. Il a tout juste le temps de se cacher sous un grand vase d'argent quand rentre le propriétaire, géant qui a dévoré les parents et tous les compagnons de la jeune fille. Le monstre commence par la maltraiter avec une baguette flexible et se met ensuite en devoir d'absorber des mets et des boissons qui viennent d'eux-mêmes se poser sur la table. Après quoi il s'endort. Le jeune héros s'empare de son épée et le tue. Mais la vie heureuse qu'il mène dès lors avec la princesse dans le château enchanté ne peut durer longtemps. Une vieille sorcière l'appelle à son secours contre un monstre, et parvient ainsi à l'attirer hors du palais.

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