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LE GREC MODERNE PROUVE LA DIFFUSION DU LATIN

latin pour qu'il rendit, par des mots latins, certaines idées pour lesquelles on avait jadis employé des expressions parfaitement grecques. Citons, comme exemples, les mots suivants : hache, porte, maison, s'appuyer, pieu, barquette, boucher, escalier, graisse, chemin, blanc, noir et bien d'autres. Ajoutons que la présence dans le grec actuel de différents suffixes empruntés au latin montre que cette langue n'était pas seulement connue des fonctionnaires ou des courtisans, d'autant plus que ces suffixes et ces mots empruntés, dont nous avons donné un spécimen, sont répandus dans tous les pays où l'on parle grec.

Bien qu'on ne puisse suivre en détail ce contact intime avec le latin et qu'il faille se contenter de conjectures, il y a cependant certains faits qui peuvent éclairer la question. La partie nord et nordouest de la presqu'île des Balkans était beaucoup plus latinisée au premier siècle de notre ère que la langue actuelle de ces régions ne pourrait le faire supposer. La langue romane des Roumains au nord de la Turquie actuelle conserve le souvenir d'une période où l'on parlait latin depuis Dyrrachium jusqu'à Marcianopolis, non loin de la Mer Noire. Il est possible (d'aucuns disent que cela est certain) que Justinien, originaire de Dardania, ait eu pour langue maternelle le latin : l'expression grecque qui nous relate le fait est susceptible des deux interprétations. Mais si le doute est permis à propos d'un prince qui, déjà bien longtemps avant son avènement au trône, a vécu dans un milieu grec, on peut affirmer

avec certitude, des nombreux soldats qui venaient de ces régions, qu'ils parlaient latin ; et il est probable qu'en vivant avec des grecques et des grecs, ils ont introduit ces mots de la vie de tous les jours. Des dialectes slaves ou grecs ont reconquis beaucoup de territoires sur les langues romanes dans cette partie de l'Europe. Celle des Valaques de la partie méridionale de la Macédoine surgit comme un ilôt au milieu de la mer des parlers grecs et slaves qui a submergé le pays.

Les raisons qui, dans ce conflit des langues, devaient faire succomber relativement assez vite le latin résultent surtout de la marche des événements comme nous l'avons racontée. Il convient cependant d'attirer encore l'attention sur deux circonstances. Uune, c'est que tous les Romains bien élevés connaissaient et admiraient la littérature grecque et qu'ils parlaient le grec ; aussi n'y avait-il pas, la plupart du temps, d'eiïbrt pour personne à apprendre une langue étrangère. L'autre circonstance, plus décisive encore, c'est que les Romains qui s'établirent en Orient du temps de Constantin le Grand et de ses premiers successeurs n'étaient pas, en grande partie, mariés ; et ceux mêmes qui arrivaient avec leurs femmes n'échappaient pas, en général, à la nécessité de donner à leurs fils des Grecques pour épouses.

Il est à remarquer que, même dans les cercles où le latin se parlait le plus, on ne croyait pas nécessaire d'enseigner aussi aux femmes cette langue étrangère; si l'on rapporte au sujet de Pulchérie,

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