CONVICTIONS RELIGIEUSES DE JUSTINIEN
civilisé de son temps ; aussi fallut-il rédiger ce Corpus juris dans la langue officielle de la cour, le latin. Nous avons vu plus haut (p. 41) qu'on ne tarda pas à se pourvoir de traductions.
Des jurisconsultes de notre époque ont critiqué l'œuvre de Justinien, parce qu'elle entravait le libre développement de la science : un despote, par son autorité, dépouillait d'avance de leui- force les résultats de l'étude scientifique du droit. Mais on ne peut nier que l'esprit de la religion chrétienne se manifeste dans cette législation ; on rendit la situation de la femme plus favorable que sous le vieux droit romain ; on limita les pouvoirs du père de {nf^n famille ; la loi, enfin, d'accord avec la coutume, adoucit la rigueur de l'esclavage, que la théorie avait déjà qualifié d'institution contraire à la nature.
Pour les affaires ecclésiastiques, Justinien continua aussi la politique de ses prédécesseurs et, bien que ^ la situation fût plus délicate que de leur temps, /vv^*^ il réussit à maintenir l'unité de l'empire au point de ' A^ vue spirituel, au moins pour quelque temps, et à T^ gouverner comme chef suprême l'Église et l'Etat.
Il semblait que le but que poursuivait sa politique lui lierait les mains quand il s'agirait de consolider l'unité de l'Église. Car le parti des monophysites était très puissant en Orient; si l'on voulait conserver la Syrie et l'Egypte, il était indispensable de faire des concessions à la doctrine de la simple nature du Christ, bien qu'elle eût été condamnée par un concile (voir p. 33). Mais chaque pas que le gouvernement
risquait dans cette voie menait à une rupture avec l'Occident, où l'on regardait le monophysitisme comme une hérésie abominable.
Un prêtre qui penchait vers le monophysitisme avait été nommé patriarche de Constantinople. Le pontife suprême de Rome, qui visita Constantinople peu de temps après cette nomination, réussit à le faire destituer, et remplacer par un prélat plus orthodoxe. Mais, en revanche, l'empereur obtint des concessions de ce prélat orthodoxe et, ainsi, le pape se trouva placé devant un dilemme délicat à résoudre.
Il en résulta qu'une partie de l'Occident, à commencer par l'Afrique, où l'on était le plus excité contre la doctrine jadis condamnée, se détacha de l'empire pour un certain temps. Justinien n'avait donc pas obtenu tout ce qu'il désirait ; mais on vit bien que la lutte avait consolidé sa suprématie. Plus d'une fois, en effet, il avait réglé des affaires ecclésiastiques par ses édits ; en outre, on admit le principe que le choix d'un nouveau pape par le clergé, la bourgeoisie et les soldats de Rome, serait ratifié par le placetum du représentant de l'empereur en Italie, l'exarque de Ravenne ; celui-ci, naturellement, devait prendre les ordres de son souverain.
Quand on juge l'attitude de Constantin le Grand vis-à-vis du christianisme, on considère souvent les convictions personnelles de l'empereur comme un facteur sans importance ; nous devons prémunir contre la même erreui* le lecteur qui veut se prononcer sur la politique ecclésiastique de Justinien.