RÉACTION CONTRE LE GÉSAROPAPISME
manqua d'être anéanti et quatre empereurs avaient déjà succombé, victimes en bonne partie de la situation déplorable dans laquelle l'impérialisme avait mis les affaires intérieures et extérieures.
En Italie, on l'a vu plus haut, les conquêtes des Byzantins, qui avaient coûté tant d'années de lutte opiniâtre avaient bientôt été anéanties par la puissance grandissante des Lombards. Le système du rachat des invasions barbares que pratiquait Justinien renfermait le germe de sa destruction, puisque les sommes à oifrir devaient toujours s'élever et que les ennemis qui menaçaient augmentaient en nombre. Les Perses aussi l'emportaient de plus en plus sur les Romains et, là seulement où l'ennemi était en proie à des dissensions, on obtenait la paix autrement qu'en l'achetant. En 608, l'année la plus critique de cette époque pleine de périls, les Perses traversèrent toute l'Asie Mineure et campèrent sur le Bosphore, vis-à-vis de Gonstantinople.
A l'intérieur, on avait bientôt vu se produire une réaction contre le césaropapisme de Justinien. Dès que le pouvoir central donna quelques marques d'affaiblissement, les possesseurs de grandes fortunes, qu'on avait eu tant de peine à maîtriser, s'arrogèrent une dangereuse indépendance ; les provinces agricoles de l'Asie Mineure relâchèrent les liens qui les rattachaient à la capitale ; et le haut clergé étendit son influence en dehors de l'Eglise.
On ne pourrait prétendre que les premiers successeurs de Justinien aient été de mauvais souverains ;
mais ils n'avaient pas assez de génie pour arrêter une décadence qui était presque inévitable.
La stricte économie de l'un d'eux, que les embarras financiers de l'état rendaient cependant nécessaire, lui fit encourir l'impopularité. Les mesures dispendieuses qu'un autre dut prendre pour fortifier l'armée, quoique indispensables pour la sécurité de l'état, entraînèrent de nouvelles difficultés financières, qui obligèrent son successeur à aggraver le poids des impositions. Avec un trésor mal pourvu, c'eût été un tour de force que de satisfaire le peuple réclamant des distributions de blé, tout en se procurant la forte armée qu'il fallait pour résister aux nations étrangères. Ce tour de force, aucun de ces empereurs ne sut Taccomplir.
Le meilleur de ces souverains, Maurice (582-602), qui régna vingt ans, finit par être victime d'une sédition, où les dèmes jouèrent encore un rôle. L'empereur espéra en vain qu'ils s'armeraient pour l'aider contre un corps d'armée en révolte ; il laissa le trône et la vie aux mains du chef des troupes mutinées. Cependant, la puissance du Patriarche de Constantinople avait beaucoup grandi . Les empereurs cherchaient appui auprès de lui et quand le Pape Grégoire le Grand se plaignit sérieusement à Maurice de l'arrogance de son collègue oriental, qui prenait le titre d'évêque œcuménique ou universel, sa réclamation n'eut aucun effet.
Avec le temps, les liens qui rattachaient Byzance à l'Occident se relâchaient de plus en plus et, de plus