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INCURSIONS DE PEUPLES BARBARES

en plus, l'empire grec se consolidait en face de la Curie latine, qui se croyait l'héritière des anciens empereurs de Rome. Grégoire exprima ouvertement la satisfaction que lui causait la chute de Maurice et loua l'usurpateur Phocas, ce rude et sanguinaire tyran, qui, pendant un règne de huit ans, vit son empire en proie à la terreur; ce n'étaient que conjurations à l'intérieur, humiliations devant les barbares, émiettement du territoire.

Ce qui, au sixième siècle et aux siècles suivants, (\f empêcha l'anéantissement de Byzance par l'invasion -^— des barbares, ce ne fut ni l'or que lui procurait son commerce ni la force de ses armées ; ce fut plutôt la puissance d'assimilation ou mieux d'absorption sans égale du peuple grec. Des tribus d'Avares et de Slaves pénétraient partout dans l'Hellade jusqu'au fond du Péloponnèse ; si grand a été leur nombre qu'un savant très ingénieux mais un peu trop pressé de conclure, Fallmerayer, a pu soutenir que toute la Grèce au moyen-âge est devenue slave et qu'on ne retrouverait plus une goutte de pur sang hellène dans les veines du peuple grec de nos jours.

Cette affirmation, qui a causé à maint philhellène un chagrin aussi grand que celui d'un collectionneur dont on déclarerait les antiquités non authentiques, s'appuie sur quelques constatations exactes ; mais elle est absurde si on la prend à la lettre. Des noms de lieux d'une incontestable origine slave ne sont pas rares au Péloponnèse; de même, dans la langue populaire, beaucoup de mots sont incontestablement

empruntés au slave. La richesse de ces deux éléments permet de dire avec vraisemblance que la langue des habitants du Nord de la péninsule balkanique n'a pas exercé son influence de loin, mais qu'il y a eu un certain temps en Grèce des centres de population parlant le slave. Cependant il est certain que^ même dans ce cas, les intrus ont été bientôt hellénisés. Il va de soi qu'ils ne pouvaient manquer de faire accepter, de leur nouvelle patrie, quelque chose de leurs coutumes et de leur foi.

Mais l'empire, assailli de tous les côtés, fut sauvé par la seule région qui jouissait d'une situation prospère et qui savait inspirer le respect aux peuples avoisinants, l'Afrique occidentale. De Garthage, le fils de l'exarque, Héraclius, mit à la voile pour Constantinople avec une flotte puissante, et comme toutes les classes de la population étaient mécontentes de l'état des afîaires, il n'eut aucune peine a détrôner Phocas et à prendre sa place (610).

Bien des réformes étaient nécessaires. Probablement avec le concours financier de Garthage, on fit des tentatives pour fortifier les armées ; mais, avant qu'on pût y réussir, de nouvelles calamités vinrent fondre sur l'empire. La Syrie fut conquise par les Perses, qui s'emparèrent de Jérusalem ; on emporta dans le pays des ennemis la croix sur laquelle Jésus était mort, et qu'une chrétienne, la mère de Constantin le Grand, avait fait déterrer sur le Golgotha.

Quand cette sainte relique eut été enlevée de

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l'église de la Résurrection, la chrétienté sembla dépouillée de son palladium et cette nouvelle abattit tous les courages ; bientôt après, on apprit, avec non moins d'angoisse, que les Perses occupaient l'Egypte, et qu'ainsi les principales cargaisons du blé destiné à la capitale étaient aux mains de l'ennemi. Héraclius lui-même, désespérant de l'avenir, se prépara, nouveau Constantin, à déplacer le siège de l'empire ; cette fois non pour mieux tenir l'ennemi en respect, mais pour lui échapper. Son idée était de faire de Garthage sa résidence. L'Eglise et le peuple intervinrent ; la perte de la Sainte Croix avait transformé le prolétariat, qui vivait des deniers publics, en un peuple enthousiaste, et le patriarche conjura Héraclius de ne jamais abandonner la sainte cité de Constantin.

Le clergé ne s'en tint pas aux paroles ; on fit argent des trésors accumulés dans les églises et les couvents, et on enrôla une puissante armée. Et ce n'est pas seulement l'enthousiasme qui procura des soldats. La conquête de l'Egypte avait, pendant un certain temps, tellement diminué la quantité du blé à Constantinople, qu'on ne dut pas seulement suspendre les distributions publiques mais qu'on vit éclater la famine. On put toutefois y porter remède, probablement parce qu'on s'aperçut bien vite que les nouveaux maîtres de l'Egypte aimaient mieux livrer du blé au gouvernement de Constantinople, qu'ils détestaient pourtant, que de se priver d'un aussi bon client. Cependant ceux qui s'étaient jadis contentés de tirer leur entretien des distributions

publiques purent — et ils le firent volontiers — gagner leur pain en qualité de soldats, et mériter peut-être le ciel dans cette guerre sainte. f La lutte contre les Perses prit ainsi tout-à-fait le caractère d'une croisade. Après de longs préparatifs, on la commença : elle avait été rendue matériellement possible, et l'Eglise lui avait donné la consécration religieuse. Héraclius était bien l'homme qui convenait pour diriger une telle entreprise. C'était un fanatique : il éprouvait pour les Juifs cette horreur qui, si souvent, marche de pair avec un réveil chrétien, et il avait une confiance inébranlable dans une image de la Sainte Vierge qui n'était pas faite de mains d'hommes, et qu'il emportait avec lui dans ses expéditions. Il était en tout d'accord avec le patriarche, qui, en sa qualité de conseiller de son fils mineur, administrait les affaires en son absence. L'enthousiasme religieux s'alliait chez lui à des qualités remarquables d'homme de guerre, et c'est ainsi qu'il réussit, après une lutte de six ans, à détruire complètement la puissance de la Perse.

La lutte avait été violente, car les deux adversaires comprenaient que le moment était venu pour eux de régler définitivement leurs comptes. Les chrétiens tuèrent par dizaines de milliers ces adorateurs du feu qu'ils détestaient, et ils rasèrent le lieu de naissance de leur prophète Zarathustra. Mais, chaque fois, le roi de Perse parvenait à réunir de nouvelles armées et, en Tan 626, alors que la guerre tournait déjà depuis quatre années à l'avantage des

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Byzantins, il réussit encore à faire avancer une armée vis-à-vis de Constantinople, jusqu'à Ghalcédoine (le Scutari d'aujourd'hui). En même temps, son allié, le prince des Avares, menaçait la ville du côté de la terre avec une armée de 80.000 hommes.

Héraclius était absent; mais le patriarche sut si bien enflammer le courage des habitants pour cette guerre sainte contre les ennemis du Christ et de la Ste Vierge, qu'on n'examina même pas les conditions de paix que les Avares avaient offertes en s'approchant des puissants remparts : on oubliait la vieille habitude d'acheter les barbares. Le siège dura six semaines ; les attaques simultanées des troupes perses et avares échouèrent et, après un violent combat, pendant lequel la Ste Vierge elle-même s'était montrée sur les murs de la ville à ceux qui croyaient en elle, 1^ Avares durent se retirer. Une hymne qu'on chante encore dans la liturgie de l'église orthodoxe, et qui est connue sous le nom iVakathistos fut, dit-on, dédiée par le patriarche à la Mère de Dieu en l'honneur de cette victoire.

Quand, deux ans plus tard, Héraclius fit son entrée solennelle à Gonstantinople, traversant, comme un triomphateur de l'ancienne Rome, la rue principale de la ville pour se rendre au sanctuaire le plus important, il avait atteint le but qu'il s'était proposé ; lia Sainte Croix était reconquise et il put la rapporter [à Jérusalem ; l'Asie Mineure et la Syrie étaient de nouveau soumises au pouvoir de la nouvelle Rome )i il en était de même de l'Egypte. Quant aux

Juifs, ils étaient, en bonne partie, tués ou chassés ; les provinces reconquises envoyaient de nouveau de l'argent, et les navires chargés de blé pouvaient, comme jadis, arriver sans encombre à Constantinople.

On célébra le héros de ces heureuses campagnes comme le sauveur de l'Eglise. Il se racontait des merveilles de ses combats singuliers avec des chefs perses, et, bien des siècles après, il resta, dans la croyance populaire, le chevalier par la grâce de Dieu.

Mais la période de paix qu'on avait achetée au prix de tant de sang répandu ne devait pas durer longtemps. Bientôt commença une lutte plus terrible. Héraclius devait voir les conquêtes de l'Islam anéantir une grande partie de son œuvre. Avec sa mort (641) commença une époque de marasme intellectuel, rompant avec des traditions séculaires ; c'est pour ce motif qu'on peut considérer ce que nous avons exposé jusqu'à présent comme un ensemble, comme la période de la formation et de la consolidation du byzantinisme, de l'union de la civilisation romaine et grecque avec le christianisme triomphant.

LA LITTÉRATURE ET LES ARTS A BYZANGE DU IVC AU Vlic SIECLE.

Jugement d'ensemble sur la littérature et l'art byzantins. — La langue parlée et la langue écrite. — Atticisme des auteurs chrétiens. — Lse romans. — Infériorité de la poésie laïque. — Réaction chez les poètes chrétiens. — Les hymnes.

— Le Jugement Dernier. — Comparaison avec les hymnes latines. — Le poète Romanos. — Influence de son orthodoxie sur sa poésie. — Caractère dramatique de son art. — Simplicité de son langage. — Manque de goût. — Le Pratum spirituale de Jean Moschus. — L'historiographie byzantine. — Historiens et chroniqueurs. — Procope : son caractère et ses opinions. — Théophylacte Simocatta. Son style. — Jean Malalas. — Comparaison avec Procope. — Conditions des arts plastiques. — L'art chrétien primitif. — L'architecture.

— Le symbolisme dans la décoration. — Le triomphe du christianisme amène une modification dans Fart : la peinture historique prend la place des allusions symboliques. — Origines orientales de l'art byzantin. — Sainte Sophie. — Comparaison avec St Pierre de Rome. — Ste Sophie église chrétienne et mosquée. — Origines de l'architecture byzantine. — Villes ruinées de la Syrie. — Décoration des églises byzantines. Ravenne. — La sculpture. — Caractère général de l'art byzantin. — Le Mont Athos. — Rapports intimes entre la décoration et la liturgie. — Influence exercée par l'art byzantin sur l'art occidental et oriental.

L'esquisse de cette période de l'histoire byzantine pourrait paraître inexacte si elle n'était confirmée

par les renseignements fournis pendant ces mêmes années par la littérature et les arts. Mais, quand il s'agit des manifestations de la vie artistique d'un peuple, il est bien plus difficile de s'en tenir strictement à des dates précises ; aussi sera-t-il nécessaire, dans les considérations qui vont suivre, de dépasser à l'occasion, les limites que nous nous sommes tracées dans le chapitre précédent.

La mauvaise réputation qu'a eue si longtemps le byzantinisme est due surtout au jugement des philologues ; parce que les écrivains postérieurs s'efforçaient d'employer autant que possible la langue des classiques, on a été tout naturellement amené à appliquer aux modernes le critérium qu'on employait pour juger leurs modèles.

Inutile de dire ({ue ce procédé n'est pas équitable, et qu'il conduit à des résultats trompeurs. Il convient de l'ajouter tout de suite : le jugement porté sur la littérature byzantine en général est partial et inexact sous bien des rapports. Tout d'abord, poser comme règle générale que les produits d'un art dégénèrent en raison de leur date plus ou moins lointaine de l'antiquité classique, c'est se faire une idée radicalement fausse de la marche de la civilisation byzantine. Toutefois, il n'est que juste de dire que des hommes de science et de goût — tels Gibbon et Gobet — ne se sont pas totalement trompés dans leur appréciation de cette littérature, et on ne peut prétendre qu'ils auraient méconnu des chefs-d'œuvre ou ne les auraient pas

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