‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 26 sur 122 · L.V LANGUE PARLÉE ET LA LANGUE ÉCRITE · texte numérisé non relu

L.V LANGUE PARLÉE ET LA LANGUE ÉCRITE

remarqués ; l'excès seul de leur sévérité est à retenir.

L'état des choses à Byzance n'était guère favorable à l'éclosion d'œuvres pouvant prétendre à prendre place dans la littérature universelle. De nombr-euses et profondes différences entre la forme et le fond rendaient impossible cette unité qui permet seule, dans l'art, d'atteindre la perfection.

Dès les débuts de la période alexandrine, il y avait un abîme, qui allait toujours s'élargissant, entre la langue parlée et la langue écrite ; bien plus ! même quand liorissait la littérature classique, certains genres s'éloignaient de la langue littéraire courante. Toutefois, ces variations se bornaient presque exclusivement au vocabulaire ; si grande que fût la différence du style, on maintenait l'unité de la langue, exception faite pour la poésie lyrique. Mais, après la mort d'Alexandre, les auteurs restèrent de moins en moins en contact avec la langue vivante ; quand, dans les premiers siècles de notre ère, celle-ci, par d'importants changements dans le vocalisme, par des modifications de la valeur de l'accent, fut devenue un moyen d'expression en désaccord avec les anciennes formes de l'art, une vie artistique originale n'aurait été possible que si l'on avait admis pratiquement la liberté de chercher de nouvelles formes.

Mais c'est précisément le contraire qui se produisit. Les lois de la grammaire et de la métrique furent d'autant plus rigoureusement formulées qu'on pouvait moins les dériver de l'usage vivant de la

^ langue. Ce fut bien pis encore quand les pensées qui

* occupaient les esprits subirent une grande modifi-

I cation ; les formes attiques n'étaient pas seulement

en lutte avec ce que l'on disait, mais elles convenaient

peu au christianisme, destiné à annoncer la vérité

aux simples dans une langue qui fût commune à

j tous.

Les écrivains chrétiens parvenus alors à la notoriété ne subirent que trop vite le charme de l'atticisme réservé aux seuls lettrés. Dans le langage courant, ils avaient rompu avec la grammaire du grec antique et, en leur qualité de chrétiens, avec les anciennes idées grecques ; mais quand ils voulaient mettre leurs pensées par écrit, ils les formulaient en périodes païennes. On ne peut donc pas s'étonner que, soumises à cette tyrannie, les nouvelles conceptions ne pussent inspirer des poètes ni les mettre à même d'atteindre la sublime simplicité du sermon sur la montagne ou le sens profond des paraboles. . Si même des savants intelligents parvenaient à orner j des pensées intéressantes d'un vêtement classique, j ils perdaient ainsi tout contact avec un public autre- ] ment orienté, et ils ne pouvaient produire une de ces œuvres destinées à entrer dans le patrimoine commun de l'humanité comme, par exemple, les Evangiles, auxquels, seul, un préjugé traditionnel peut refuser toute valeur artistique.

. Le défaut d'harmonie que doit produire l'imitation f de modèles païens et classiques par des écrivains : chrétien ses montre aussi bien chez les auteurs

Page 1