ATTIGISME DES AUTEURS CHRÉTIENS
profanes, que chez les Pères de l'église et les théologiens ; mais, pour les premiers, les sujets qu'ils traitaient ne laissent pas voir l'écart, aussi nettement, bien qu'il dût se manifester encore plus tard. Quand l'évolution de la langue eut encore progressé et qu'un christianisme dogmatique marqua mieux son opposition avec la liberté de penser des païens, les historiens et les romanciers furent menacés de voir étouffer chez eux tout talent individuel.
Rares sont les poètes et les prosateurs qui ne suivent pas la route large mais trompeuse de la tradition; quand, comme Dante devait le faire plus tard, ils l'abandonnent de propos délibéré, ils atteignent vraiment de plus grandes hauteurs ; mais la plupart d'entre eux s'abstiennent par impuissance et, trébuchant dans leurs propres sentiers, s'efforcent toujours de se rapprocher du grand chemin qui les fascine.
De là une situation semblable à celle que, pour un autre milieu, Renan a esquissée en quelques traits remplaçant avantageusement de longues dissertations esthétiques ; il est bon, quand on étudie la littérature byzantine, de les avoir présents à la pensée: « Le
goût général était fort mauvais La parole n'était
plus ce vêtement simple de la pensée, tirant toute ^on élégance de sa parfaite proportion avec l'idée à exprimer.... Le temps était, si l'on veut, très littéraire. On ne parlait que d'éloquence, de bon style, ^et, au fond, presque tout le monde écrivait mal ; il
n'y avait pas un seul orateur, car le bon orateur^ le bon écrivain sont gens qui ne font métier ni de l'un ni de l'autre ».
Nous avons déjà, dans le chapitre précédent, dit im mot de différentes personnalités marquantes de la littérature byzantine du quatrième au septième siècle, telles que Julien, Libanius, Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostôme; notre plan ne nous permet pas de nous étendre davantage sur ce sujet. Mais il nous faut ici parler d'un nouveau genre littéraire, qui était inconnu dans l'antiquité classique et qui a joui d'une grande popularité dans la période que nous traitons. Il s'agit du roman.
On a prétendu que l'intérêt du peuple grec pour le théâtre passa plus tard à ces récits, qui traitent d'événements tout aussi passionnants, mais qui ne {jt sont plus empruntés à la mythologie : c/est la vie des contemporains qui en fait les frais. Si l'on veut risquer une telle comparaison, il ne faut pas perdre de vue que cet intérêt s'était ainsi attaché à un objet qui ne différait pas seulement par des particularités extérieures de la poésie dramatique des Grecs, Ici, ce que l'on représentait, ce n'était que Taccessoire, puisque les spectateurs en connaissaient le développement : tout l'intérêt se portait sur la façon de traiter le sujet. Ceci doit naturelleraent s'entendre moins strictement pour la comédie que pour la tragédie ; toutefois, même Aristophane et Ménandre, cherchent moins à surprendre par la marche de l'action, qu'à trouver des traits piquants