‹ Essai sur la civilisation byzantineChapitre 28 sur 122 · LES ROMANS · texte numérisé non relu

LES ROMANS

OU caractéristiques dans le dialogue et la peinture des personnages.

Les romans grecs, au contraire, veulent subjuguer le^ lecteur par le récit des aventures: le héros ou rhéroïne sont toujours sauvés de longues séries de dangers, non par leur propre courage, car ce sont en général les personnages les plus faibles et les plus gauches du livre, mais grâce aux vicissitudes du sort et à l'aide d'amis puissants : la mort apparente, des poignards de théâtre, des brigands généreux jouent ici un rôle imjDortant. On ne dessine presque jamais des caractères, et la personnalité des auteurs se marque si peu, que, pour la plupart d'entre eux, nojisne saurions dire s'ils étaient païens ou chrétiens. Quant aujîhristianisme même, on ne le mentionne dans aucun des romans qui nous ont été conservés, et cIonT le plus ancien remonte au commencement du deuxième siècle ; mais cette circonstance prouve seulement que la mode littéraire a continué très longtemps à prescrire une attitude païenne.

On a vu une preuve d'influence chrétienne dans la grande importance que ces auteurs attachent à la conservation de la virginité de leurs héroïnes ; tout au plus peut-on dire que c'est là -une conception fausse d'un idéal ecclésiastique. Il n'est pas question dans le roman grec de véritable chasteté ; ce qu'on y trouve, c'est un empire sur les passions qui n'a rien de commun avec le « moral restraint » ; quelquefois une naïveté, qu'on veut nous donner comme idyllique, tolère des intimités qui n'ont d'autres limites

que la seule nécessité de rendre possible à la fin du roman un jugement de Dieu favorable aux héroïnes. Les rosières grecques sont la création de savants sensuels qui ne sont pas sortis de leurs chambres, et qui ont enlevé leur fraîcheur aux récits erotiques des poètes grecs, tels que nous pouvons les reconstituer grâce aux imitations d'un Ovide, par exemple. Piquants au pire sens du mot, ces romans sont, pour ce motif, devenus très populaires.

Il n'est pas possible en effet de méconnaître que les romans ^recs ont exercé une influence extraoiNdinaire__surJe(^^^^^^ du genre dans

llËurope occidentale ; les traductions d'Héliodore, d'Achille Tatius et de Longus, pour ne nommer que les principaux, y ont trouvé des admirateurs et des imitateurs jusqu'au dix-septième et au dix-huitième siècles. nQe serait pasjuste de n'attribuer ce succès qu'au raffinejnent voluptueux jles tableaux ,caL, la sentimentalité et lê çaractère merveilleux des^ aventures ont aussi trouvé de l'écho dans maint esjiiit. Il faut remarquer, en outre, que l'élégance des traductions françaises a séduit plus d'une personne qui, si elle avait su assez de grec pour lire le texte même, se serait révoltée contre le pédantisme de l'original. Au surplus, on sait qu'il n'y a rien de plus difficile à comprendre que le goût des générations passées en fait de littérature romanesque. [jâ/u^'^^ C'est d'abord dans la poésie, que les temps ^iZu nouveaux et la nouvelle foi produisent des œuvres ^^^ J.. indépendantes ; et, en effet, la poésie religieuse ainsi 1 rajeunie, s'épanouit merveilleusement à la fin de

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