CARACTÈRE DRAMATIQUE DE SON ART
C'est d'une autre manière que l'individualité du poète se manifeste ; quand il représente les faits, la puissance dramatique de cet artiste vraiment grec reprend tous ses droits. Par là, il montre que ce n'est point par manque d'imagination, mais par libre attachement à la révélation biblique qu'il se borne, dans ses effusions religieuses, à répéter des textes des livres saints. Il sait introduire dans la trame de chaque hymne un ou plusieurs épisodes dramatiques, où un dialogue vivant vient interrompre le récit ; il est inépuisable quand il s'agit de mettre de la variété dans ces compositions. Ainsi, dans un chant relatif à la trahison de Judas, il peint les anges étonnés de voir Jésus laver les pieds des apôtres ; ailleurs, au sujet du jugement dernier, il intercale un tableau du règne temporel de l'antéchrist, tel qu'on se le représentait dans l'Europe orientale ou occidentale, etc.
Cette manière de traiter son sujet est tout à fait caractéristique dans une hymne qui célèbre Marie au pied de la croix et dont la majeure partie est en forme de dialogue. Ici se montre avec une netteté remarquable la différence de conception qui sépare l'auteur du Stabat Mater et Romanes : le poète grec, en effet, traite son sujet en théologien dramatique.
Marie débute en demandant à Jésus où il va. « A des noces comme celles de Cana, pour y faire des miracles et changer l'eau en vin ? Pourquoi le Verbe n'a-t-il pas de verbe pour me répondre ? Hélas ! Faut-il que vous mouriez ainsi ! Le Hosanna des
enfants résonne encore et le chemin semé de palmes montre encore quelle réception on voulait vous faire. Et voilà que vous marchez seul au crucifiement ». Jésus répond : « Ne pleurez pas, mère ; ce jour n'est pas un jour de deuil ; c'est pour vivre ce jour que je suis descendu comme la manne du ciel y non sur le Sinaï mais dans votre sein. Par amour, je souifre de mon plein gré ». « Ne pouviez-vous donc pas sauver Adam, comme vous en avez guéri tant d'autres, lépreux, paralytiques ou aveugles ? Jusqu'à ces morts que vous avez ressuscites sans mourir vous-même ». « La maladie d'Adam n'était pas dans son corps, mais dans son âme et c'est de son libre vouloir qu'il s'est ourdi son malheur ». Marie ose encore questionner une fois. « Après avoir souifert, après être mort, me reviendrez-vous ? Ne dois-je pas craindre que vous ne sortiez plus de la tombe ?» — « Ne craignez rien et ne vous affligez, pas ; je reviendrai et c'est à vous d'abord que je me révélerai ; ne vous alarmez point si toute la nature se met à trembler lors du crime épouvantable qu'on va commettre ».
Dix-huit couplets, composés chacun de vingt et une courtes lignes, développent la pensée dont nous ne donnons ici que l'idée fondamentale ; ils sont pleins d'allusions à des passages de la Bible et à des questions théologiques, mais on n'y rencontrera pas d'effusions lyriques. C'est ailleurs qu'il faut les chercher: on les trouve surtout dans les petits couplets qui servent d'introduction à chaque hymne^