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CARACTÈRE DRAMATIQUE DE SON ART

et auxquels, il faut le reconnaître, la conviction ardente du poète donne une beauté toute particulière ; mais, en général, c'est seulement dans ces proëmia que Romanos est poète comme nous l'entendons de nos jours.

Parmi les chants publiés jusqu'à présent, un seul a un caractère moins objectif. Il est consacré aux morts et, ainsi que cela résulte de la seconde partie, il a été écrit à propos du décès d'un moine. Toutefois cette seconde partie contient beaucoup de choses qui ne semblent pas être l'œuvre de Romanos.

Le poète débute en attestant qu'il examine les plaisirs de la vie et qu'en voyant combien ils produisent de douleurs, il estime que les morts sont bienheureux. Nul n'est affranchi de la souffrance; la prospérité se transforme en adversité ; le riche humilie le pauvre et dévore son bien ; le paysan peine quand le maître de sa terre vit dans le luxe ; le pauvre produit à la sueur de son front ce que l'autre se hâte de gaspiller. Les gens mariés et les célibataires, les pères de famille et ceux qui n'ont pas d'enfants, tous sont accablés de soucis; mais €68 tracas ne provoquent chez les morts qu'un grand éclat de rire, car ils jouissent d'une joie inaltérable. On brave les périls de la mer et de la terre pour l'argent et pourtant tout n'est que vanité des vanités : seuls les morts sont en sécurité, car ils ne peuvent plus être victimes d'un naufrage. Ici une réflexion sur la soudaineté de la mort fournit au poète l'occasion de donner des conseils, et de faire des

observations sur la vie monastique. Mais il commence

par confesser sa propre indignité et par engager

ses lecteurs, comme il l'a déjà fait plusieurs fois

ailleurs, à obéir à ce qu'il dit mais de ne pas imiter

ce qu'il fait.

j^ La langue de Romanos est simple ; son style fait

r beaucoup de concessions au grec parlé de son temps

1 et il est rare qu'il emploie des expressions empruntées

à la langue des épopées ou au trésor poétique des

tragiques. Souvent, il est vrai, en évitant l'emphase,.

il appauvrit sa langue et la rend monotone. Mais,.

quand on connaît toutes les fautes que la tendance

contraire a fait commettre à ses contemporains, on

goûte le charme de sa simplicité.

Romanos est cependant fort influencé par la rhéto-

f rique ; s'il réussit, non sans peine, à se dégager du.

langage artificiel, il n'en reste pas moins l'élève des

sophistes. C'est à eux donc qu'il faut imputer ce

faux esprit, qui nous déroute dans presque chaque

hymne, et qui se manifeste surtout par des jeux de

mots et des subtilités. Ainsi, il fait constamment

abus du Logos, le Yerhe incarné en Jésus-Christ,,

pour construire des antithèses de mauvais aloi.

On en a déjà vu un exemple plus haut, quand Marie demande au Verbe s'il n'a pas de verbe pour répondre. Ailleurs, à propos de l'entrée de Jésus à Jérusalem, il dit que le Logos était monté sur un alogoïi ou bête de somme, comme pour dire : « La raison sur un animal sans raison ».

^ Un autre trait caractéristique, qui a la même

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