LE « PRATUM SPIRITUALE » DE JEAN MOSCHOS
point des grands événements, qui se produisent autour d'eux dans le monde. Il faut que leur foi soit menacée, pour qu'on trouve dans leurs poèmes quelque trace d'intérêt pour la vie de tous les jours : de là vient qu'on ne rencontre dans les hymnes de Romanos que de très rares allusions à des événements politiques, et qu'on ne voit qu'une seule fois les victoires remportées sur les ennemis de l'empire inspirer un clerc. Et même ce cas exceptionnel n'est rien moins que scientifiquement établi. . .
L'activité littéraire des moines ne s*est pas bornée iJL4><^ à ces cantiques ; elle s'est manifestée aussi dans la HJtS^^ composition de lectures édifiantes pour le peuple, Ay^^jJ^ ayant pour sujet la vie des martyrs et des saints. C'est seulement dans les siècles suivants que l'hagiographie a atteint son plus grand développement; mais nous trouvons déjà, dès le quatrième siècle, des biographies de moines qu'on donne en exemple aux contemporains. Elles sont précieuses, parce qu'elles nous font connaître la vie de ces hommes, dont l'action, moins éclatante que celle des chefs d'armées, a eu tout autant d'importance pour le triomphe de l'hellénisme.
A cette catégorie d'écrits appartient un livre qui ne se lit pas seulement beaucoup en Orient mais qui, traduit en la lin, a exercé son influence jusqu'en Occident. C'est le Pâturage spirituel de Jean j Moschus, collection d'anecdotes, de paroles remar- 1 quables, de nobles actions et surtout de miracles qui se rattachent à la vie des moines et des ermites de
l'Orient. L'auteur, qui vivait à la fin du sixième siècle, tenait note de ce qu'il lisait ou de ce qu'il apprenait au cours des nombreuses visites qu'il faisait à des monastères d'Asie, d'Egypte et des îles grecques. Profitant aussi de son expérience, il composa une collection de courts écrits qui, dans leur variété, font de son livre « un pâturage pour le délassement et l'instruction des esprits » ou, comme le dit le sous-titre, un « paradis », où partout éclosent des fleurs des champs comme dans les tableaux de Fra Angelico et de Botticelli.
Les historiettes familières de Moschus, avec leur langue sans artifice (vraie mine d'or que les philologues n'ont pas encore exploitée), avec leur enfantine naïveté sans critique, peuvent encore divertir les lecteurs de notre temps. Pour les héros de ses récits, toute la philosophie consiste à méditer sur la mort et à soufiiir des maux physiques, parce qu'ainsi ils peuvent espérer être sauvés de l'enfer. Aussi plusieurs d'entre eux consentent-ils à supporter la chaleur ou à se laisser dévorer par la vermine pour échapper au ver qui ne s'endort jamais et au feu qui ne s'éteint pas. Car, plus le corps souffre, plus l'âme s'épanouit. « Les pères ne se lavaient pas même le visage, tandis qu'aujourd'hui, il y a jusqu'à des moines qui se rendent aux bains publics ». y La maladie des couvents, bien connue aussi en Occident, Vacêdla ou apathie morale, provient, nous dit-on, de ce qu'on ne se livre pas complètement à la contemplation des fins dernières, le ciel ou