LE PRATUM SPIRITUALE DE JEAN MOSGHOS
l'enfer. Mais c'est le démon de la sensualité qui cause le plus de tourments. Ces pauvres moines, qui ne parvenaient pas à faire de leur chasteté une vertu au-dessus de toute lutte intérieure, voient dans chaque femme un instrument de tentations et, plus d'une fois, ils succombent. » Gomme le sel qui provient de l'eau mais qui se dissout, et disparaît quand il prend de nouveau contact avec elle, ainsi les moines, nés de la femme, se perdent dès qu'ils s'occupent d'elle ».
Le temps qui leur reste quand ils ont achevé leur simple travail dans les champs (car ils vivent principalement de fèves trempées dans l'eau) et rempli leurs devoirs religieux , plusieurs d'entre eux le consacrent à écrire contre les Juifs et les hérétiques. Lorsque leur intelligence ne suffit pas à la tâche , la puissance divine vient en aide à leur argumentation. C'est ainsi qu'on déposa une fois un écrit contre l'impie Nestorius sur la tombe de St-Pierre, en priant le chef des apôtres de bien vouloir remédier aux imperfections de l'auteur: quarante jours après, on retrouva l'œuvre corrigée.
Implacable est la haine que les moines éprouvent pour tous ceux qui s'écartent de la pure doctrine. Brigands, libertins, ou assassins, ils en parlent avec une vraie charité chrétienne et les traitent de même, « car, dit un abbé, c'est faute de se connaître soi-même qu'on juge avec sévérité: quand on se connaît, on ne recherche pas les péchés de son frère». Mais, pour les gens qui communient d'après un
autre rite, pas do grâce! Celui qui célèbre la cène avec des hérétiques s'unit à eux, non seulement dans cette vie mais encore dans l'autre, où ils seront damnés de compagnie ; ceux qui participent à la vraie cène, qui est sainte, ne formeront qu'un seul corps dans le Christ.
Choisissons deux récits parmi les nombreuses anecdotes qui mettent en lumière ces sentiments passionnés. Voici le premier. « Quand j'étais encore dans le monde, nous dit un moine, j'avais une femme ; tous deux nous professions l'hérésie de Sévère. Un jour, je la trouvai communiant chez une voisine orthodoxe. Je la saisis à la gorge et l'obligeai à cracher la sainte hostie, que je jetai dans la boue. Au même moment, je vis un éclair en cet endroit, et, deux jours, après un nègre couvert de haillons vint à moi et me dit : « Nous sommes tous les deux condamnés aux mêmes supplices dans l'enfer ». Je lui demandai qui il était et il répondit : « Je suis celui qui a donné au Créateur de toutes choses un soufflet au temps de sa passion». «Et voilà pourquoi, ajoute le moine, jamais je ne pourrai cesser de pleurer».
Autre anecdote : « L'abbé Théodule vit un jour un moine syrien, adepte de Sévère, qui chantait des psaumes nuit et jour sans parler à personne ; frappé de son zèle religieux, il se prit à douter et demanda un miracle. Il l'obtint deux jours plus tard. Après avoir fixé les yeux sur le moine pendant une heure entière, il vit au-dessus de sa tête une colombe